Les ONG : Agents de la domination neocoloniale


Sous le terme d’ONG, se retrouve une large palette d’organisations les plus diverses, allant des organisations philanthropiques, qui fournissent une aide humanitaire aux victimes de conflits et de catastrophes naturelles, à celles qui s’occupent d’activités politiques en œuvrant pour des changements structuraux à long terme, tels que l’organisation de la société civile, la transition démocratique etc. Leur présence depuis plusieurs décennies auprès de nos populations a participé à la modification de la structure du tissu social de nos pays, par leur implication au niveau politique économique et idéologique.


Rôle économique

Les ONG jouent un rôle de premier plan dans le paysage économique de nos pays, où elles sont des pourvoyeuses d’emplois, car elles recrutent généralement leurs collaborateurs parmi « l’élite instruite » africaine.
Bon nombre d’ONG et d’associations sont des entrepreneurs en Afrique, mobilisant les forces productives locales, finançant des activités de production et s’occupant de leur commercialisation sur les marchés internationaux.


Rôle politique

Sur le plan politique, les ONG se sont immiscées dans des questions nationales, en aidant à la structuration de « la société civile » africaine, qui est composée généralement d’organisations qui dépendent financièrement d’elles et qui sont en concurrence pour obtenir leurs subventions. Disposant de moyens financiers et logistiques plus importants que les associations traditionnelles, les ONG se sont progressivement substituées aux acteurs locaux, certaines s’occupant même de prérogatives relevant de la compétence gouvernementale (construction de centres de santé et d’écoles), tandis que d’autres sont même devenues la « voix » des peuples africains.

Le soutien à l’organisation de la société civile africaine a plutôt servi de prétexte pour phagocyter les mouvements sociaux, de canaliser les mécontentements sociaux et démanteler les forces potentiellement subversives.
Les activistes et les leaders sont cooptés et noyés dans de vastes mouvements de contestation sans grand impact politique majeur, ni large résonance populaire, quand ils ne sont pas tout simplement utilisés pour soutenir leurs favoris politiques du moment.

Certaines ONG, œuvrent à la division des forces sociales par la fragmentation des mouvements sociaux en sous segments épars, femmes, jeunes, enfants, ce qui ne permet pas une appréhension globale des problèmes et rend le débat politique de plus en plus pauvre.
L’humanitaire finit par tuer la politique. Les populations n’ont pas l’opportunité d’aiguiser leur conscience politique, et de réfléchir à des stratégies alternatives de sortie de crise. Leur implication dans les différents projets de développement, de renforcement de capacités en tous genres, empêche toute réflexion sur les véritables causes de la persistante pauvreté.

Les ONG jouent un rôle de « soft power » évident, en aidant à la mise en place de mécanismes institutionnels et d’infrastructures. Elles facilitent l’exécution de programmes qui permettent aux institutions financières internationales et aux multinationales d’atteindre leurs objectifs. Au nom de la solidarité internationale, on encourage les pauvres, à accepter l’ordre mondial défini par les puissances d’argent.
L’analyse des initiatives économiques qu’elles soutiennent, montrent que celles-ci s’inscrivent dans une logique tendant à pousser les populations à s’accommoder des rapports de domination existants. Les matières premières agricoles sont exportées vers les plates formes de transformation et de distributions occidentales, les bonnes femmes « soutenues », demeurent souvent à l’ère de la collecte.

Le système a su dévoyer la solidarité internationale en exploitant judicieusement les faiblesses des populations qui ont du mal à dire non à la main tendue, l’avidité de ceux qui profitent de cette aubaine, et la naïveté des bonnes volontés occidentales, prises dans le fort courant, constitué par les agents de l’Empire.


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Les ONG : Relais de la propagande Idéologique

De plus, leur rôle de relais de la propagande idéologique transparaît dans leurs campagnes de communication pour la collecte de dons. Campagnes dans lesquelles elles n’hésitent pas à inonder la planète entière, d’images avilissantes et dégradantes, piétinant sans scrupule, la dignité des victimes qu’elles sont censées sauver.

