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Elections en Afrique ; 
à quand la victoire du peuple ?
(4ème et dernière partie)

La question de notre « souveraineté » nationale, ou plus précisément de notre indépendance, va au-delà des considérations politiciennes, pour questionner les valeurs fondamentales que nous prétendons chérir, et révèlent nos préoccupations profondes et les intérêts et les idéaux qui nous animent.

Elle nous pousse à interroger notre identité en tant qu’être Humain, et à nous questionner sur le sens de notre existence sur terre. Elle nous invite surtout à répondre à cette question fondamentale : « Voulons-nous laisser perdurer cette condition d’asservissement ? »

Le but de notre vie serait-il d’utiliser nos talents, nos compétences et connaissances pour acquérir des biens matériels, sans que cela ne s’accompagne du devoir de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes, et des autres membres de la communauté humaine ?

Quelle est l’idéologie dominante au sein du peuple dans sa large majorité ?
 

Si notre vision de la vie consiste à considérer la « richesse » comme étant la seule valeur qui compte, qu’importe les moyens par lesquels on l’acquiert ; si nous admirons et copions les pays dits riches, même si « leur richesse » repose sur l’exploitation des peuples dont nous faisons partie ; si nous acceptons de nous confiner dans cet apathique « pseudo embourgeoisement », qui nous confine dans ce consumérisme abrutissant, contre lequel même certaines catégories des populations des pays industriels se sont révoltés et continuent de s’élever ; c’est que nous partageons l’idéologie capitaliste et l’impérialisme qui en découle, ou en tout cas, nous participons à le renforcer.

Ceux qui ne sont pas conscients de leurs idéologies, reçoivent ou partagent par défaut, celles que leur imposent les institutions d’endoctrinement tel que le système éducatif hérité de la colonisation, les médias ou leurs désirs, passions et intérêts particuliers.

 
Nous admirons ceux qui ont construit leur richesse sur l’esclavage de nos ancêtres et l’oppression de leurs descendants sous nos propres yeux. Ceux qui maintiennent dans des « réserves », les populations indiennes dont ils se sont accaparés la terre. Ceux qui continuent d’attaquer sous nos yeux des pays souverains, de déstabiliser des dirigeants démocratiquement élus. Est-ce cela le modèle de développement, de démocratie et de société» auxquels nous aspirons ? Sont–ce là des procédés qui correspondent aux « valeurs culturelles Africaines » dont nous prétendons être porteurs ?


Nous semblons ignorer que la plupart des infrastructures qui font notre fierté, sont érigées sur le mépris des droits des populations expulsées de leurs terres, déracinées, au sens matériel et immatériel du terme, à l’instar de ce qui s’est passé pour la construction de l’aéroport Blaise Diagne, dont une partie serait construite sur un cimetière. Les populations ont ainsi été privées de leurs terres agricoles sans de justes compensation, et de la possibilité d’honorer la mémoire de leurs défunts parents.

Le projet du TER au Sénégal, illustre le processus par lequel certains investissements sans impact majeur sur les populations, permettent de creuser les inégalités héritées du passé colonial, de créer ou maintenir des emplois dans les pays dit « riches », stabilisant leurs familles; tout en produisant le chômage, la misère, et déstabilisant les familles, dans les pays pauvres, asservissant de surcroit les générations futures par la dette et polluant notre environnement.

Chacun de ces ouvrages de prestige, entraîne des déplacements de populations avec toutes les conséquences négatives qui assuraient leurs moyens d’existence : absence de dédommagement, pertes de leurs terres.

Nous continuons de confondre l’érection d’édifices prestigieux avec la modernisation et le progrès.

Nous pouvons constater que la « modernisation » de notre agriculture jadis nourricière et symbole d’autonomie, se fait non seulement par la dépossession de nos paysans de leurs terres, faisant d’eux des ouvriers agricoles, mais par la généralisation de la malnutrition chez les populations défavorisées ainsi que les mauvaises habitudes alimentaires chez « les nouveaux riches ».


Devant la «pauvreté » que ne cesse de générer ce système, nous préférons éclater la structure familiale, envoyer garçons et filles à l’aventure, pour pourvoir à des « besoins », et souvent des désirs que nous pourrions satisfaire localement en coopérant et en reprenant le contrôle de nous-mêmes et de nos sociétés.

