Pour une Afrique Debout

Discours, Idéologies Et Résistances (Quatrième et dernière Partie)


C’est parce que nous avons laissé les autres définir le monde, que notre aventure intellectuelle a été ainsi balisée; que nous avons été maintenus, le nez plongé dans nos différentes spécialités et fonctions. Lesquelles, telles des œillères, nous ont empêché de lever les yeux pour voir le panorama général de notre condition. C’est ainsi que l’on peut entendre certains, parler de la recolonisation de l’Afrique, comme si elle avait cessé. Le néocolonialisme serait-il un mot creux sans réalité ? N’est-ce pas faire preuve d’une extrême naïveté, que de croire que, parce que le loup a mis un manteau d’agneau, on peut maintenant baisser la garde, lui faire entièrement confiance, et cheminer avec lui, main dans la main vers un futur « d’égalité, de paix et de justice ».
 
Si nous levions la tête pour penser par nous-mêmes, nous verrions comment le passé de cinq siècles de servitude, continue de façonner notre présent. Nous verrions que c’est la continuité de la colonisation physique et mentale, qui fait perdurer la pauvreté, les conflits à travers des relations de sujétion politique, intellectuelle et d’exploitation économique.
 
Si l’efficacité des mécanismes de ces relations oppressives, repose sur leur invisibilité1, l’intelligence de nos intellectuels, ne devrait-il pas consister à les dévoiler et d’appeler à les combattre ?
C’est parce que l’on nous a enseigné que l’esclavage se limitait à la traite atlantique, que nous avons du mal à nous faire à l’idée que l’esclavage ne se passait pas uniquement dans les plantations d’Amérique et des Caraïbes, mais aussi, sur le continent, dans les vastes plantations d’hévéa, de coton et qu’il continue, encore aujourd’hui, dans les mines de diamant, d’uranium, de coltan, etc. Si l’esclavage hors du continent a été tragique, celui sur le continent l’était aussi tout autant. Sur le continent, les Africains subissaient tortures, génocides, et ont connu les emprisonnements arbitraires pour ravitailler « l’armée des « forçats », du « travail, au bénéfice des colonisateurs».
 
La principale différence portait, à notre humble avis, sur le mode de gestion, du fait des différences de contexte, du fait que les esclaves appartenaient principalement à des particuliers, hors du continent, et aux autorités étatiques sur le continent.
 
Les fiers managers d’aujourd’hui ne sont pas très différents des slaves drivers du temps de l’esclavage.
 
Si nous levons le nez des discours dominants, nous verrions que le racisme et la discrimination, ne se passent pas uniquement à l’intérieur des frontières des pays occidentaux. Les Africains ne sont-ils pas discriminés, quand dans leur propre pays, ils n’accèdent pas aux mêmes commodités et services que les Européens qui y résident ? Quand les multinationales et ONG, peuvent accéder plus facilement, gratuitement et de façon plus sécurisée à la terre, que nos paysans eux-mêmes ? N’est-ce pas de la discrimination, lorsque dans les offres d’appels publics, les entreprises, cabinets de conseils étrangers sont privilégiés par rapport aux nationaux ; que dans nos propres pays, les étrangers puissent vivre en communauté et fréquenter des institutions scolaires qui dépendent de leur pays d’origine ? N’est-il pas insultant de voir des armées étrangères stationner dans nos pays, sous prétexte de protection de leurs ressortissants ? C’est dire l’importance de lire la réalité de notre condition face au racisme, en tant que phénomène global.
 
En limitant notre conception du racisme aux seules insultes et actes d’agressions visibles, on perd de vue sa dimension structurelle qui est étroitement liée à la globalité du système de domination occidental, et par conséquent la réalité de notre condition. Le racisme, ne consiste pas seulement en des discours haineux venant des membres des partis d’extrême droite, c’est surtout des politiques exécutées par les partis au pouvoir, qu’ils soient de droite comme de gauche, conservateurs, démocrates, libéraux.
 
C’est un système qui peut se manifester d’une façon amicale, ou professionnellement « neutre et objective », s’accommoder de relations individuelles fraternels. L’essentiel étant, qu’il puisse continuer d’obtenir par la manipulation et la persuasion, la reproduction des inégalités face à l’accès aux ressources qui restent sous le contrôle des Occidentaux, assurant ainsi leur supériorité matérielle collective.
Le racisme, comme l’oppression dont il est la légitimation, repose sur des mécanismes subtils, principalement le déni pour perdurer2.
C’est dire donc que, le total désamour, de l’ensemble des Occidentaux à l’endroit des Africains ne saurait les priver de leur sourire. Par contre, le contrôle de leurs ressources économiques, qui les confine à la pauvreté endémique, aux guerres meurtrières et nous prive de leur dignité le pourrait très certainement. C’est ce contrôle des ressources qui constitue l’essence même du racisme, le fondement du sentiment de supériorité de ceux, qui ont le pouvoir, sur ceux qui en sont dépourvus. Ces relations de supériorité sont même banalisées dans les mots qui décrivent nos aventures personnelles respectives.

