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Lettre introductive au texte « Protection de l’enfance ou contrôle social »

Je vais, cette fois, faire une exception à la « règle » de ne pas partir d’expériences directement personnelles pour aborder des problèmes collectifs. Les circonstances m’imposent de faire entrave à cette règle.

Nous faisons l’objet depuis bientôt un an, d’une procédure pour informations préoccupantes, nous accusant de faire subir des mauvais traitements à nos enfants. Cette procédure semble un peu ironique tant les concours de circonstances défie les règles du « hasard ». J’ai parlé de ce sujet, dans le livre « Afrique, l’Appel de l’Honneur » (voir texte «  Individu versus communauté ») et deux mois après l’appel pour la mise sur pied de l’organisation R.I.S.E -U.P, la procédure a été déclenchée.

Nous avons patiemment attendu le déroulement de la procédure avant de nous prononcer publiquement sur cette question. Maintenant que nous avons vu le coté purement arbitraire et impartial de cette procédure, nous nous donnons le droit de nous faire entendre. Nous n’avons nullement eu l’occasion de défendre notre position, présenter l’attestation du médecin de famille qui n’a jamais eu à constater des traces de coups, et en l’absence de visite à domicile, aucune photo de famille ou notes d’enfants n’a été consulté. Il fallait essayer de nous faire reconnaitre de force, le pouvoir des services de protection de l’enfance. Il ne s’agissait pas de prouver notre innocence, mais de reconnaître le besoin d’une assistance éducative.

Parce qu’ils savaient qu’un véritable débat contradictoire, cela allait révéler les incohérences, inconsistances, propos fallacieux et diffamatoires du rapport du C.D.A.S. Ils sont partis d’accusations de mauvais traitements, pour finir avec une « volonté de retirer nos enfants du monde extérieur », « du système français », de me présenter comme un père absent, un mari « qui domine » sa femme. Cette dernière affirmation était le subterfuge idéal pour me « museler »; sous prétexte que je dominerais ma femme parce « que je parle plus qu’elle ».

Dans toute organisation ceux qui peuvent le mieux articuler la mission et objectifs et clarifier une situation sont mis en avant. Notre famille en tant qu’unité organisationnelle n’échappe pas à cette règle. Porter la parole du gouvernement, d’une entreprise, d’une organisation quelconque signifie t’il exercer sa domination sur le groupe ou l’organisation que l’on représente ? Un avocat est-il supérieur aux personnes dont il défend la cause ? La loi est pourtant écrite dans une langue comprise par l’ensemble des citoyens. M’exprimer pour défendre la cause de notre famille, surtout devant des personnes qui utilisent des préjugés, manipulations et propos mensongers, ne saurait en rien signifier ma domination sur ma femme.

Il s’agissait donc de nous pousser à reconnaitre de force, sans possibilité de nous défendre les accusations de maltraitance, mais de ne pas être un mari dominant en ayant pas la parole, et de prouver que nous étions bien intégrés au « modèle ou système français ».

Nous avons eu à subir une procédure marquée par différentes tentatives de manipulation1, des propos déformés, d’inventions sortis de leur imagination ; comme le fait de dire que mon fils aîné a des contacts avec ses cousins qui lui « font état de fermetures d’infrastructures », sans que l’on ne comprenne l’intérêt de mentionner ces propos que mon fils nie d’avoir tenu, donnent à penser qu’ils n’y figurent pas de façon délibérée. Veulent-ils peut-être arguer de l’absence d’infrastructures dans mon pays pour dire que ce ne serait pas un environnement favorable à leur développement ? Le fait qu’ils affirment, sans aucun fondement dans le rapport, que notre projet de retour au pays, projet dont ils n’ont aucune connaissance, serait un « prétexte pour retirer nos enfants du système français », renforce l’hypothèse que la demande d’assistance éducative ne serait qu’une étape.

Dans la rédaction de leur rapport, les membres de l’équipe ont recueilli des informations auprès d’un des établissements scolaires fréquenté par nos enfants, qui leur a fait savoir que nous refusions les bilans médicaux à l’école, ce qui est faux et nous en avons les preuves.