Nous dépensons la majeure partie de nos revenus pour payer des factures à des entreprises étrangères.

Dans ce sens même, on peut considérer que les transferts d’argent des immigrés servent en quelque sorte de « subventions à la consommation » des ménages. Ce qui constitue un dévoiement du rôle de la famille, qui de son statut  d’unité de production économique, de sens de maintien des valeurs sociales, tend à devenir une unité de consommation, gouvernée plus par  la logique des intérêts que celle de la solidarité .L’émigration massive peut-elle constituer « la seule alternative, si au bout du compte elle ne sert qu’à maintenir le statu quo ?

Il est assez incohérent de chercher à maintenir et soutenir « la famille », qui est le dernier rempart contre l’impérialisme culturel, en menaçant son existence même, en la disloquant.

Si nous sommes tellement fascinés par les biens matériels, les hauts buildings et les beaux édifices ;

Si nous sommes prêts à rivaliser entre nous, jusqu'à la destruction de nos sociétés, et de notre environnement ;

Si nous admirons les « grands pays », au point de devenir aveugles aux basses œuvres, complots, massacres, souffrances et détresses humaines enfouies sous leurs fondements,

Nous faisons alors preuve d’incohérence en nous opposant aux représentants locaux chargés de maintenir cet injuste « ordre »  international.

Même si nous considérons les actes criminels comme indéfendables, devrait-on dans ces conditions s’étonner, que des jeunes, souvent sans instruction ni formation, négligés par la communauté et par l’État, agressent leurs propres concitoyens. ?

Des jeunes à qui on n’a pas dit la vérité sur « notre condition », même si c’est par ignorance ;

Des jeunes qui ont grandi dans une société où ceux qui sont censés être les élites de leur pays, sont ceux-là mêmes qui conspirent contre l’intérêt national, compromettent leur avenir et maintiennent les populations dans un état de tension permanent.


Peut-on aspirer à imite, les « grands pays » de ce monde qui se comportent en oppresseurs  et s’étonner des mêmes attitudes agressives envers nos compatriotes ?

Par quelle sorte d’acrobatie intellectuelle pourrait-on justifier que les attitudes et comportements qui sont abhorrées, répréhensibles et méprisables au niveau individuel, pourraient devenir tout à fait acceptables lorsqu’elles sont perpétrées par des groupes et des nations ?

 
C’est dire donc que cette question va au-delà des considérations purement « politiciennes », pour questionner les valeurs fondamentales que nous prétendons chérir, nos préoccupations profondes et les intérêts et les idéaux qui nous animent.

La lutte pour notre indépendance politique et économique, doit reposer sur une profonde réflexion globale et non pas regarder et adopter ce qui a marché ailleurs, mais comprendre les processus cachés derrière les apparents modèles de succès.


La « véritable » démocratie populaire va bien au-delà des urnes, et n’a pas l’alternance comme seul objectif. Les questions nationales devraient intéresser chacun d’entre nous.

Les populations doivent être convaincues que leur pays leur « appartient », qu’elles ne sont pas de simples sujets à exploiter, que les classes dirigeantes respectent les populations en leur fournissant les services fondamentaux.

Les populations ne doivent pas se contenter des miettes de ce qui leur appartient de droit, des richesses qu’ils ont eux-mêmes produites par leur labeur. Ils doivent être les principaux gestionnaires et bénéficiaires, des richesses qu’ils ont eux-mêmes produites par leur labeur, ainsi que des ressources matérielles et immatérielles de leur propre pays.

Encore faudrait-il que ces populations soient conscientes de leur pouvoir.

 Le peuple ne doit plus commettre l’erreur de laisser la Politique  aux « professionnels ». C’est laisser à des individus, qui bien souvent ne sont pas mieux éclairés que le reste des citoyens, le pouvoir de décider de leur place dans la société, de la qualité de l’eau qu’ils vont boire, la qualité de l’air qu’ils respirent et de l’avenir de leurs descendants.

Le peuple doit avoir une vision lucide de ce qu’est « l’intérêt commun ». Quand les populations acceptent de confondre leurs intérêts corporatistes avec l’intérêt national, elles deviennent des complices de l’état de paupérisation générale qui ne les épargne pas.