Les Africains émigrent, pour chercher une « vie meilleure ailleurs », les « expatriés » Européens s’établissent à l’étranger. Quand les Africains doivent leur réussite à leurs pays hôtes qui leur a donné leur chance, les Européens, peuvent bénéficier dans leur pays hôtes, de plusieurs centaines de mètres carrés pour les plus « malchanceux », les plus fortunés, eux, pouvant disposer, gratuitement, de dizaines de milliers d’hectares, d’exonération fiscale et la possibilité de faire travailler pour des salaires de misère, des ouvriers sans aucune protection sociale, se vantent eux, de leur persévérance et leur ingéniosité.
Si nous levons le nez de la bibliothèque coloniale, nous nous rendrions compte que la nature des relations qui liaient le maître à l’esclave sont demeurées intactes. Hier comme aujourd’hui, l’essentiel de notre économie est entre les mains d’entreprises étrangères. Elles détiennent : les capitaux, l’expertise qui fait fonctionner les usines, les espaces de co-working, les plateformes de commerce électroniques, mobilisent l’intelligence des jeunes développeurs Africains pour tirer les bénéfices des applications numériques. Elles possèdent les lignes téléphoniques, les fibres optiques, les data-centers, les centrales électriques et solaires, les semences, intrants et machines agricoles et les autres infrastructures essentielles au fonctionnement d’une économie nationale.
 
Cet environnement social, juridique, technologique, est peu propice au développement d’une classe d’entrepreneurs locaux, capables d’entrer en compétition avec les corporations étrangères, d’impulser une dynamique de changement significative à l’économie de leur pays et, à la formation d’hommes libres. Continuer de profiter des opportunités offertes par les autres communautés, au lieu de créer les nôtres, c’est vivre dans un monde dont on ne fait  « pas partie » parce qu’on n’a renoncé à le transformer à notre convenance.
 
Nous ne pouvons plus nous contenter d’interpréter, de façon « neutre », une « réalité » sans cesse construite et déconstruite, par l’expression d’intentionnalités, de volontés, de désirs et de stratégies, émanant d’individus et de groupes organisés, qui l’arrangent à leur propre avantage. Nous ne pouvons plus continuer de prendre pour seul référence, le seul discours occidental sur le monde, renonçant ainsi à penser par nous mêmes.
Nous vivons dans un monde dans lequel, les citoyens des différents pays, sont engagés et organisés autour de leurs idéaux, qu’ils cherchent à défendre et promouvoir.
Un monde dans lequel les différents pouvoirs politiques, qui prennent des décisions qui nous affectent, sont contrôlés par des forces qui s’inspirent de différents courants idéologiques. Des forces qui véhiculent des idées, des valeurs, représentent des intérêts particuliers de certains groupes et prennent des décisions qui nous affectent. Ces idéologies, aussi différentes qu’elles puissent être, continuent de perpétuer au niveau global, un ordre social économique et culturel qui privilégie certaines classes sociales, certains groupes ethniques au détriment d’autres.
 
Les peuples dominés doivent avoir également des idéologies de résistance, autour desquelles ils pourront s’organiser pour défendre leurs intérêts collectifs, réfléchir sur la meilleure manière d’organiser la vie politique et sociale de leurs pays, et le système de redistribution le plus juste les richesses au sein de leurs sociétés.
 
Les Africains, à l’instar des peuples du monde, adhérent à des idéologies différentes.
Ces idéologies sont représentées dans le monde académique par ceux qui participent à l’exploitation de leur peuple, ceux qui se contentent de démonter les préjugés académiques sur les Africains (que l’exploitation de leur peuple ne gêne pas ou très peu) et, ceux qui veulent un changement radical de notre condition et qui constitue une espèce rare dans l’espace francophone, d’où cette torpeur intellectuelle.
 
D’une manière générale, chez ceux qui sont alphabétisés dans les langues coloniales, ces idéologies sont clairement articulées chez ceux qui sont « politisés », elles peuvent être plus ou moins diffuses chez ceux qui ne le sont moins ou pas du tout, mais qui néanmoins, adhérent à certaines idées émanant de certains courants idéologiques dominants.
 
Ces discours partageant souvent des idées communes, peuvent représenter des courants de pensées différents, servir des intérêts différents qui peuvent être contraires à ceux des populations africaines.
Il est donc important, de déceler les similitudes et les points de divergences entre les différentes notions, dans les discours tenus par ceux qui « parlent au nom de l’Afrique ».
 
De comprendre leur position, au sein du système dominant, leurs rapports avec les détenteurs du pouvoir global, connaitre quel projet de société,  à part celui de continuer à mettre nos compétences au service des puissants, proposent-ils aux Africains. Cela s’avère important dans un système qui a intérêt à entretenir la « confusion idéologique, afin d’empêcher toute propagation d’idées tendant à défier le statu quo, auprès des populations africaines, d’étouffer et dénigrer tout véritable rêve de liberté».
Car, il ne suffit pas de dénoncer de temps à autre le « racisme », sans pour autant s’engager dans un combat soutenu, contre le système d’oppression qui permet ses extrêmes manifestations.
 
Le « développement » de l’Afrique sera envisagé différemment, selon qu’il se base sur une simple copie du modèle occidental ou repose, sur une vision endogène. Selon qu’il emprunte une voie capitaliste ou un modèle socialiste ou autre. La capacité de l’éducation, à jouer un rôle essentiel dans le développement de l’Afrique, dépendra de ses contenus, ses finalités et ses objectifs.
 
L’aspiration au développement de l’Afrique, l’importance de l’éducation, le besoin d’indépendance économique, la fierté raciale, sont des éléments qui peuvent se retrouver dans les différents discours, tenus par des individus ne partageant pas les mêmes convictions politiques et, qui ne mettent pas le même contenu à ces différentes notions. D’autre part, croire que nous sommes « sous développés » parce que nous sommes « en retard » par rapport à l’Occident, conduit à adopter une stratégie différente, que lorsqu’on part du principe que notre situation de fragilité économique, résulte d’une domination de nos sociétés qui dure depuis cinq siècles, et qu’il nous faut en sortir, autrement que par les moyens préconisés par ceux qui nous ont mis dans cette situation et qui continuent d’en profiter.
L’absence d’idéologie ne favorise pas l’émergence d’une réflexion critique sur nos objectifs et les moyens d’y parvenir.
 