C’est l’occasion, pour nous, de porter à l’attention du public, certains contenus pédagogiques ayant un caractère dénigrant pour l’Afrique et les Africains, dont la directrice de ce même établissement, fut l’auteur. En réponse à ce texte, nous lui avions adressé à l’époque, un courrier En l’absence de réaction de sa part, nous avons adressé notre réaction à divers associations ainsi qu’au ministre de l’éducation nationale, pour faire part de notre préoccupation pour ce type de contenu.

Cette lettre en réponse à Pénélope est adressée à tous ceux qui pensent comme elle. Tous ceux qui sillonnent le continent Africain, bénéficient de son hospitalité et qui systématiquement le dénigrent en ne rapportant que les côtés négatifs, et qui se cabrent quand les Africains leur racontent leurs expériences négatives dans leur propre pays. Elle s’adresse à tous ceux qui se comportent comme des rustres envers les Africains. N’est-ce pas se comporter comme tel, quand on ne rate aucune occasion dans les réunions mondaines, de raconter une anecdote ou une expérience négative à propos des Africains ? Quand on les pousse à toujours à se justifier des choix qui relèvent de leur liberté, ou de leur raconter les coups bas reçus de leurs  compatriotes en concluant « heureusement que tous les Africains ne sont pas pareils ». Comme si les Africains n’avaient jamais eu affaire à des gens malhonnêtes ou des à expériences négatives avec les Occidentaux. Qu’ils incarnent la vertu morale. Ignorent-ils leur histoire ? Combien d’Occidentaux, en séjour en Afrique, sont interpellés sur les atrocités de l’esclavage, le racisme dans leurs pays, entre autres ?


Par la publication de cette lettre, notre objectif est d’attirer l’attention sur la situation des enfants issus de l’immigration, ayant des origines culturelles différentes qui souffrent du  racisme à l’école, dans les cours de recréation, et agressés psychologiquement par des contenus pédagogiques inappropriés. Ces propos nous étaient souvent rapportés par nos enfants, qui posaient des questions sur leur histoire, parfois suite à des cours en classe ou des remarques de leurs camarades, mais nous ne disposions pas de traces écrites de ces contenus, qui continuent d’être tenus par certains membres du personnel enseignant.

C’est aussi une façon de montrer que les propos de Mr Trump n’ont en fait rien d’exceptionnels. Il s’agit surtout de mettre en exergue comment le racisme se reproduit à travers le discours institutionnel2.

Le racisme structurel s’exprime, dans le cas particulier qui nous concerne, dans le pouvoir de certains individus de décider de façon délibérée, d’accuser sans preuve, de ne laisser aucune possibilité de se défendre, en élevant la parole du « Blanc » (animatrice en service civique au service de la mairie de notre commune, maire, directrice d’école, assistantes sociale, expert ASE, juge) au-dessus de celui de « l’Africain ».

Il est assez curieux que parmi toutes les différentes parties prenantes dans cette affaire, nous soyons les seuls dont la lucidité et la probité morale soient remises en question.

L’animatrice de l’atelier de théâtre à l’origine des informations préoccupantes, que nos enfants n’ont fréquenté que quelques heures (6 heures), aurait pu se rendre compte de ce que les différents personnels des établissements scolaires n’ont pas su déceler. Elle peut tenir des propos non vérifiés, traiter nos enfants de « bêtes », s’ils ne savent pas jouer un personnage de dessin animé, prendre le téléphone de mon fils, lire un message privé et le répéter à haute voix, cela ne pose aucun problème.

La directrice de l’établissement scolaire peut faire de fausses déclarations qui visent à nuire à l’image de la famille, les assistantes sociales peuvent manquer à leur parole faire des déclarations ouvertement tendancieuses.

La directrice du service peut, en plus de manquer à sa parole, exprimer sans complexe, non seulement ses préjugés sur les ressortissants des Dom-Tom, mais tenir des propos relevant de la diffamation raciste. C’est ce qui l’a peut être poussé à se faire représenter par un membre de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) qui n’a jamais entendu les enfants mais a même essayé de manipuler une situation tout à fait banale, afin de pouvoir décréter la « peur » chez notre fils. Cette même personne s’était présentée à nous comme la psychologue du CDAS sans plus de précision.