C’est le cas lorsque les syndicalistes sacrifient le système éducatif, le système de santé, pour des avantages personnels, qu’à l’approche des élections, les groupements féminins acceptent de recevoir des « dons » qui ne les feront pas sortir de la misère. Car ces « avantages » accordés à ces différents groupes relatifs ne pourront pas leur permettre, ainsi que des millions de leurs concitoyens, d’avoir accès à l’eau potable , aux soins de santé de base, d’avoir des routes pour écouler leur production, et une éducation de qualité pour leurs enfants.

Si la « souveraineté  « appartient au peuple », ce dernier doit être conscient de son pouvoir, et le renforcer en se débarrassant de toutes sources de divisions, claniques ou partisanes.

Comment se fait-il que les milliers d’organisations que compte notre pays, des associations culturelles, de quartiers de femmes, religieuses et de la « société civile », peuvent être sans poids significatif sur leur environnement économique, sociale et politique locale ?


Les Africains dans leur majorité, ont renoncé à toute volonté de reprendre le contrôle de leurs sociétés et veulent se convaincre que cette renonciation est signe de progrès et de modernité. 

C’est parce que nous avons perdu notre boussole idéologique que nous nous sommes accommodés de l’ordre néocolonial qui nous confine dans la servilité la plus abjecte. Nous nous contentons de régurgiter les concepts et théories fumeuses de l’Occident, qui nous pousse à n’avoir pour ambition que « d’importer » la modernité, c’est-à-dire, perpétuer notre dépendance. Nous avons perdu de vue la continuité de l’exploitation coloniale, qui opère avec la complicité d’une bourgeoisie servile, sans agenda politique national, d’autorités traditionnelles et religieuses qui ont renié les valeurs qu’elles sont censées préserver, indifférentes aux dégradantes conditions de vie de leurs disciples, qu’elles maintiennent dans l’ignorance et les superstitions.  Les membres de cette classe dirigeante, dans leur majorité se sont tus devant les injustices récurrentes que subissent les populations.


Devant la persistante souffrance des populations africaines, c’est faire preuve d’une collaboration active, que de se taire devant les injustice». C’est manquer de courage que d’accepter avec fatalité, « la réalité du pouvoir » ou plutôt son absence, car c’est cela la cause de notre subordination aux pays étrangers. Peut-on parler d’éthique politique, de Justice, de Démocratie, de Paix, quand on s’est tu, pendant si longtemps, devant les injustices, de peur de provoquer le courroux de certaines « puissances » ?

Nous pouvons comprendre l’absence de courage de certains, mais quand on veut la faire passer pour de la tolérance, elle a des relents d’une lâche hypocrisie.

Dans ces conditions le peuple doit reprendre en main son destin.

La « dépolitisation » des populations les met à la merci des classes dirigeantes.


Il faudra une reconquête de l’appareil d’Etat par les peuples Africains, et cela passera par une véritable révolution culturelle.

La plus grande vulnérabilité du peuple face à l’oppression, réside dans sa perte de tout  espoir et surtout  du sens de la Justice.


De tout temps, les empires ont régné en s’appuyant sur les leaders des peuples conquis, à l’instar de l’empire romain, le modèle de référence de l’impérialisme occidental.

La politique d’intégration et d’assimilation des populations conquises faisait partie de la stratégie romaine « de diviser pour mieux régner », en recourant à l’administration indirecte des pays, à l’aide de collaborateurs locaux.


Ainsi, en Afrique lors des indépendances factices, le despotisme colonial a été délégué à une élite locale, qui reproduit le même mépris à l’égard de leurs compatriotes de même couleur. La trahison des élites est loin d’être une particularité Africaine, elle t s’inscrit dans la logique de l’impérialisme.

 
Nous ne pouvons pas, dans ces conditions, continuer de pointer le doigt sur les dirigeants. Ceux qui ont imprimé une nouvelle direction à l’histoire de leurs pays n’étaient pas des « dirigeants de naissance ». Ce sont ceux qui, parmi eux, révoltés par la condition de leur peuple, au lieu de se contenter de se plaindre d’avoir des dirigeants corrompus, ont décidé de prendre leurs responsabilités, afin de contribuer positivement au changement dans leurs sociétés respectives.


