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Elections en Afrique ; 
à quand la victoire du peuple ?

(3ème partie)

L’avènement d’une véritable démocratie populaire requiert de notre part, une réflexion critique sur notre conception du leadership, surtout celui politique. Quel type de leadership voulons-nous ? Celui qui consiste à gérer le statu quo, ou celui qui permet de nous en sortir ? Ce dernier type de leadership doit reposer sur une évaluation complète de la situation que l’on veut transformer, afin de définir les objectifs et stratégies à adopter si nous voulons apporter des transformations significatives dans nos pays.

Cette réflexion doit permettre d’emmener les individus à travailler, ensemble, autour d’objectifs communs et de mobiliser les compétences autour d’une vision partagée, en les inspirant à l’embrasser et la servir.

Les populations doivent comprendre le fonctionnement du système d’oppression dont elles sont victimes, ses mécanismes et modes de perpétuation. Elles doivent être révoltées par son impact sur leurs conditions d’existence et souhaiter le transformer. Leur engagement doit reposer sur la conscience d’une responsabilité commune dans la situation du continent, et dans le processus de sa transformation.

Repenser notre conception du leadership, c’est rompre avec cette tendance d’attendre « tout » des autres, et renouer avec notre intelligence collective. C’est cesser de penser que les combats initiés par d’autres, « c’est leur combat » et qu’il ne nous concerne pas tous, même s’il porte sur une cause d’intérêt collectif. Rompre avec cette passivité qui consiste à reprocher à ceux qui font une critique du système, analysent une situation, un problème, de ne pas proposer d’alternative.

Pour certains, il est plus facile d’appeler à l’union des « leaders » de certains mouvements en vue, que de s’engager personnellement dans la lutte pour le progrès collectif, comme si ces « leaders » pouvaient à eux seuls résoudre les problèmes du continent.

« L’arbre à palabres » serait-il juste une notion que l’on évoque pour se vanter « d’avoir une Histoire » ? Avons-nous perdu de vue que nous pouvons nous réunir ensemble pour penser et chercher à résoudre nos problèmes collectifs ? Qu’est-ce qui empêche ceux qui sont concernés par le sort du continent de participer à la conception et à l’élaboration d’un projet de société alternatif ?

Cette « personnalisation » du combat nous pousse soit à « idolâtrer » soit à attaquer les défenseurs d’une cause, au lieu de juger de la justesse ou non du combat qu’ils mènent.

Nous continuons de porter nos espoirs sur des individus et non pas sur le peuple.

Nous prêtons plus d’attention aux individus qui « dirigent » nos pays, et pas suffisamment à la nature de l’infrastructure économique, sociale, administrative et intellectuelle derrière ces « inconnus » qui se « présentent » à nous, ou « nous sont présentés », pour solliciter notre « confiance », afin d’exercer la fonction présidentielle.

C’est continuer de porter notre attention sur la façon dont le pouvoir social et économique se construit, se distribue et permet d’initier les différents changements sociaux.

Il est nécessaire de développer un type leadership qui émane des organisations de base, si nous voulons échapper au modèle imposé par les forces du statu quo qui ont intérêt à contrôler la résistance, en autorisant les voix qui méritent d’être entendues.

C’est cette absence de leadership et d’organisations performantes, qui nous pousse à réagir spontanément sur la base d’images, de vidéos que nous n’avons ni produites ni analysées de façon critique. Ce qui nous expose à toutes sortes de manipulations, en répondant aux appels de certaines célébrités qui ne sont engagés dans aucun combat pour la libération du continent, à part des prises de positions occasionnelles.

Nous devons être en mesure d’avoir un véritable leadership de rupture, qui ne dépendra pas des « médias » et institutions des autres communautés, mais qui sera capable d’opérer à partir de ses propres connaissances et informations.

A défaut, nous continuerons de considérer comme important tout ce que les « autres » jugeront ainsi, de porter notre espoir sur tout projet généreux, présenté avec une narrative séduisante, sans chercher à en connaître les détails. Nous continuerons d’être « mis en mouvement » par des forces extérieures, ce que nous reprochons aux dirigeants Africains.

Si nous voulons de véritables démocraties, nous devons commencer par l’exercer dans nos différentes organisations. Nous devons développer un type de leadership loin de tout autoritarisme, et de toute tutelle extérieure. Nous devons construire des organisations où les leaders seront responsables devant leurs membres. En finir avec ce type de leadership subtilement imposé par le système, et  qui s’accommode du statu quo, aussi bien au niveau étatique, qu’au niveau des différentes organisations et mouvement de résistance. Ce leadership qui se contente de dénoncer le système impérialiste pendant des décennies sans prendre d’initiatives audacieuses.