C’est la dimension institutionnelle du racisme que tout le monde s’accorde à nier, par le concours des différents corps de l’Etat, du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, et des différentes institutions, qui permet de donner ainsi un caractère légal à une opération illégitime tant au niveau national qu’international. C’est ainsi que se perpétue l’héritage colonial, dont les fondements racistes sont demeurés intacts.

Le droit, dans un tel système, est l’instrument par lequel les politiques les plus injustes, peuvent revêtir un caractère presque sacré, alors qu’elles ne sont que l’expression de la volonté des hommes.

Ce racisme, s’il existe partout en Occident, s’exprime selon les tempéraments nationaux et les orientations politiques. Nous avons pu, par notre expérience, voir qu’il y a plus de retenue voire même de respect envers les Africains dans les pays nordiques qu’en France. Il faut noter que dans la plupart de ces pays les rapports entre gouvernants et gouvernés sont eux-mêmes empreints du respect du citoyen qui dispose de plus de moyens de contrôle sur ses élus qu’en France, ou les dirigeants ressemblent à « monarques ». Dans ces pays les hommes politiques accusés de corruption démissionnent, en France on s’accroche jusqu’au bout. Le ministre-président Wim Kok des Pays Bas a démissionné suite à une investigation dénonçant la passivité des troupes néerlandaises durant le massacre de musulmans Srebrenica. En France, on fait la sourde oreille devant les accusations d’implication de l’Etat dans le génocide rwandais. Dans ces pays les citoyens peuvent contrôler les dépenses de leurs ministres qui ne bénéficient que de peu de privilèges. En France, les caprices des dirigeants ont beau coûté cher aux contribuables, ils en sont rarement comptables. Alors que les riches qui reçoivent de l’état des allocations que l’on entoure de termes respectueux tels que « subventions », « primes à », « indemnités » et autres, les populations les plus vulnérables doivent se justifier et sont punies pour chaque écart concernant leurs maigres indemnités. Dans ces pays la presse d’investigation y est bien établie, en France ces types de journalisme sont un peu considérés comme des  « marginaux ».

Cette tradition politique affecte la politique envers les étrangers surtout les Africains.

Les Africains vivant aux Etats-Unis, en Grande Bretagne jusque dans les anciennes colonies et territoires d’Outre-Mer, malgré leur oppression, bénéficient de plateformes qui leurs permettent d’exprimer leurs talents dans les domaines artistiques, entrepreneuriales et politiques. Le dynamisme économique, intellectuel et culturel y est sans commune mesure avec ce qui se passe dans l’espace francophone.

La faute en incombe aux Africains qui cherchent leur « confort » dans la servitude, contrairement à ceux vivants dans l’espace dit anglophone, dont l’ardeur militante en défiant le statu quo politique, nourrit le dynamisme intellectuel et culturel. Il est temps de rompre définitivement avec ce modèle.

C’est l’occasion pour nous de revenir sur la démarche dans notre combat que nous avons essayé d’articuler de notre mieux, en cherchant à toucher un large public.


Nous n’avons pas non plus l’habitude de commenter l’actualité, parce que nous ne la contrôlons pas, que nous ne produisons pas, car y réagir, c’est accepter de se faire contrôler parce ceux qui en tirent les ficelles. Avons-nous vraiment à toujours réagir suite à des déclarations, des informations, des plans conçus par des individus comme nous, dans de lointaines salles de réunions d’organisations, de bureaux de rédaction, de Think tanks etc. ? Quand viendra le moment où les Africains se réuniront et mettrons eux-mêmes sur pied, un plan d’action qui est le leur ?

Continuer d’agir de la sorte, c’est accepter que d’autres nous donnent la définition de notre réalité, vivre selon le rythme imposé par d’autres.