Si nous peinons à sortir de notre condition, c’est principalement en raison de notre incapacité à nous doter d’une pensée politique authentique, ancrée sur nos propres expériences historiques, combinée à l’absence d’une réelle et sincère volonté, de consentir aux sacrifices nécessaires pour changer notre condition.
 
Une idéologie qui définirait les formes, contenus, finalités et stratégies de nos structures sociales et politiques économiques. Sans idéologie tournée vers la libération et le progrès, les différentes composantes de nos sociétés seront soumises à la confusion et sujettes aux errements, dans les domaines politiques, économiques, sociales et culturels et risquent de travailler contre les intérêts de leurs populations. Sans objectifs politiques clairement définis, nous risquons de prendre tous ceux qui critiquent l’Occident comme nos défenseurs, car nous ne parvenons pas à intégrer leurs discours dans un agenda cohérent à long terme de reconstruction des sociétés Africaines.
 
Une conscience claire de nos objectifs, permet d’identifier les différents discours qui peuvent servir de relais à l’idéologie dominante, ainsi que les figures que le système veut nous imposer comme leaders d’opinion. Nous devons identifier et confondre cette nouvelle fabrique de nos dirigeants, dont les compétences sont validées par leur parcours au sein des institutions occidentales, avant de les mettre à la tête de nos Etats.
Aucun groupe minoritaire ne saurait opprimer la majorité, sans la complicité des membres de cette dernière. L’empire colonial, pour perdurer, a intérêt à intégrer les membres des groupes opprimés. Ainsi, la participation des membres de ces groupes au système, ne signifie pas la fin du racisme, mais répond au besoin de nous empêcher d’envisager notre avenir en dehors de ce système d’oppression, qui a intérêt à concentrer entre ses mains toutes les « opportunités de promotion sociale » et économique.
Nous ne pouvons donc pas considérer comme modèle de réussite, ceux que les fossoyeurs du continent ont bien voulu inviter au coin de la table du banquet, où ils se régalent des fruits de la souffrance de leur peuple. Ceux qui, malgré leurs prétentions, demeurent néanmoins des citoyens de seconde zone du monde, passent leur temps à réclamer l’égalité et voyagent avec des passeports « suspects ». Les progrès individuels au sein du système d’oppression, ne signifient point notre progrès collectif, parce que le « succès « d’une minorité ne saurait compenser la souffrance, et l’avilissement de millions d’individus.
Le manque d’armes idéologiques pour faire face aux puissants outils de manipulation, est le point faible de la résistance africaine. Il nous pousse, faute d’objectifs clairs et de sincère motivation, à nous investir à long terme, dans la construction des structures politiques et économiques résilientes, à attendre un sauveur, tout comme on attend le « développement » des dirigeants. A ne pas consacrer notre temps à réfléchir et agir ensemble sur les moyens de trouver des solutions aux nombreux problèmes du continent.

C’est ce qui nous condamne à cette impuissance devant les nombreux défis qui se posent à nous.

Cette impuissance, traverse tous les différents acteurs et organisations du spectre idéologique.
Ceux qui exaltent la fierté raciale peuvent se révéler être à certains égards, de véritables partisans du statu quo. Pour certains, leur principal souci semble être, de voir les dominants améliorer leurs conditions et, les traiter avec un peu plus de respect. Pour d’autres, leur ardeur militante se limite seulement à taper du poing sur la table, afin que les corporations industrielles puissent prendre en considération leurs spécificités capillaires et épidermiques. Ils ne sont pas animés par la volonté de promouvoir l’industrialisation du continent pour satisfaire leurs propres besoins.
 
Sans le sentiment d’être dépositaire d’un héritage commun, ni la volonté de transformation de nos sociétés, la seule appartenance raciale ne sera pas synonyme de solidarité.
La « fierté raciale » ne doit pas être déconnectée des préoccupations des masses africaines3, elle doit servir la résistance et les objectifs d’autodétermination économique.
 
Chez les partis dits progressistes, le voile de leur rhétorique révolutionnaire cache mal leur impuissance. Leur incapacité à articuler les intérêts du prolétariat international avec les brulantes questions nationales, fait qu’ils semblent attendre fatalement, l’avènement du « Grand Soir ».
 
Devant la recrudescence de la compétition pour l’accaparement des ressources naturelles de la planète, nous ne pouvons plus nous contenter d’analyser le système et ses mécanismes, espérant qu’il se transforme de lui-même pour coïncider à nos désirs, ou continuer de s’étonner que des oppresseurs se comportent comme tels.
Nous ne pouvons pas continuer d’ignorer les problèmes immédiats auxquels font face nos populations. Peut-on leur parler de la lutte des classes et du matérialisme historique, alors qu’elles sont confrontées à l’accaparement de leurs terres, des déguerpissements sans justes compensations, et nombreuses autres difficultés ?
Invoquer le matriarcat précolonial, permet-il de résoudre la question du sexisme, des violences dont les femmes sont victimes ?
L’évocation des grandes réalisations du passé nous dispense t’elle de faire face aux défis présents ?
Faut-il alors s’offusquer, quand les ONG sont les seules à s’occuper des préoccupations concrètes des populations ?
 