Continuer de pointer le doigt sur les dirigeants, c’est faire preuve d’un périlleux aveuglement, en réalisant exactement le dessein poursuivi par l’ordre néocolonial, qui, parce qu’il opère plus efficacement dans l’ombre, veut demeurer invisible, surtout à ceux qui persistent à ne pas regarder leur réalité avec les yeux de l’esprit.

 
Sans la volonté de mettre fin à la domination néocoloniale, il sera indécent de célébrer de fausses victoires d’individus et de partis participant à ce jeu perfide, consistant à rivaliser pour avoir le privilège de gérer les intérêts des pays industriels, et dans lequel le peuple sera l’éternel perdant, qui consiste à rivaliser pour avoir le privilège de gérer les intérêts des pays « industriels.

C’est par une position idéologique ancrée dans la réalité, que nous pourrons changer de perspective, notre façon d’appréhender le monde. Nous pourrons peut-être nous rendre compte que nous n’avons pas seulement des problèmes de nature « macroéconomique, », mais des problèmes de nature « relationnelles »,concernant notre rapport avec l’ordre néocolonial, et entre nous les dominés. Nous avons des problèmes de priorités, de valeurs, qui font que nous préférons dépenser nos revenus à acquérir des biens et services que nous pourrons produire alors que nous refusons de payer le juste prix aux artisans locaux.

 
Avec une idéologie orientée vers la « libération », nous nous rendrons compte que nous n’avons peut-être pas de problèmes d’équipements, et d’intrants, mais d’abord un problème au de type d’agriculture à pratiquer.

Nous sommes loin d’être pauvres ! Si nous nous considérons comme tels, c’est parce que nous avons laissé les autres définir ce qu’est la pauvreté et ce qu’est la richesse. C’est laisser aux autres le loisir de dévaloriser ce dont ils sont privés, et valoriser ce qu’ils possèdent.  C’est ce qui nous pousse à échanger des terres, et des ressources naturelles et stratégiques contre de l’agent et des emplois. Sacrifier notre patrimoine et héritage ancestral contre des billets imprimés, qui seront dépensés pour enrichir les autres peuples.

Peut-on dépouiller des pauvres ?

Comment peut-on posséder d’énormes ressources qui enrichissent les autres nations et expliquer notre « soumission », par notre pauvreté ? C’est plutôt l’inverse, nous sommes pauvres parce que nous sommes asservis. Les ressources naturelles ne font pas la richesse d’un pays, notre véritable richesse c’est notre esprit, notre conscience critique, qui nous permet de comprendre notre condition dans le monde dans lequel nous vivons, notre désir d’élévation, nos aspirations de liberté et de justice. C’est cette conscience qui nous permettra d’insérer l’exploitation de nos ressources dans un véritable projet politique et social libérateur, et sortir définitivement de ce rôle de fournisseurs de matières premières.


En l’absence d’une volonté de sortir de cette économie extractive il serait vain de se réjouir de la découverte de nouvelles ressources, qu’elles soient  pétrolières ou autres.

D’autant plus, qu’il n’y a aucune raison pour que les politiques inégalitaires antérieures qui ont privé les populations de la jouissance de leurs ressources, puissent changer en raison de la découverte de nouvelles « sources d’exploitation, de spoliations, qui sont partie intégrante de ce type d’économie.

Cette économie extractive héritée de « l’esclavage », restée sous le contrôle de firmes de pays étrangers dont elle assure la croissance industrielle, est celle qui nous maintient dans la servitude. Elle constitue le principal obstacle au « développement » des secteurs de l’économie nationale. Elle encourage l’expropriation de nos terres, réduit la superficie des espaces agricoles et des parcours pastoraux, des zones de pêche entraine la rareté de ressources en eau, pollue notre environnement par le dépôt des déchets, entraîne les massifs déplacements des populations et favorise le clientélisme.

Dans cette perspective, nous devons comprendre que les solutions à nos problèmes n’est pas aussi simple, il ne s’agit pas de connaître « l’histoire  de l’Afrique », ou de parler nos langues pour résoudre le manque « d’éducation » dans nos sociétés et nous libérer de la domination.

Un long et ardu travail de synthèse des luttes du passé, qui devra concilier combiner l’’analyse critique de notre histoire qui fait partie de « celle du monde », avec celle du néocolonialiste devra être accompli si nous voulons démanteler ce système.