C’est en acceptant que d’autre définissent notre propre réalité, que nous cherchons la définition du racisme dans les dictionnaires des autres. Le racisme se réduit ainsi principalement à des propos et des attitudes individuelles « moralement inacceptables », surtout parce que la « race n’existe pas ». C’est une définition du racisme3 qui lui permet de perdurer, car avec un mauvais diagnostic, on parvient très rarement à guérir une maladie. C’est une définition du racisme qui cache sa véritable dimension et qui arrange les élites occidentales.

Les Africains s’entêtent à réagir à la dimension individuelle du racisme et des préjugés sans voir la réalité politique et économique du racisme.

Nous pouvons passer des siècles à nous justifier d’avoir une histoire, d’être intelligents, cela ne changera pas les conditions concrètes de la vie des Africains. Si les Africains étaient considérés comme des individus sans intelligence, on ne dépenserait pas d’énormes ressources financières, militaires et intellectuelles pour les contrôler et contrôler leurs dirigeants.


L’émoi de certains Africains face aux propos du président des Etats-Unis est, dans une certaine mesure, très choquant. Les présidents Africains devraient même avoir honte de réagir à « ses propos » tout en se soumettant à sa politique. C’est montrer leur manque de solidarité face à la souffrance de leurs frères qui vivent dans le ventre de la bête depuis des siècles. C’est considérer que les atrocités de l’esclavage, la ségrégation raciale, l’emprisonnement massif des Africains-Américains, le meurtre délibéré par les forces de police ne sont point des actes relevant du racisme, et les laissent indifférents. Que les politiques de double standard, dans les domaines économiques et sociaux et culturels des organisations des Nations Unies, du FMI et de la Banque mondiale ne relèvent pas du racisme en continuant de maintenir les privilèges de certains intérêts au détriment des autres. Le racisme est une stratégie politique de domination qui permet de justifier le mal et les injustices commis contre les opprimés en les blâmant. Il ne s’agit pas de limiter le racisme à sa dimension émotionnelle. Les autres communautés ne sont pas obligés d’aimer les Africains, de connaître leur histoire ou leur culture, pas plus que nous ne sommes obligés de connaître les leurs. Mais, nous sommes obligés de nous respecter, les uns les autres. Si les membres des autres communautés peuvent tout ignorer de nous, nous devons faire en sorte qu’ils ne puissent agir en notre encontre à partir de leur propre ignorance.


Considérer le racisme dans sa dimension morale et individuelle, c’est considérer qu’il est acceptable de traiter les Africains de façon irrespectueuse, en leur imposant des rapports de supériorité, aussi bien dans les relations avec les dirigeants, qu’avec les citoyens, mais qu’il est inacceptable de l’exprimer par des propos.

On réagit à des propos par des propos, on réagit à une politique par une politique, des comportements et une volonté de transformation concrète de la structure des rapports de force qui permette la perpétuation de la domination. Et c’est surtout s’enfermer dans une position d’infantilisation qui consiste à toujours réagir aux événements, sans mettre sur pied des mécanismes de prévention.

Les Africains sont les seuls à réagir à une catastrophe par l’organisation de concerts, de marches de protestations, dénoncer un acte précis, applaudir à des discours enflammés en attendant le prochain, comme s’ils étaient incapables de s’inscrire dans des actions soutenues dans la durée, de s’asseoir, discuter et définir un plan collectif de prévention.


Ils sont encouragés dans cette attitude par des « leaders improvisés » qui se limitent à dire « non à » sans se battre à long terme « pour » un véritable projet de transformation de la condition des Africains.

Des militants dont les objectifs semblent se limiter à culpabiliser le « blanc », souvent contre des subventions et des postes de prestige et non de se libérer de sa domination, et certains préfèrent capitaliser sur le réveil des consciences endormies qui semble être un créneau très porteur très lucratif pour cette catégorie de militants de circonstance.

Les Africains ont des « leaders d’opinion » sans aucun agenda ni légitimité, chacun peut dire ce qu’il veut, en notre nom sans en être comptable. La célébrité est devenue notre critère du leadership, alors que celle-ci est fabriquée par ceux qui contrôlent les plateformes médiatiques.