Lors de ces élections au Sénégal, certains « analystes » vantaient les compétences des uns pour diriger un pays et évoquaient le manque d’expérience des autres. Diriger un pays est une « expérience » inédite, unique, tant les défis, événements auxquels on pourrait être confronté ne peuvent jamais être prédits ou prévus d’avance. Si bien, qu’on peut considérer que l’on ne saurait jamais disposer d’assez « d’expérience » pour diriger un pays, mais qu’il est nécessaire d’avoir des aptitudes permettant de diriger des hommes et des femmes.

Si le leadership requiert des compétences professionnelles, il repose surtout sur des vertus, aptitudes, ou prédispositions « humaines ». C’est pourquoi on rencontre des hommes d’État issus de tous les horizons professionnels, enseignants, syndicalistes, cadres, etc.

Un pays n’est pas une entreprise. Ce n’est pas parce qu’on a dirigé une entreprise ou une administration que l’on a les compétences pour diriger un pays, parce qu’un pays ce n’est pas une entreprise. Il suffit de regarder les « hommes d’affaires » qui sont à la tête des états qui dirigent le monde, pour s’en rendre compte. Le leadership, au delà des qualités et vertus individuelles requises, est surtout une vision inspirée par la volonté d’améliorer l’existence de ses compatriotes et, des êtres humains»en général.


L’avènement d’une véritable démocratie populaire requiert de notre part, une réflexion critique sur notre conception du leadership.

Le leadership dépend, pour une grande part, de l’environnement socio-culturel au sein duquel il est produit, que des hommes exceptionnels ou des « institutions fortes ». Il dépend des relations, codes et protocoles qui rendent difficiles le manque de loyauté envers la communauté ou la patrie. Nous sommes des êtres humains, donc faillibles, et ne pouvons pas prétendre à la « pureté » absolue, surtout lorsque ceux qui expriment cette attente ont l’air de penser qu’ils sont exemptés de l’obligation de posséder les qualités qu’ils exigent de leurs leaders.

Notre existence est limitée dans le temps, les grandes figures de la résistance ont été éliminées sans que la flamme de la résistance ait continué de brûler avec plus de vivacité, faute d’une appropriation idéologique forte du sens du combat et d’organisations pouvant former ceux qui devraient prendre le relais, leurs compagnons de lutte sont retombés dans la léthargie. Nous faisons semblant de respecter leur mémoire, faisons semblant de lutter en investissant nos énergies dans des actions qui au bout du compte, trahissent le véritable sens de leur combat. Ces grands hommes ne se sont pas battus pour des effigies, encore moins pour devenir des « martyrs ». La libération des peuples de l’oppression et de la misère qui en découle est le but ultime de tous ceux qui combattent pour la liberté et la justice.


Un coup d’œil sur la biographie de ceux que nous considérons comme les « grands bâtisseurs » des nations, que nous prenons pour modèles, permet de se rendre compte qu’ils ne sont pas plus vertueux que nos « dirigeants » ; beaucoup d’entre eux ont commis des crimes parfois des plus infâmes. Ils ont été plus « loyaux » envers le « pacte » tacite qui les liait à leurs idéaux et intérêts de classe, qu’ils tiennent à préserver et perpétuer à tout prix, qu’à leur « morale individuelle ». Élus par ceux qui ne leur laisseront pas trahir impunément le « pacte social », même si cela ne concernait qu’une minorité. Ce qui fait que beaucoup de ces dirigeants prônaient l’égalité et un « humanisme » sélectif à l’intérieur de leur propre groupe d’appartenance, et traitaient de façon discriminatoire et inhumaine les membres des groupes extérieurs.

Même les groupes les plus criminels disposent et obéissent à un code moral qui permet d’assurer leur cohésion et sécuriser leurs activités contre ceux qui peuvent menacer leurs activités.

Repenser notre conception du leadership, c’est surtout préparer la relève en donnant plus de responsabilités aux jeunes dans la gestion et le fonctionnement de nos sociétés.


Cette jeunesse dont la colère et l’aspiration au changement sont attribuées, comme c’est souvent le cas, à sa « fougue» et son impatience.

Une fougue dont l’expression va selon certains, jusqu’à manquer de « respect dû aux aînés ». Nous jugeons nécessaire de soulever cette question qui est loin d’être banale, car elle concerne un des aspects les plus importants du leadership dans nos sociétés.