Nous ne devons plus être perméable aux narratives qui nous présentent de parfaits agents de l’impérialisme et du néolibéralisme comme des «modèles de leadership. Quel intérêt auraient  les pays impérialistes à soutenir et promouvoir des présidents qui les « défient » ?

Il est tout de même un peu facile de continuer à succomber à cette veille stratégie qui consiste à nous imposer des faux modèles dont le discours s’inscrit dans la logique visant à exonérer les agressions impérialistes et l’exploitation coloniale, de toute responsabilité dans la situation du continent .En faisant croire que les Africains seraient dans cette situation à cause seulement d’un mauvais leadership et de leur mentalité « d’assistés »,que personne ne viendra « développer l’Afrique  à notre place ».

Les Africains ont–ils jamais invité les Occidentaux à venir leur imposer leur modèle culturel, économique et social ? Quel est le sort réservé aux « bons leaders » du continent ? et qui soutient les « mauvais dirigeants »?  Les Africains qui ont versé leur sang afin de sortir du giron occidental et pouvoir suivre leur propre voie, n’ont pas besoin qu’on leur rappelle qu’ils « peuvent y arriver ». Notre parcours dans ce monde le prouve suffisamment. La « dépendance » du continent est imposée par l’oppression qui nous prive du contrôle de nos ressources. Il suffit d’analyser la configuration de l’ordre économique mondial pour se rendre compte que  ce sont plutôt les pays industriels qui vivent sur le dos des peuples africains.


C’est même une honte pour les Africains, de prendre pour modèles, des présidents qui nient l’histoire tragique du continent lors de sa rencontre avec l’impérialisme occidental, en considérant les pays colonisateurs comme « des alliés naturels ». Ces propos, devraient heurter tout Africain digne de ce nom. C’est parce que nous sommes devenus des adeptes du « spectacle », que nous tombons dans ces subterfuges qui nous imposent des idoles sans aucune matière. Ces modèles dont la mise en scène de « l’audace » autorisée et contenue, ne sert qu’à tempérer la soif de changement des jeunes Africains, le temps de dérouler leur agenda. En continuant de tomber dans ces pièges faciles, nous continuerons pendant longtemps d’être la risée du reste monde.


Pourquoi acceptons-nous d’être infantilisés de la sorte, en nous considérant comme des « curiosités de l’espèce humaine » ? Avons-nous besoin de présidents qui font le tour des forums internationaux pour se vanter d’actions et de plans qui n’ont rien d’original ? Qu’y a-t-il d’exceptionnel à « penser » à industrialiser le continent, ou construire des infrastructures ? Le courage politique ne consiste pas en de simples discours, tant que les actes posés ne menacent pas les intérêts des pays impérialistes lesquels s’opposent catégoriquement à ceux des peuples Africains.

 
Là où les pays qui troublent le sommeil des pays impérialistes se sont, avec courage, attaqués à leurs défis, nous préférons les spectacles, les grands débats creux, les grands rassemblements pour annoncer au monde entier que l’Afrique se est en train de se « démocratiser », « d’émerger », « d’entreprendre », de « penser », d’inventer. Comme si ces activités étaient censées être en dehors de nos capacités, ou n’ont jamais pas partie de notre histoire.
 

Nous avons tellement intériorisé les discours racistes, que nous passons notre temps à prouver notre « humanité » à des peuples, qui, même s’ils sont aujourd’hui en position dominante, ont été eux-aussi réduits en  ’esclavage, et ont subi le même processus de deshumanisation qu’ils ont infligé aux peuples qu’ils ont conquis plus tard.* L’Abbé Irminon, dans son « Polyptique », nous apprend que chez les anciens, les eunuques coûtaient plus cher que les médecins, mathématiciens et les notaires entre autres .

C’est la preuve que pour sortir de la domination impérialiste « l’éducation » ou plutôt l’endoctrinement qui en tient lieu ne saurait suffire, si elle ne s’accompagne pas de la soif de liberté et la haine de l’oppression, Car on peut être « éduqué » et accepter la servitude. L’esclavage et exploitation n’épargnent pas ceux qui sont « éduqués ».C’est dire, qu’être diplômés, adeptes de la religion traditionnelle, porter des coiffures afro, des habits « traditionnelles » n’empêchent  pas de trahir les intérêts des Africains.