Ils sont constitués artistes dépendant des maisons de production et des tourneurs occidentaux, alors que la production et la formation et les infrastructures culturelles font défaut sur le continent, d’écrivains qui dépendent des maisons d’éditions occidentales ; l’édition se trouve mal en point et il se construit plus de centres commerciaux que de bibliothèques.

Ce sont donc des leaders d’opinion qui produisent plus d’emplois et de richesses dans les pays occidentaux que dans leur propre pays, qui doivent leur notoriété à leurs contrats auprès de groupes étrangers, qui se permettent de nous dire qu’il suffit de se mettre au travail. Pourquoi ne s’interrogent-ils jamais sur le fait que ce soient toujours des producteurs, managers, éditeurs occidentaux qui vivent des talents des Africains ? Où sont les producteurs, managers, tourneurs, éditeurs africains aussi riches que leurs homologues occidentaux ?

Des leaders qui semblent véhiculer le message que l’esclavage n’est pas mauvais en soi, pourvu qu’on sache y mettre le prix. C’est inviter les Africains à ne voir leur réalité que dans le sens des intérêts de ces derniers.

On nous affirme que les Africains envoient par leurs transferts d’argents plus que l’aide au développement, soit 15% de leurs revenus. Nos brillants économistes préconisent des mécanismes pour retenir cet argent destiné à la consommation des ménages. Il existe même des solutions des plus infantilisantes, consistant à priver les familles d’argent liquide pour le donner directement aux entreprises occidentales propriétaires des réseaux de distributions alimentaires et médicales ou de paiement mobiles sur place. Ces initiatives sont présentées comme des modèles d’entreprises innovantes.

Pourquoi n’entend-on jamais ces économistes se poser la question de savoir comment retenir à la source une partie des 85% de leurs revenus, qui restent dans les pays occidentaux, ainsi que les commissions que les entreprises de transfert de fonds amassent pour de simples opérations ? Pourquoi ne nous disent-ils pas combien ceux qui produisent tant de milliards rapportent ils à leur pays de résidence ?


La véritable lutte contre le racisme, ce n’est pas s’adresser à des épiphénomènes qui servent à occulter la dimension globale du racisme occidental qui sévit en Afrique, en Amérique et en Australie, c’est commencer à penser autrement, c’est fondamentalement lutter contre les précaires conditions de vie des populations Africaines.


Nous invitons les Africains à ne pas voir leur condition à travers les yeux des autres, en se contestant de citer les rapports des Nations Unies, du FMI, de la banque mondiale mais d’entreprendre des recherches empiriques sur la situation du continent africain.

Considérer que l’engagement politique dépasse le cadre des protestations, des réactions émotionnelles éphémères en attendant les prochains sujets de colère. Il ne suffit pas de dénoncer un président, mais de s’attaquer à l’organisation et au fonctionnement des institutions, de redéfinir les rapports entre gouvernants et gouvernés, redonner une dimension Africaine au pouvoir, à la démocratie, au droit, à la justice et la propriété etc.

Nous devons être conscients que sans organisation, nous continuerons de dénoncer éternellement les dirigeants. La faute n’est pas qu’aux dirigeants, elle incombe à tous ceux qui acceptent que des dirigeants puisent servir des intérêts étrangers. Qui croient qu’il suffit d’élire des dirigeants pour qu’ils soient les « nôtres ». « Nos dirigeants » seront ceux que nous avons nous-mêmes formés à nos objectifs et faisons en sorte qu’ils nous soient comptables de leurs actions devant nous. Il nous faut penser à la fameuse citation attribuée à George Orwell « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice. »

 
Sans organisation, il serait difficile de se débarrasser de ces dirigeants qui aident à nous maintenir dans la servitude. Sans organisation, sans protocole, ni code de comportement, il ne saurait y avoir cette discipline qui permet d’éviter certains excès. Les Africains sont parmi les rares peuples à s’insulter eux-mêmes, pensant que reprendre à leur compte les insultes proférées contre eux, serait un signe de militantisme. Nous n’avons pas à amplifier les insultes et agendas des autres, mais diffuser nos initiatives positives et agendas qui nous concernent. Nous devons aussi comprendre que les mauvaises conditions de vie ne sont pas culturellement déterminées mais politiquement imposés.


