Le chemin de l’humilité ne saurait être atteint par l’humiliation des enfants


Ceux qui demain, pourraient constituer les véritables élites de nos pays, sont peut être aujourd’hui en train de mendier leur pitance dans les rues de nos capitales, exposés à des risques qui peuvent les détruire de façon irréversible.


L’absence de soutien et d’encadrement des systèmes d’éducation et de socialisation, peut entraîner des dégâts considérables. Ce déficit d’encadrement est pour beaucoup, à l’origine du problème des enfants « talibés » au Sénégal.
Le problème des enfants de la rue en général ne saurait être isolé des maux qui affectent l’ensemble des secteurs de nos sociétés. Nous ne pouvons pas continuer de nous attaquer aux symptômes sans nous arrêter pour réfléchir aux causes réelles qui sont à l’origine des tribulations que traverse notre continent.


Ces dysfonctionnements se déroulent dans un contexte déterminé qui est celui de la domination et de l’oppression de nos sociétés. C’est manquer d’honnêteté que de blâmer le problème des enfants « talibés » comme étant des victimes de marabouts malhonnêtes même si cela est vrai dans certains cas. Qu’est ce qui pousse les parents de ces enfants à se séparer d’eux en les confiant à des marabouts sans s’acquitter de leurs frais d’entretien ? On se rendra compte que partout dans le monde, même dans les pays développés avec un pouvoir central fort, c’est la même logique qui jette les enfants dans la rue et les expose aux multiples abus et violences des adultes : l’oppression, les injustices, la pauvreté, les inégalités devant l’accès aux logements, les guerres et les traumatismes familiaux qui en découlent. Ce sont des maladies de la société humaine qui existent partout.

Pourquoi ne s’interroge t’on pas sur le désintérêt manifeste de l’Etat à l’égard de des dynamiques sociales endogènes ou tout simplement, du sort des populations en général ? Pourquoi des cendres de l’université islamique de Pire, brûlée durant la colonisation, aucune institution structurée n’a vu le jour pour organiser l’enseignement religieux islamique. Les « Daaras », qui quoiqu’on puisse leur reprocher, ont fait montre, dans leur grande majorité, de leur dynamisme et de leur capacité d’adaptation.


C’est plutôt l’Etat qui ne leur accorde aucun soutien, tout comme il ne le fait pas à l’égard des artisans, qu’ils soient mécaniciens, menuisiers, ébénistes ou bijoutiers, qui s’occupent de la formation des jeunes en situation de déperdition scolaire.
Tous ces acteurs dont les structures opèrent dans le secteur dit « informel », servent, à la formation et la réinsertion et parfois la réhabilitation de nombreux jeunes en difficulté. Ces acteurs ont en plus le grand mérite de ne pas « chercher un emploi », ils en créent pour eux-mêmes et pour les autres.


Peut-on s’étonner qu’il y ait des abus dans des pays où l’Etat ne sert que de prétexte commode pour organiser le cadre légal de l’exploitation des ressources naturelles et des populations de nos pays ?
La situation des enfants au Sénégal, au Congo et ailleurs, de même que les nombreux dysfonctionnements qui frappent nos sociétés, ne font que refléter l’état d’impuissance général du continent africain soumis à la prédation capitaliste depuis des siècles avec la complicité de dirigeants corrompues. Sans lutter activement contre ce persistant et destructeur héritage colonial, il serait vain de s’attendre à des changements fondamentaux sous nos cieux.


Ces inacceptables tragédies engagent la responsabilité de l’ensemble des membres d’une société qui choisissent de fermer les yeux et refusent de voir la réalité en face, en acceptant de cheminer vers la liberté et le progrès social dans le cadre d’institutions et de modèles conçus pour organiser leur asservissement et leur exploitation.


Il faudra bien plus que de simples vœux pieux pour redonner de l’espérance aux enfants du monde.