Il ne s’agit pas non plus de passer notre temps à parler de l’énorme potentiel du continent, sans nous atteler à exploiter ce potentiel à notre profit. Les différentes idéologies peinent à traduire leurs objectifs en programme politique, une structure organisationnelle, et un plan économique qui puisse adresser inégalités des populations face à l’accès à la terre, à l’éducation, à l’emploi, à l’eau potable, aux soins de santé, à un environnement sain, et un logement décent et à la sécurité.
Une approche lucide et systémique de notre condition, doit nous permettre de comprendre le jeu et les enjeux des systèmes politico économiques contemporains, comme moyen d’organisation, de contrôle et de redistribution des ressources par des groupes, organisations et nations. Allons-nous attendre que les autres communautés engagent d’énormes moyens pour se lancer dans cette sanglante compétition pour nous donner notre part ?
 
Face aux nombreuses inégalités d’accès aux ressources mondiales ainsi qu’aux injustices générées par ce système, les défis climatiques, les replis nationalistes, nous, Africains, devons redéfinir et réorganiser nos relations entre nous-mêmes et avec les autres communautés, en veillant à ce qu’aucune d’entre elles ne puissent menacer nos intérêts, en nous empêchant d’accéder aux ressources économiques sociales vitales et de jouir ainsi de nos droits humains fondamentaux.
 
Nous pensons que le Panafricanisme, comme idéologie politique, qui, nous faisant nous considérer comme les fils du continent Africain, partageant la même condition, peut servir de ciment entre le passé précolonial, la nuit de la servitude et nos aspirations futures et, permettrait de mobiliser nos énergies pour recommencer à reconstruire de nouveau, nos sociétés.
 
Si le panafricanisme connait des courants divers, nous ne le limitons pas à la conception imposée par les narrations dominantes, qui privilégient les conférences, et résolutions.
Tout comme de nombreuses idéologies, ses objectifs et aspirations ne sont la propriété de personne.
Nous pensons que l’esprit du panafricanisme, à l’instar de ce que l’on appelle le « nationalisme noir », est « né » en Afrique4.
Si les principes et objectifs du Panafricanisme se déclinent selon différentes perspectives, ils s’inscrivent dans la continuité des aspirations de tout peuple, au progrès, à la liberté, la prospérité, et à la défense des valeurs auxquelles on tient, quand elles sont menacées. L’esprit panafricaniste n’a-t-il pas animé le roi Alboury Ndiaye dans l’exportation de sa lutte contre le colonisateur hors des frontières de son royaume ? N’est-il pas présent dans la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba, qui inspire un modèle organisationnel résilient. Cet esprit était très probablement présent chez bien d’autres personnages Africains et de la diaspora qui avaient une idée de l’Afrique, de leur identité, de leur dignité et de leur liberté aussi bien qu’un modèle économique permettant de le soutenir.
 
C’est aussi rompre avec la tutelle épistémique, que de prendre en considération le fait que nous manipulons des concepts dans des langues étrangères, et des utilisons des méthodes narratives différentes. Si les discours de la résistance veulent opérer des changements significatifs dans nos sociétés, leur formulation doivent rencontrer les expériences des populations, faire sens dans leur univers. Il nous faut surtout comprendre que la reconstruction des nations quelles qu’elles soient, requiert plus de ressources que les entreprises individuelles aussi audacieuses et inspirantes qu’elles soient.
 
Le panafricanisme tel que nous le concevons, n’est pas le patriotisme aveugle des autres peuples ayant une histoire et des expériences différentes. Il ne professe pas la supériorité des noirs Africains sur les autres peuples. Essentialiser les autres groupes humains, c’est valider les préjugés que ces derniers peuvent avoir de nous à partir de leurs expériences.
 
Le mal est inhérent à l’humanité toute entière. Force est de reconnaître qu’il existe partout, chez tous les peuples, des hommes et des femmes qui défendent la vérité et servent la Justice. Ces derniers sont plus à même d’être nos alliés, que ceux qui, bien qu’appartenant à notre peuple ou à notre communauté, soutiennent le système oppressif ou sont tout simplement indifférents aux injustices. Exprimer notre empathie et solidarité à l’égard de ces derniers et de toutes les victimes d’injustice, ne saurait entamer en rien, notre volonté de nous débarrasser de notre oppression collective, et nous empêcher de ne compter que sur nous-mêmes.
Le panafricanisme n’est pas juste un label à la mode, pour nous distinguer des autres courants idéologiques. Il s’agit d’un projet dicté par les conditions socio politiques.
 
Nous ne concevons pas le Panafricanisme comme une idéologie rigide et totalisante, il est au service des individus dans leur combat pour la justice et non le contraire. Dans ce sens, il peut réunir des individus ayant des croyances et spiritualités différentes. Il est pour nous, un instrument essentiellement politique que nous pensons, purgé de ses tendances rétrogrades, capable de libérer l’énergie créatrice des populations, afin de résister à la prédation capitaliste des nations européennes qui ont pris d’assaut le continent Africain.
 
Nous sommes convaincus que la lutte contre l’oppression du système capitaliste et l’élimination des inégalités qu’il génère, se fera aussi bien à l’intérieur de nos frontières nationales qu’au niveau global.
C’est en étant conscients que la race et le nationalisme sont des constructions qui bien qu’artificielles ont des conséquences réelles, qui affectent dramatiquement notre existence et notre dignité humaine qu’il nous parait nécessaire de nous débarrasser de nos identités coloniales pour, embrasser notre identité Pan-Africaine, afin de faire face au nationalisme occidental.
 
Il constitue ainsi un objectif qui nous permet de nous attaquer aux contradictions de classes et aux hiérarchies raciales, car les inégalités de classe et celles de race sont inextricablement liées.
Nous ne pouvons pas perdre de vue l’imbrication des deux éléments. Si nous continuons à ignorer cette réalité, nous continuerons d’être éternellement dépendants des autres peuples, même si le système capitaliste venait à disparaitre, parce que nous aurons perdu notre habilité humaine à construire nos sociétés.
 