Cette image négative qui colle aux Africains, constitue une agression psychologique avérée, car elle participe au renforcement des préjugés et stéréotypes misérabilistes sur l’Afrique et les Africains, tout en occultant les véritables raisons de la persistance de ces situations d’extrême désolation humaine.

C’est ainsi que se construit, l’image d’une Afrique assistée, à travers la représentation dévalorisante de ses habitants, par ceux-là mêmes qui vivent du business de l’humanitaire. Ceux dont le discours, a souvent tendance à donner une explication culturelle, à des problèmes qui sont les conséquences des choix et décisions politiques et économiques « rationnelles » de leurs pays. Ce type de discours, peut donner à penser que les pauvres seraient en quelque sorte responsables de leur pauvreté.

Ces organisations, en s’occupant souvent de prérogatives que les politiques d’ajustement structurels, le service de la dette et autres contraintes empêchent à nos Etats d’honorer, cherchent à atténuer les impacts négatifs de politiques génératrices de misère. A l’image de cette bête sournoise évoquée dans les récits de la sagesse populaire, qui pour ne pas réveiller sa proie, souffle sur l’endroit de sa morsure.
Les ONG ainsi jouent un rôle crucial dans cette bataille psychologique dont l’objectif est entre autre de susciter chez les peuples africains un sentiment d’infériorité et d’empêcher l’apparition de tout sentiment anti occidental.

Si cette situation n’est pas le cas de toutes les ONG, car il en existe certaines, qui sont réellement animées par la volonté de participer à l’émancipation des peuples africains et à l’allégement de leur souffrance, le devoir de vigilance s’impose. Il nous faut réfléchir sur les entreprises de déstructuration de nos sociétés, sous le prétexte de les organiser.
La générosité de leurs prétentions affichées, ne devrait pas nous empêcher de réfléchir sérieusement sur les éventuelles motivations cachées de certaines d’entre elles.

D’autant plus que, le sentiment de toute puissance qui peut animer certains membres de ces organisations, qui débarquent en Afrique comme en pays conquis, peut conduire à des dérives. Il est inacceptable, de laisser intervenir sur nos territoires, sans aucune régulation, des organisations qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs bailleurs, et qui travaillent à nous imposer leur vision du monde, en nous faisant inscrire dans notre agenda politique et sociale, leurs propres préoccupations.

Leur omniprésence sur le territoire africain, devenue banale, est à y regarder de près, extrêmement effrayant.
Les ONG ont envahi toutes le continent, investi toutes les facettes de nos « pauvres » existences, de la sphère publique à l’espace privé. Elles s’intéressent à notre faune et notre flore, nos pratiques sexuelles, les relations entre les genres, sans oublier l’alimentation et la santé de nos populations, en somme, nous finissons par leur « devoir notre existence ». La mission civilisatrice de l’Occident est plus que jamais en œuvre d’une façon plus efficace parce plus sournoise.

Leurs interventions tendent à reproduire les même liens de subordination, qui prévalent à l’échelle interétatique, au niveau des relations entre citoyens, et cela au nom de la « solidarité internationale ».

Le continent africain ressemble à un grand colosse sans âme, qui ne peut se mouvoir que porté par des mains étrangères qui le tiennent au niveau de chacune de ses vielles articulations et le mènent inexorablement vers un destin qu’il est loin de s’être d’avoir choisi et qui risque de lui être fatal.

Cette situation révèle notre extrême passivité et la profonde dépossession de nous-mêmes. Elle instaure des rapports qui nous affaiblissent intellectuellement, en nous privant de notre capacité à penser par nous-mêmes et pour nous mêmes. Mais plus encore, elle nous détruit moralement, en anéantissant en nous, toute volonté, toute vitalité, tout sentiment de dignité et de fait, menace gravement notre capacité de survie.

Il nous faudra bien, si nous ne voulons pas périr asphyxié, nous débarrasser de cette étouffante étreinte qui risque de nous être fatale, afin de construire des relations fraternelles sur des bases plus saines.