Si nous sommes d’accord sur le fait qu’il est important d’insister sur le respect dû à certaines catégories de la société, cela ne signifie pas pour autant que les autres catégories de la société devraient en être privées. Le respect est dû à tout être humain, voire même vivant. C’est l’expression d’une bonne éducation, qui devrait surtout être incarnée par ceux qui sont en position d’autorité.


Que signifie réellement le respect des aînés ? Comment doit-il se traduire dans la vie quotidienne ?

Le statut d’aîné ne confère-t-il pas, comme toute forme d’autorité, des devoirs et des responsabilités ? S’en sont-ils acquittés de leur mieux ?

La notion d’autorité dans plusieurs sociétés anciennes, renvoie beaucoup plus au sens des responsabilités, qu’aux privilèges ou au « pouvoir » sur les autres. Les détenteurs de l’autorité doivent même à un certain degré, répondre des actions de ceux dont ils ont la charge.

Accepter que certains individus, sous le seul prétexte qu’ils seraient nés avant d’autres puissent les traiter selon leur bon vouloir, leurs humeurs, décider de leur avenir, de leurs choix professionnels et conjoints. N’est-ce pas fonctionner selon le même principe que ceux qui fondent leur oppression sur la base de leur fortune, leur race, ethnie ou autres statuts sociaux ?

La sagesse que les aînés sont censés incarner ne peut-elle pas être présente chez les jeunes ? N’est ce pas ce manque de sagesse chez certains aînés qui les conduit à abuser de leur statut, lorsqu’ils confondent autorité et autoritarisme.

 
D’autant plus qu’il est aisé de constater que ceux qui tiennent à leur « autorité d’aînés » sont les premiers à s’agenouiller devant de plus jeunes qu’eux, lorsque ces derniers s’avèrent être plus puissants ou plus fortunés qu’eux ? Les « anciens », qu’ils soient chefs traditionnels, chefs de village et autres dirigeants, n’ont apparemment aucune réticence à se mettre à l’école d’experts occidentaux, moins âgés qu’eux, lorsqu’il il s’agit de les « assister » dans l’exercice de leur fonction et même la définition de leurs priorités.

Le respect des anciens fait partie de ces nombreuses notions que nous évoquons sans les questionner.

Les principes que les aînés sont censés incarner : l’héritage, les valeurs et principes fondamentaux qu’ils sont supposés transmettre, sont ceux qui permettent essentiellement de maintenir l’harmonie, l’équilibre social, la paix et préserver la dignité des individus. Ces principes ne sont pas une spécificité africaine. La pédagogie, les méthodes et modes de transmission peuvent différer, mais nous pouvons retrouver, presque chez tous les peuples, les mêmes valeurs et principes fondamentaux.

Dans nos traditions et celles du reste du monde, le respect des aînés s’accompagne de la bonté envers les cadets, à qui on doit : considération, égard et protection.

Les jeunes ne reflètent-ils pas très souvent, nos attitudes et comportements à leur égard ?

Le respect s’apprend, et la meilleure façon de l’enseigner est par l’exemple. C’est en traitant les enfants avec respect dès le bas âge, qu’ils pourront apprendre comment interagir avec respect et convivialité avec leurs prochains. On ne saurait manquer de considération envers les plus jeunes, en les considérant parfois comme indignes de toute confiance, sans que cela ait des conséquences sur la construction de leur personnalité ? Prêter une attention particulière à ces facteurs permet de préparer les futures générations à faire face aux défis de leur temps .D’autant plus que e les outils éducatifs qui traitant ces aspects de l’éducation sont présents dans nos cultures, mais demeurent pratiquement ignorés.


Lorsque des adultes pensent que leur statut qui ne relève d’aucun mérite personnel, leur donne le droit de traiter comme bon leur semble, mépriser plus de plus jeunes qu’eux, certains traitant leurs enfants comme leur propriété, ils contreviennent à leur rôle de gardien des valeurs de leur société, et se comportent en oppresseurs.

Lorsque le respect des aînés tourne à la tyrannie envers les cadets, quel type de leadership produisons-nous dans nos sociétés ?

Quel type d’individus formons nous lorsque les enfants et les jeunes, ne sont pas associés aux prises de décisions qui les concernent, n’apprennent pas à exprimer leurs sentiments, leurs émotions et leurs idées, à penser par eux-mêmes ? Pour un peuple qui fait l’objet d’une entreprise de deshumanisation depuis des siècles, n’est-ce pas là, participer à former des individus à l’estime de soi diminué, et/ou à l’ego surdimensionné. Des individus qui iront chercher la gratification à l’extérieur de leur famille, et de leur communauté ? N’est-ce pas courir le risque de les rendre vulnérables à l’influence de groupes aux objectifs pouvant être nocifs et destructeurs pour nos sociétés ?