Le Panafricanisme, nous permet de nourrir des ambitions plus hautes que celle de devenir la prochaine fabrique du monde, fournissant la main d’œuvre à bon marché et, limiter notre industrialisation à l’accueil des industries les plus polluantes. Nous devons procéder à une réorientation radicale de notre économie, en édifiant un système économique enraciné dans nos systèmes sociaux et écologiques nationaux, une économie libérée de toute forme d’exploitation, qui permet le développement de l’être humain, qui affirme la vie, l’élève et ne la menace point.
 
L’Afrique n’a pas besoin de « plus de millionnaires » qui vont s’enrichir en exploitant leurs propres compatriotes, accroissant les inégalités. Elle a besoin d’une « race » d’entrepreneurs qui, s’ils peuvent s’enrichir, c’est en cherchant à résoudre les problèmes de l’Afrique, en l’aidant à reprendre le contrôle de son économie et de ses ressources selon un modèle durable et de réduire l’emprise des multinationales et des politiques de contraintes économiques dans nos existences.
 
Nous ne devons pas avoir peur de revendiquer l’Afrique comme nôtre. L’Europe est contrôlée par les Européens, l’Asie par les Asiatiques, l’Afrique quant à elle appartient à tout le monde sauf aux Africains. Revendiquer le continent Africain, ce n’est pas remettre en cause notre devoir de solidarité avec le reste de l’humanité, c’est de mettre en avant nos intérêts. Chaque communauté doit s’occuper par elle-même de ses propres conditions de survie, de nourrir, soigner, instruire et éduquer ses enfants, d’assurer la continuité de ses principes et valeurs, ce qui ne l’empêche pas d’entretenir des rapports égalitaires et respectueux avec les autres communautés. Retrouver le pouvoir, non pas dans le but de dominer les autres, mais pour exprimer pleinement notre humanité.
Notre objectif ne doit pas consister seulement à créer des emplois pour résorber le chômage des jeunes africains, mais d’absorber leur énergie dans la construction d’un monde nouveau.
 
Dans cette perspective panafricaniste, nous ne devons pas permettre à la stratégie de la division, de continuer à triompher.
C’est pourquoi il nous faut adresser certains discours qui, bien que se réclamant du panafricanisme, en violent les principes les plus fondamentaux, et donc au final font le jeu des oppresseurs. Ne faut-il pas tout autant, questionner les projets de ceux qui, veulent s’engager dans un combat en divisant les troupes, multipliant les motifs de dissensions, et s’inscrivant dans une démarche totalitaire ? Devant le combat contre l’exploitation des africains Nous devons travailler sur les éléments qui nous réunissent, et ils sont de loin, plus nombreux que ceux qui nous divisent.
 
L’oppression touche tous les Africains, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou animistes et nos oppresseurs sont de toutes croyances.
 
La domination est un problème politique et les problèmes sociaux qu’elles génèrent doivent être adressés selon des méthodologies politiques et économiques. La quête spirituelle relève d’un choix purement individuel. Il est assez dommage de voir que le panafricanisme, dont l’objectif était de lutter contre l’oppression, prend un tournant qui veut en faire une lutte contre la religion, le vidant de toute charge révolutionnaire.

N’est-ce pas s’inscrire dans une démarche totalitaire, que de vouloir imposer une vision unique de la culture Afrique ou une religion, à plus d’un milliard d’individus ? L’unité culturelle, ne signifie pas l’uniformisation de ses formes d’expression. Hier, comme aujourd’hui, les grands ensembles humains, les empires et royaumes se sont composés d’une diversité ethnique, linguistique et religieuse.

 
D’autre part, la culture comme la « religion Africaine », sont incarnés par des êtres humains faillibles qui ne sont pas plus parfaits que les autres.
Des Africains adeptes de la « religion dite « traditionnelle », ont eux aussi participé à l’esclavage et soutenu les colonisateurs. Bon nombre d’autorités traditionnelles qui existent encore de nos jours, ont noué des alliances avec les puissances coloniales et continuent de vivre sans remettre en question l’ordre néo colonial. La culture n’est pas forcément révolutionnaire, ni la religion réactionnaire. Il existe des individus révolutionnaires, qui utilisent tous les instruments et conditions à leur portée pour atteindre leurs objectifs. Toute religion, toute idéologie peut être utilisée au service des intérêts des hommes, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. La religion traditionnelle n’y fait pas exception. Le culte des ancêtres même, est un des nombreux moyens de contrôle social, comme dans chaque système  ou il y a ceux qui « savent » et, ceux qui « suivent ». Les derniers seront soumis à la manipulation des premiers. Même l’Occident n’échappe pas à cette règle.
 
Le fondement de notre oppression, se trouve dans notre incapacité à gagner notre indépendance économique. C’est par des moyens politiques et des pressions économiques que l’on nous pousse à dévoyer notre culture.
 
Sans autonomie économique, en continuant d’accepter que l’essentiel de nos opportunités économiques dépendent des autres communautés humaines, notre dignité humaine sera mise à mal et nous serons obligés de la « vendre » pour subvenir à nos besoins.
 
Sans une économie forte, sans la capacité d’assurer, de satisfaire par nos propres efforts et sacrifices, nos besoins fondamentaux, sans un ardent désir de vivre libre, nous aurons du mal à gagner le respect des autres communautés.

Aucun de ces groupes, qui maltraitent les Africains, n’oserait le faire s’il savait que nous réagirions comme un peuple soudé face aux affronts injustifiés des Africains, si nous moins indifférents au sort de nos proches.
 