Que les Africains ne sont les ennemis d’aucuns Africains, car tous les pouvoirs et instruments d’exercice de pression, que ce soient les moyens financiers, le pouvoir politique, les armes, la notoriété et autres, leur sont octroyés par ceux qui disposent du  pouvoir de le faire.

Nous devons réfléchir sur les conséquences de l’oppression, car elle cause d’énormes dommages physiques, psychologiques et moraux.

C’est le manque d’idéologie, qui permet de comprendre le monde et notre mission. Elle ne se limite pas à battre le paver pour faire semblant d’avoir fait quelque chose, il s’agit d’un investissement qui se déroule loin des lumières médiatiques et les plateformes des réseaux sociaux. Marcus Garvey, Malcolm X, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, etc. contre O.N.U., le F.M.I., Amnesty International, la Croix Rouge et les milliers d’organisations qui non seulement structurent le paysage social et politique  dans le monde.

Ces grands combattants se sont battus pour sortir les Africains de la servitude, la meilleure façon de leur rendre hommage c’est d’accomplir leurs vœux, sans tomber dans le culte infécond de la personnalité, en oubliant le sort des populations.

Nous ne pouvons pas continuer de citer des individus aussi exceptionnels qu’ils puissent être, alors que les autres peuples mettent sur pied des institutions qui durent. Ces peuples contrôlent les institutions monétaires internationales, fabriquent les armes, contrôlent les ressources naturelles, les exploitations minières, les moyens de communication et de transport, les médias, et l’industrie du divertissement, financent les universités, les groupes de réflexion, les ONG et les multinationales et disposent amplement du pouvoir de corrompre les politiciens ou d’éliminer les dirigeants.

C’est là le veritable pouvoir qui permet au racisme de perdurer.

Nous contenter d’être à leur service, est la meilleure façon de les aider à imposer leur ordre au reste du monde, dans le domaine économique, à travers les programmes éducatifs et socioculturels. Faisant de nos artistes et autres personnalités célèbres les ambassadeurs de bonne volonté de leur agenda.

Nous devons aussi rompre avec le culte de la personnalité nous met à la merci de la manipulation du système. Ceux qui ont bonne mémoire peuvent se souvenir que c’est au moment où l’on célébrait l’entrée de Césaire au Panthéon, qu’était déclenchée l’opération contre la Côte d’Ivoire (2011) ; c’est au moment des funérailles du président Mandela, que les images des massacres en Centrafrique inondaient les médias (2013). Comme pour nous  narguer, à cause de notre naïveté à toujours chercher la fierté à travers des célébrités. Doit-on échanger la gloire de certains individus contre une humiliation collective ? Césaire au panthéon, ses livres demeurent inconnus de la majorité des jeunes français. Celui qui revendiquait son africanité, a été utilisé pour distraire l’opinion et  empêcher toute solidarité contre une attaque coloniale, ce contre quoi il s’était battu. Mandela au panthéon de "l'humanité", le peuple Sud–Africain demeure toujours dans les chaines de l’Apartheid économique, comme le reste du continent.

Et l’Afrique du Sud demeure hier plus qu’aujourd’hui, le relais de la pénétration occidentale comme l’avait si bien perçu Cheikh Anta Diop. Car aujourd’hui le capital occidental dispose d’une porte d’entrée privilégiée, peut prendre une couleur africaine, et cela peut même être utilisé comme une preuve de l’accroissement du partenariat intra Africain.


Nous ne pouvons pas continuer d’être fasciner par des « complots » émanant de groupes qui n’ont rien d’exceptionnel, à par leur capacité d’organisation. C’est ce que nous devrions commencer à faire. Si nous nous voulons regagner le « pouvoir » de décider de notre destin.

Sidya diop

Nous publions le texte « Individu versus communauté » qui est extrait du livre « Afrique l’Appel de l’honneur »,
Les récits des voyages de Pénélope,
La réaction au récit des voyages de Pénélope,
La lettre adressée au ministre de l’éducation Nationale,
Protection de l’enfance ou contrôle social,
Et les grandes lignes de notre projet « prétexte » (à paraître).