N’est-ce pas former des individus qui pourraient exprimer leurs frustrations à travers les activités criminelles, et les comportements abusifs lorsqu’ils seront en position « d’autorité » ?

N’est-ce pas ce qui faire le lit d’un leadership incompétent qui corrompt l’ensemble de la société.

L’usage arbitraire et abusif de l’autorité, ne forme-t-il pas des « esclaves complètement soumis » au « système », permettant ainsi la reproduction des structures mentales et physique de l’oppression ?

Sans un questionnement critique sur notre condition, nous risquons de reproduire des structures oppressives qui nous empêchent d’exalter l’expression de nos potentialités. C’est faire sombrer une société dans la sclérose générale et la vouer à la destruction, par l’abnégation de notre conscience et de notre raison, en suivant aveuglément des pratiques que l’on ne se donne pas la peine de questionner, de penser en profondeur. Devant des sociétés en situation de « crise » permanente, faisant face à de multiples défis qui menacent leur survie, nous ne pouvons pas nous permettre de continuer d’agir sans remettre en question nos modes de fonctionnement, surtout lorsque ceux-ci peuvent nous empêcher de sortir de notre condition.


Si les principes fondamentaux permettant d’établir des rapports fraternels et respectueux entre les individus demeurent immuables, les mécanismes qui garantissent l’équilibre social en temps de paix, peuvent être différents pendant des périodes d’asservissement et de domination


Nos différentes pratiques et institutions sociales, doivent être au service de la Vérité et la Justice.

La démocratie existe-t-elle au sein de l’unité familiale, des quartiers, de l’institution scolaire, municipale ? Peut-on former des citoyens respectueux quand, à tous les niveaux de socialisation, ils sont opprimés par des individus qui abusent de leur position d’autorité, faisant ainsi taire leurs aspirations profondes et l’expression de leurs potentialités ?

Le père de famille, la mère de famille, l’enseignant, l’employé administratif, jusqu’aux membres de la haute administration d’état, reproduisent ce modèle autoritaire qui vient de la combinaison entre des pratiques sociales  dont on ignore les principes et le contexte dans lequel elles ont été élaborées, et l’accommodation à l’oppression collective subie depuis des siècles. Ce modèle qui ne nous est d’ailleurs pas spécifique, consiste à se comporter comme un « mouton » devant les puissants et à opprimer tous ceux que l’on considère comme se situant « en dessous » de la hiérarchie sociale, épouses, enfants, employés, patients, etc…


Ce modèle exprime l’échec d’un leadership dont il essaie de dissimuler l’incompétence.

Le véritable leadership est une responsabilité collective, elle est « produite » à tous les niveaux de la société, du cercle famille à l’école, en passant par les différents lieux et institutions de socialisation. Cette question doit nous donner l’opportunité d’interroger les modalités de transmission de connaissances entre les générations. Devant la disparition des structures éducatives traditionnelles, quelles sont les stratégies mises en place pour assurer cette transmission ?

Le respect des anciens fait partie des dispositions qui sont à encourager, mais que nous devons utiliser de façon raisonnée et productive.

C’est aussi une façon d’honorer les anciens, que de construire avec eux, des sociétés libres et prospères. Des sociétés dans lesquelles ils n’auront pas à courir derrière de maigres pensions de retraite après des décennies de labeur, de vivre dans l’insécurité, l’isolement et l’absence de soins médicaux. C’est aborder, avec eux, la réécriture critique de notre histoire afin de lui donner une trajectoire nouvelle qui permettra de préserver notre héritage le plus précieux, à savoir notre dignité humaine.

Le sursaut patriotique d’une partie de la jeunesse africaine est révélateur de sa détermination à prendre son destin en main et de sortir du statu quo colonial.

Dans un contexte difficile, elle cherche à sortir de la léthargie qui a prévalu les décennies précédentes, pendant lesquelles le « vide politico-idéologique » était « occupé » par les « Afro pessimistes » ou Afro optimistes.

Cette partie de la jeunesse ne supporte plus l’ordre néocolonial, qui consiste en l’exploitation de millions d’Africains, que la misère, la pollution exposent aux maladies et épidémies récurrentes, aux violences des guerres de prédation, dont les massacres et viols de masse sont les conséquences. Ces jeunes ne supportent plus cette déshonorante condition qui jette plusieurs de leurs frères et sœurs sur les chemins de l’émigration où ils sont exposés aux nombreuses humiliations, partout dans le monde. 