Parce que, nous n’avons aucune ligne rouge fixant les limites à ne pas franchir dans les offenses contre la communauté africaine, aucune réponse collective face aux violences physiques et morales, dont nous faisons l’objet.
Nous ne devons plus soutenir davantage la stratégie de la division qui a réussi à dresser les Africains les uns contre les autres, ceux du continent contre ceux de l’extérieurs, émigrés Africains contre Africains Américains, Sud-Africains noirs, contre Africains du continent. Division qui favorise les compétitions économiques entre micro états dominés, compétition entre africains pour l’accès aux ressources et signes de reconnaissance de la part des dominants.
 
Le besoin d’unité et de solidarité, devrait nous empêcher d’entretenir des divisions internes, sur la base de l’appartenance religieuse ou ethnique, face à notre vulnérabilité collective contre nos oppresseurs.
Les différences culturelles, linguistiques, l’éloignement géographique, ainsi que les nombreuses guerres sanglantes ont opposé les Européens, au sein du continent et, dans les colonies de peuplement, lors des guerres entre colons et loyalistes et, continuent de les opposer par procuration, hors de leur continent, mais cela ne les empêche pas de taire leurs divergences et rivalités, pour maintenir leur hégémonie.
Dans cette vision Panafricaniste résolument globale, nous considérons les Africains vivant hors du continent, qui endossent des nationalités imposées par les caprices de l’histoire ou qu’ils soient de croyances différentes, comme des Africains à part entière, avec des expériences différentes. De la même façon qu’au sein même du continent, les différentes expériences historiques et socio-politiques ont façonné différemment les tempéraments de populations, selon qu’ils aient connu ou pas les guerres d’indépendances, vécus sous des dictatures, ou endurés des guerres, etc.
 
Les Africains où qu’ils puissent être, qu’ils aient perdu leurs noms ou leurs langues, doivent savoir que leur histoire est en eux, qu’il n’existe au final que deux types d’Africains, ceux qui sont à genoux et ceux qui sont debout.
Les différences de trajectoires et d’expériences, ainsi que les conflits et dissensions internes, ne devraient en rien entamer, notre unité.
Ces différences, ne doivent nourrir aucun sentiment de supériorité chez les uns comme chez les autres. C’est faire preuve de lucidité, que de comprendre que les luttes de résistances s’adaptent aux différents contextes particuliers, leur donner une dimension internationale nécessite forcément des réadaptations. La lutte contre l’oppression au niveau global doit faire preuve d’ autant, sinon plus de flexibilité et de créativité que le capitalisme.
 
La tendance à s’attarder aux détails insignifiants exprime un manque de ferme volonté pour combattre les injustices.
Il faut reconnaître que, si c’est par l’idéologie que nous parvenons à organiser nos connaissances acquises, dresser, avec acuité, notre condition actuelle, déterminer par nos priorités en fonction de nos objectifs, identifier les obstacles qui empêchent le progrès de l’Afrique, c’est par la force de la volonté que nous pourrons changer notre destin. Sans elle, nous resterons longtemps dans la dépendance et resterons d’éternels serviteurs.
 
Il faut nous libérer de l’emprise des discours et narrations sur nous-mêmes et le continent, qui ne sont destinés qu’à cacher l’exploitation économique dont nous sommes victimes qui au bout du compte, n’affectent, que ceux qui sont disposés à y croire.
Ce n’est pas aux Occidentaux de nous dire qui nous sommes, de diriger notre volonté, ni de nous nourrir.
Nous n’avons pas à nous soucier de l’idée que les autres ont de nous, ni nous enthousiasmer de l’intérêt qu’ils nous portent, mais devons seulement être mus par la poursuite de nos propres rêves pour le continent, de retrouver le pouvoir sur nous-mêmes et le monde.
 
Les Occidentaux ont le droit de dire ce qu’ils veulent, nous devons en ce qui nous concerne, veiller à ce qu’ils ne puissent pas nous empêcher de faire ce que nous voulons.
Les simples dénonciations du système d’oppression suffisent elles pour pousser ceux qui en profitent à renoncer à leurs ambitions hégémoniques ?
 
Changer l’ordre socio politique nécessite plus que les simples mobilisations temporaires. Il requiert une vision stratégique, des compétences, une unité d’action et surtout la capacité, le pouvoir d’influencer, les événements.
 
Bon nombre d’Africains ne sont pas impressionnés par les réalisations technologiques du capitalisme occidental, parce qu’ils sont conscients que ce qu’ils ont reçu n’est pas meilleur que ce qu’ils ont perdus». Qu’un système qui génère la violence, la déstabilisation, la destruction de l’écosystème, ne saurait être est le meilleur système qui soit. Ils portent, sur les relations que l’Afrique entretient avec ses colonisateurs, un regard similaire que Simone Weil entre La Gaule et Rome5, leur modèle par excellence.
N’est-il pas venu l’heure de nous débarrasser de ce complexe qui nous pousse à nous comparer, aux Occidentaux et les imiter ?
 
Allons-nous passer notre temps à affirmer notre Humanité, au lieu de nous atteler à créer les conditions d’expression de toutes nos potentialités humaines ?
Nos attentes, même par rapport aux autres, trahissent notre désir de continuer d’être leurs sujets, de continuer « d’appartenir» à l’univers politique social, culturel et économique du « maître ». Ces attentes montrent que notre objectif n’est pas de changer la nature inégale des rapports de forces qui nous expose à tous sortes d’abus de la part de n’importe quelle communauté, mais d’améliorer notre position au sein du système.
 
Nous devons faire preuve d’une ferme volonté de changer notre condition, de retrouver notre intelligence collective, et notre habilité à interroger le monde, de le transformer. De retrouver la vitalité, l’énergie, la créativité pour franchir les obstacles qui obstruent notre chemin vers l’autodétermination politique et économique, condition de toute renaissance.
 