Car, de la même façon que nos matières premières sont transformées par les pays industriels, la « matière grise » du continent subit le même sort, les Africains les plus « éduqués » sont des collecteurs les données et informations qui seront traitées et analysés sous formes de rapports, livres articles, parce que nous n’avons pas d’agenda qui nous soit propre.

Ainsi, plus les Africains collectent les données qui seront traitées et synthétisées par leurs commanditaires, plus ils demeurent « ignorants » sur la réalité de leurs propres pays et sociétés.

Nous devons refusons que le monde se pense ailleurs que sur le continent Africain.


Il faudra  renouer avec la tradition intellectuelle Africaine, penser notre société et le monde de façon critique. Parce que nous avons pensé le monde avant beaucoup de peuples. Nous ne pouvons pas nous spécialiser dans « l’art » et la « spiritualité », ni continuer de considérer l’oralité constitue un trait caractéristique de la « civilisation Africaine ».Presque toutes les spiritualités ou systèmes de pensée dans le monde, partagent les mêmes principes fondamentaux.


« L’écriture » existe dans plusieurs sociétés africaines, comme les langues européennes n’ont pas toujours et écrites. Renouer avec cette tradition intellectuelle, c’est embrasser le combat contre les idées qui nous maintiennent dans la servitude et qui permettent à la domination impérialiste de se reproduire, dans les universités, la culture populaire et les valeurs sociales.


Renouer avec notre tradition intellectuelle, c’est penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Si la diaspora chinoise a contribué à la transformation du tissu économique de son pays, c’est avant tout parce qu’elle a adhéré au projet révolutionnaire de son pays. Existe –il un projet révolutionnaire Africain ?

La Chine doit principalement sa position actuelle à son refus de la domination étrangère et sa volonté à reprendre la place qu’elle occupait avant son agression par les pays impérialistes.

La diaspora chinoise a pu jouer un rôle catalyseur dans l’économie de son pays, parce qu’elle s’est posée en véritable concurrente des investisseurs étrangers. Est-ce le cas pour un continent Africain morcelé, et dont les membres de la diaspora les plus médiatisés ont pour ambition de soutenir les multinationales occidentales dans leur conquête du continent Africain, ou de chercher à obstruer l’horizon de la véritable libération et de progrès des jeunes Africains, par des divertissements et spectacles ?


Aucune diaspora au monde n’accepterait de jouer ce rôle, car ce serait trahir les intérêts de son leur pays.

Sans une réflexion radicale, nous risquons de soutenir l’agenda qui fera de l’Afrique toute entière, les anciennes colonies françaises, aussi bien que les anciennes colonies anglaises » sous la tutelle occidentale.

Quels sont nos objectifs  qui nous sont propres? Les méthodes utilisées nous font elles avancer vers ces objectifs ?


Sans une conscience véritablement révolutionnaire, toutes nos actions et postures, risquent d’être sans impact sur notre condition.

De consciente, cette jeunesse doit devenir véritablement révolutionnaire. La révolution pour nous n’est pas un événement, Elle n’est pas une alternance « imposée par la rue » et qui au final, ne fait que remplacer d’anciens dictateurs par de nouveaux. La révolution nécessite un projet de société bien pensé.

Il nous faut questionner les intérêts que servent ceux qui font « notre fierté » tout simplement parce qu’ils sont acceptés par les dominants. En adoptant cette mentalité de l’esclave qui trouve sa fierté dans la puissance de ses oppresseurs, nous perdons de vue qu’il y’a des Africains qui ont choisi leur camp, et qui profitent de notre oppression.

 
La véritable souveraineté économique passe par l’indépendance intellectuelle et politique.


Sans une idéologie aspirant à une totale décolonisation, quelle que soit l’abondance de nos ressources naturelles, aucun changement significatif ne saurait survenir dans nos sociétés. Aussi longtemps que nous continuerons sans gêne aucune, de nous considérer nous-mêmes comme des « ressources humaines », au même titre que les énergies fossiles enfouies sous terre ou dans les fonds marins, acceptant d’être des instruments entre les mains des détenteurs de capitaux. Existe-t-il entre une classe politique servant les intérêts étrangers et des hommes d’affaires et diplômés servant ceux des multinationales étrangères ?
 