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Notes

1           A la sortie de la séance, j’ai appelé mon fils aîné qui était avec les autres enfants et des membres du personnel du CDAS, et après avoir remercié et salué l’une des dames qui les gardait, je l’ai emmené devant Madame M. et Madame B. pour lui demander, devant elles, s’il reconnaissait avoir joué la scène rapportée par Madame M., il a répondu que non. L’assistante sociale, Madame B. a elle-même reconnu n’avoir jamais demandé aux enfants s’ils avaient joué la scène en question.

A ce moment, la dame que je venais de remercier, s’est subitement écriée de façon exagérément dramatique, disant « je sens de la peur là, j’ai l’expérience, je « sens » la peur. Elle a insisté pour que nous allions nous asseoir, mon fils et moi, dans un bureau à coté, et m’a demandé sur un ton visant visiblement à m’intimider, de lui promettre que rien n’allait se passer à la maison. Suggérant par-là, que j’allais probablement porter la main sur mon fils en se basant sur sa « longue expérience ». J’ai demandé à mon fils, s’il éprouvait de la peur, il a répondu par la négative. J’ai eu la ferme conviction, à ce moment qu’il y avait, la volonté, chez le personnel du service social de manipuler les circonstances afin de charger notre famille, même si la démarche était d’une ridicule maladresse. Si je suis assez naïf pour « menacer mon fils » devant tout le monde, au nom de quoi devrais-je renoncer à porter la main sur lui sur simple « requête » d’un « expert » devant qui je n’ai pas hésité à me « montrer menaçant » envers mon fils.


2           « Against this structural and historical background, this book sketches an approach to the study of racism that focuses on the role of the elites in the reproduction of contemporary ethnic and racial inequality. It shows how the political, media, educational, academic, and corporate lites contribute to this reproduction process by persuasively pre-formulating the dominant ethnic consensus on ethnic affairs. Through their influential text and talk, they manufacture the consent needed for the legitimation of their own power in general, and for their leadership in maintaining the dominance of the white group in particular. Characteristic properties of such elite racism are its denial and mitigation, as well its attribution to ordinary white people ».


Traduction
« Contre ce contexte structurel et historique, ce livre esquisse une approche de l'étude du racisme qui met l'accent sur le rôle des élites dans la reproduction des inégalités ethniques et raciales contemporaines. Il montre comment les élites politiques, médiatiques, scolaires, 'universitaires et du monde de  l'entreprise, contribuent à ce processus de reproduction, en formulant  préalablement de manière persuasive convaincante  le consensus ethnique dominant sur les affaires  questions ethniques. A travers l’influence de leur  textes,  leur discours, ils fabriquent le consentement nécessaire à la légitimation de leur propre pouvoir en général et à leur leadership.
En maintenant la dominance du groupe blanc en particulier. Les propriétés caractéristiques d'un tel racisme d'élite sont son déni et minimisation, ainsi que son attribution aux Blancs ordinaires ». p 8

3           « Pour éviter tout malentendu, il convient de souligner à nouveau que cette étude n'examine pas principalement les idéologies et pratiques explicitement, intentionnellement ou ouvertement racistes de l'extrême droite. C'est ce genre de racisme manifeste que la plupart des élites rejettent et considèrent comme la seule forme de racisme.
Autrement dit, leur dénégation du racisme présuppose une définition du racisme qui les exclut pratiquement comme faisant partie du problème. En opposition critique avec cette idéologie dominante, nous nous intéressons aux groupes qui constituent le courant dominant modéré, à savoir les politiciens des partis respectables, les journalistes de nos quotidiens, les auteurs des manuels scolaires que nos enfants utilisent à l'école, les savants bien connus qui écrivent des textes de d'introduction à la sociologie, les directeurs du personnel des entreprises commerciales de premier plan, et tous ceux qui façonnent ainsi l'opinion publique, dominant ».  p 8


 Elite Discourse and Racism
Teun A. van Dijk Sage Series on Race and Ethnic Relations
volume 6
SAGE Publications
International Educational and Prolessional Publisher
Newbury Park
London New Delhi