Retrouver notre authentique fierté d’être Africain, ce n’est pas, retourner au passé, mais retourner à notre condition de peuple Libre.
 
Pourquoi attendre que les écoles et universités occidentales donnent une place de choix à l’enseignement de notre Histoire ? Qu’est ce qui nous empêche de créer les nôtres ? Pourquoi devrions-nous attendre un plan Marshall des Occidentaux, alors nous avons largement les moyens de faire par nous-mêmes, plus que ce qu’aucun plan ne pourrait réaliser ?
 
Pourquoi attendre une image positive de l’Afrique et des Africains dans les «médias occidentaux », alors que nous pouvons créer les nôtres ?
Les peuples fiers ne se mirent pas dans le regard des autres, mais dans celui de leur propre conscience, les peuples fiers s’occupent par eux-mêmes, de la transmission des connaissances et informations et aptitudes qu’ils jugent essentielles, à leurs descendants.
Les peuples fiers ne versent pas dans le culte des personnalités de leurs savants et leurs braves hommes. Ils savent que le savoir est l’objet d’une appropriation collective, que l’éducation est coextensive à l’existence, que les valeurs et principes des « grands hommes » doivent vivre en eux. Les peuples fiers n’attendent pas de leaders, ils sont spontanément guidés par leur ardent de désir de Liberté, qui les fait se réunir autour d’objectifs qui les permet de la regagner, chaque fois qu’ils en sont privés.
 
Peut-on raisonnablement, devant la maison Afrique en flammes, nous contenter d’admirer les vestiges du passé, pointer du doigt les adeptes des religions « étrangères » et attendre fatalement la révolution ?
 
Nous ne pouvons pas nous contenter de ressasser les victoires et réalisations du passé, sans préparer celles futures.
 
Le passé ne doit pas être pas une source de fierté, mais aussi l’occasion de tirer les enseignements, qui nous permettront de comprendre pourquoi et comment nous sommes arrivés dans cette situation.
Avoir un passé de gloire ne sert à rien si nos descendants nous voient courber l’échine devant les autres, communautés. Descendants à qui nous ne donnons rien d’autre en héritage, que les chaines de la servitude. L’éducation n’est pas la simple transmission de connaissances mais celle de modèle de comportements qui valorisent la dignité et la liberté.
 
« Nous ne sommes » pas ce que furent nos ancêtres. « Nous connaître », ce n’est pas uniquement connaître notre passé, même s’il façonne un aspect important de notre personnalité.
Les peuples du passé, étaient comme ceux d’aujourd’hui, composés de plusieurs catégories sociales, de plusieurs individualités différentes, aussi bien du côté des oppresseurs que des opprimés.
 
Nous connaître c’est aussi savoir de quel côté nous nous trouvons aujourd’hui.
C’est interroger, nos motivations, pour savoir si nous combattons l’oppression uniquement, parce que nous en sommes victimes, si nous ne sommes pas beaucoup plus habités par le désir de vengeance que par la soif de Justice.
 
Nous connaître c’est retrouver confiance en nous, ne plus avoir à chercher « Nous » chercher dans les décombres archéologiques, et les ruines des royaumes disparues ou les archives des bibliothèques. Nous portons tous en nous l’histoire de l’Humanité, avec ses hauts et ses bas, ses grandes réalisations et ses basses œuvres, de même que hautes potentialités
 
Au bout du compte, notre réelle identité, celle qui nous lie à tous les peuples de la terre, c’est notre Humanité, qui à elle seule, suffit pour que nous refusions toute soumission et toute abdication de notre liberté et de notre dignité.
Même si nos ancêtres n’avaient rien inventé, notre dignité humaine, devrait demeurer intacte, elle seule, devrait suffire pour refuser la servitude.
Pour une Afrique debout, il faut des Africains debout, décidés à « tenir grandes ouvertes les portes de la liberté ».

Sidya Diop

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Notes

1              « Quoi qu’il en soit, les allemands manœuvrent pour faire adopter par l’économie française l’orientation qu’ils souhaitent, afin d’en tirer le parti le plus efficace et, en apparence, le plus indolore.
Laissant donc la direction des moyens de production à l’Etat français, ils se contentent d’édicter des ordonnances, des décisions, des directives, et, à l’occasion aussi, ils émettent des suggestions.
Bien souvent, « un seul conseiller de l’administration militaire dirige une industrie avec une seule dactylo ». 16(docteur Michel, article dans la Berliner BorsenZeitung du 10 avril 1942) Aux yeux du docteur Michel, ce système offre un double avantage : il permet l’économie des effectifs allemands, certes, mais, il met bien en évidence la responsabilité du gouvernement français vis-à-vis de la population. Pus cynique encore, l’auteur de cette étude ajoute : »Cette influence allemande n’apparaissait pas fortement à l’extérieur, parce que les autorités d’occupation faisaient travailler les autorités françaises sur la base de lois françaises, et leur laissaient les mains suffisamment libres pour qu’elles conservent la satisfaction du travail accompli et la joie de l’exercice de la responsabilité »
Claude Paillat, Dossiers secrets de la France contemporaine/Tome 6, L’occupation - Le pillage de la France 25 juin 1940-8 novembre 1942, Ed. Edition Robert Laffont paris 1987 - Page 173 à 174

2              “The white consensus that denies the prevalence of racism thus is a very powerful element in its reproduction, especially since successful resistance requires public attention, media coverage and at least partial recognition of grievances. If leading politicians and the media refuse to acknowledge that there is a serious problem, there will be no public debate, no change of public opinion and hence no change in the system of power relations”.
« We see that the denial of racism is not only part of a strategy of personal, institutional or social impression management and ideological self-defence,it also is a form of sociopolitical management. It helps control resistance, and at the same time makes political problems of an ethnically or racially pluralist society more manageable. In sum, denial is a major management strategy" 
Teun A. van Dijk, Discourse and the denial of racism, P 97 à P 97
 