Et si la lutte contre le néocolonialisme devrait avoir un ancrage national, notre conception du patriotisme s’inscrit dans le cadre de la lutte panafricaine contre l’impérialisme. Parce que même l’idée que l’on se fait de la « patrie » et de ses  intérêts », varie en fonction de nos réflexions et aspirations idéologiques.

Nous pouvons tout aussi bien imaginer, que cet attachement « naturel » que certains peuvent éprouver à l’égard de leur pays de naissance, qui dans nos cas se trouve être des constructions coloniales, nous pourrions tout aussi bien l’éprouver si nous étions nés au sein d’entités géographiques plus restreintes ou plus larges. Et bien souvent, les références culturelles et historiques qui nourrissent ce sentiment d’appartenance, trouvent leurs origines dans des aires géographiques pré datant nos différentes frontières actuelles.


Pour nous, le patriotisme, ce n’est point céder à cet égoïste sentiment d’orgueil national qui consiste à verser dans « l’exceptionnalisme », ou à souhaiter être le « meilleur pays au monde ».

Parce que nous sommes convaincus que toutes les qualités humaines se retrouvent à des degrés divers, chez tous les peuples. Nous n’avons pas non plus la naïveté de croire que des « pays produisent » de « grands hommes », si c’était, le cas ils pourraient en produire en quantité et à toutes les époques.


Pour nous poser la question de l’indépendance nationale, ce n’est ni sombrer dans ce patriotisme chauvin, et ne se limite pas au seul respect de symboles venus d’ailleurs, « habillant » un appareil d’État sans véritable pouvoir.

D’ailleurs à quoi sert-il de respecter des symboles, si on peut, sans scrupules, fouler du pied les droits de ses concitoyens, porter atteinte à leurs biens, leur honneur et leur vie ?

Le patriotisme n’est pas un accès de fièvre subite qui nous saisit à l’occasion d’événements, heureux ou dramatiques, déclencheurs d’hystérie collective, et qui nous abandonne face aux grands défis auxquels nous sommes confrontés.

C’est un engagement de tous les jours, pour le progrès collectif et la justice.

 
Poser la question de l’indépendance nationale, c’est poser celle du néocolonialisme qui est le cadre qui l’informe de l’extérieur comme de l’intérieur.


Parce qu’aucun état victime de l’impérialisme ne saurait garantir sa sécurité en s’isolant, Poser la question nationale c’est commencer à nous occuper de nos intérêts nationaux, tout en s’inscrivant dans une perspective de résistance internationale à l’ordre impérialiste.


Les dirigeants Africains sont-ils les seuls à être concernés par nos intérêts ? Sur quelles forces organisées, ces dirigeants pourraient-ils compter s’ils décidaient de se battre pour préserver nos intérêts collectifs ? Peut-on s’attendre au développement d’un pays dont les membres sont dispersés à travers le monde, monnayant leurs compétences au plus offrant, telle une armée en déroute dont les éléments servent de mercenaires pour le compte de   pays étrangers ?

La question de la souveraineté nationale est une invitation à cesser de limiter notre réflexion sur les hommes politiques corrompus, pour s’attaquer à l’analyse d’un système qui permet leur formation, leur reproduction et qui nous les imposent. Pour que nous cessions d’élire des hommes politiques aguerris aux manipulations auxquelles les confine leur statut de vassaux, pour élire de véritables hommes d’état.


Nous souhaitons voir dans nos différents pays, l’émergence d’une élite politique ayant un fort sens de l’identité nationale au sens politique, comme rempart contre l’invasion impérialiste  qui se cache sous l’innocent terme de mondialisation.

Le moment est venu d’opérer une rupture radicale d’avec les institutions politiques et sociales héritées de la colonisation, au sein desquelles, l’appareil d’état et bureaucratique était censé organiser les rapports de l’empire avec ses sujets, pour passer à d’une nouvelle dynamique instaurant un contrat social qui lie un état souverain à des citoyens libres et conscients.

Nous ne pouvons plus nous permettre de faire la politique de l’autruche afin d’éviter de vider la question coloniale. Nous ne pouvons plus nous contenter de cette « paix » sans honneur qui fait vivre un calvaire permanent à des millions d’hommes, de femmes et surtout d’enfants.