D’ailleurs, on ne saurait leur reprocher de combattre l’oppression et l’injustice où qu’elles se trouvent, car notre présence dans les pays du centre impérialiste, ne devrait pas nous rendre  indifférents au sort de nos compatriotes. D’autant plus que la politique impérialiste de ces pays, affecte la vie politique, économique sociale et culturelle de nos pays.

Le combat pour la justice est un combat pour l’humanité toute entière, ce combat est mené sur toute la Terre par des individus de différentes nationalités, croyances etc..

La lutte contre l’oppression impérialiste n’est pas le fait de personnes « aigries », pleines de « rancune » et de « ressentiment », comme le pensent ceux qui projettent leurs propres intentions sur les militants et activistes. Elle est le fait de personnes qui sortent de leur égoïsme individuel et s’approprient les souffrances et aspirations de justice de leurs prochains même s’ils n’en souffrent pas individuellement de façon directe.


La critique d’un système responsable de notre oppression collective devrait-elle cesser en raison de nos prétendus « privilèges » individuels ?


La jeunesse africaine doit être consciente que les défis qui se posent aux Africains nécessitent plus d’efforts qu’une appropriation superficielle de la lutte de libération. Notre condition dans le monde ne se transformera pas sans de véritables actes fondateurs, s’appuyant sur une analyse radicale de notre condition, d’une idéologie appropriée et d’une organisation efficace.


Cette jeunesse dans sa révolte interpelle toutes les composantes du peuple, car elle a besoin du soutien d’une assez large frange de la société, pour construire un avenir plus prometteur.


Peu importe que l’on puisse juger comme maladroite, la manière dont la jeunesse pose les questions fondamentales, ou que nos avis puissent diverger sur l’opportunité ou non de sortir du franc CFA, par exemple, il n’en demeure pas moins que la remise en question de ce système monétaire qui exprime la persistance de la domination néocoloniale dans nos pays, soit d’une acuité existentielle.


Parce qu’il ne suffit pas d’être jeune pour être l’espoir d’un pays. Si cela était vrai, le monde se porterait mieux aujourd’hui. Ce sont les jeunes d’hier qui sont au pouvoir aujourd’hui.

Avant de formuler des reproches aux jeunes d’aujourd’hui, qui ne sont pas tombés du ciel, il faudrait d’abord commencer par se remettre en question, se poser les questions adéquates et y répondre avec courage et honnêteté.

Ont–ils véritablement été « élevés » dans le véritable sens du terme ? Loger, nourrir, vêtir, scolariser, même dans les établissements les plus « prestigieux », suffit-il à « élever » un être humain ? Quelles valeurs et vertus leur a-t-on transmis ? Ceux qui se plaignent de la déliquescence des valeurs, ont-ils fait de leur mieux pour les préserver ? Ont–ils essayé d’avoir le contrôle sur l’environnement politique, économique et social au sein duquel leurs enfants vont grandir ?

Les générations précédentes ont-elles fait de leur mieux pour créer une société solidaire et respectueuse des plus faibles ? Quels sont les efforts que nous consentons en dehors de notre survie personnelle ?

Ont-elles su donner des idéaux et des missions qui permettraient aux jeunes générations de se dépasser ?

Ont-elles transmis à leurs descendants la soif du savoir ? Encouragé, développé chez eux le sens de l’initiative ? Ont-elles transmis le sens du combat, l’indignation devant la servitude et l’oppression, ou bien leur ont-elles transmis la fatale résignation devant notre oppressante condition ?

Les jeunes générations doivent être proprement éduquées, idéologiquement armées, politiquement conscientes si nous voulons sortir de l’univers de l’asservissement colonial, sinon, elles risquent de se retrouver éternellement à la place des « espoirs » d’hier qui nous font sombrer aujourd’hui.

Cela fait partie des conditions nécessaires pour en finir avec ce type de leadership qui s’accommode du statu quo, aussi bien au niveau étatique, qu’à celui des différentes organisations et mouvements de résistance. Ces leaders qui se contentent de dénoncer pendant des décennies sans prendre d’initiative audacieuse. Des leaders dont le « courage » consiste à défier, par la parole, les plus faibles parmi les pays du socle impérialiste lorsqu’ils sont assurés de la protection des plus forts. C’est en nous imposant de façon subtile ce type de leaders qui n’émanent d’aucune organisation populaire, que le système réussit à maintenir le peuple dans l’éternel espoir, qu’un jour les choses changeront d’elles-mêmes. Parce que le peuple est persuadé qu’il ne dispose d’aucun pouvoir et qu’il a besoin d’un homme providentiel pour changer le cours de son destin.