Traduction
“Le consensus blanc, qui nie  la prévalence du racisme est donc un élément très puissant dans sa reproduction, d'autant plus qu’une résistance réussie exige l'attention du public, la couverture médiatique et la reconnaissance au moins partielle des griefs. Si les principaux politiciens et les médias refusent de reconnaître qu'il y a un problème sérieux, il n'y aura pas de débat public, pas de changement d'opinion publique et, donc pas de changement dans le système de relations de pouvoir”.
"Nous voyons que le déni du racisme ne fait pas seulement partie d'une stratégie de gestion au niveau personnel, institutionnel ou de management des impressions sociales et d’autodéfense idéologique, c’est aussi une forme de gestion sociopolitique. Il aide à contrôler la résistance, et en même qu’il rend les problèmes politiques d'une société multiraciale ou multi ethnique plus maniable. En somme, le déni du racisme est une stratégie majeure de gestion politique".
 
3           Faut-il être fier du fait que c’est le premier « président noir » des Etats Unis qui est à l’origine de la récente vague de déstabilisation du continent, qui commence avec la Libye, pour s’étendre au mali, Nigeria, Cameroun, etc. ?

4         The significance of the history of African nation-states and empires to understanding black nationalism in the U.S. has been greatly underestimated.
This is very clear when one considers that the majority of authors on the subject of black nationalism made no attempt to recognize that Africans enslaved in America came from long-standing, well-organized nations and how that reality has played a role in the continuing development of black nationalism in America.
The practice and motive to be independent and self-governing is rooted in African people's cultural tradition of nation and empire building. In the majority of literature on black nationalism, it is discussed as a reactionary alternative to the injustices blacks faced in trying to exercise their human and civil rights in American society, without any regard for African people's inherent desire and proven capability to build a nation and govern themselves.
When one considers the cultural and political history of African people, it is only logical that they would seek to continue the tradition of nation building in America, being directed and guided by their traditions of nationhood, rather than by a reactionary motive to escape oppression or failure to be included as equals to whites in American society.
Fleming, Kenyatta Jay, "The history of black nationalism and internal factors that prevented the founding of an independent blacknation-state." (2008), ETD Collection for AUC Robert W. Woodruff Library. Paper 10
P 36 à 37

Traduction
L'importance de l'histoire des États-nations et des et des empires africains dans la compréhension du  nationalisme noir aux États-Unis a été largement sous-estimée.
Ceci est très clair, quand on considère que la majorité des auteurs au sujet du nationalisme noir n'ont pas tenté de reconnaître que les Africains asservis en Amérique provenaient de nations séculaires et bien organisées et que cette réalité a joué un rôle dans la continuité  du nationalisme noir en Amérique.
La pratique et l’aspiration à l'indépendance et l'autonomie sont enracinés dans la tradition culturelle de nation et de construction d'empire des peuples africains. Dans la majorité des écrits sur le nationalisme noir, on parle d'alternative réactionnaire aux injustices auxquelles les Noirs sont confrontés en essayant d'exercer leurs droits humains et civils dans la société américaine, sans égard au désir inhérent des peuples africains et à leur capacité avérée à construire une nation et se gouverner.
Quand on considère l'histoire culturelle et politique des peuples africains, il est logique qu'ils cherchent à poursuivre la tradition de construction de la nation en Amérique, dirigée et guidée par leurs traditions de nation plutôt que par un motif réactionnaire pour échapper à l'oppression ou l'échec à être inclus comme des égaux aux blancs dans la société américaine.
 
5           Pendant tant de siècles de domination romaine, l’Afrique ne produisit de grand homme que saint Augustin, l’Espagne que Sénèque, Lucain, et dans un autre domaine Trajan. Qu’est-ce que la Gaule a fait qui vaille la peine d’être cité, pendant les siècles où elle fut romaine ? On ne peut guère soutenir qu’elle n’ait pas su auparavant créer dans le domaine de l’esprit, puisque les druides étudiaient pendant vingt ans, apprenaient par cœur des poèmes entiers concernant l’âme, la divinité, l’univers ; bien plus, ceux des Grecs qui croyaient que la philosophie avait été empruntée par la Grèce à l’étranger la disaient venue, d’après Diogène Laërce, de Perse, de Babylone, d’Égypte, de l’Inde et des druides de Gaule. Tout a disparu sans laisser de traces, et le pays n’a repris une vie originale et créatrice que lorsqu’il n’a plus été romain. Sauf en Syrie, en Palestine, en Perse, où pendant longtemps l’emprise de la force romaine s’est fait assez peu sentir, les provinces et les pays soumis à Rome ont servilement imité Rome, qui elle-même imitait. Sans doute les arts, les sciences, les lettres, la pensée ne sont pas tout ; mais quels biens les provinces eurent-elles à la place ? Non pas certainement la liberté, la fierté des caractères ; non pas sans doute, sauf exception, la justice ou l’humanité. Les routes et les ponts, et même le bien-être matériel, en admettant qu’il y en ait eu peut-être à certaines périodes, ne sont pas la civilisation. Mais si l’Allemagne, grâce à Hitler et à ses successeurs, asservissait les nations européennes et y abolissait la plupart des trésors du passé, l’histoire dirait certainement qu’elle a civilisé l’Europe.
Simone Weil, Œuvres, L’origine de l’hitlérisme, Ed Quarto Gallimard 1999, P 370