Sommaire
  1. R.I.S.E. - U.P.
  2. R.I.S.E. - U.P. (English)
  3. Appel aux militants panafricains
  4. For Pan-African Unity
  5. Protection de l’enfance ou contrôle social
  6. Pour l’unité des forces du changement
  7. Individu versus communauté ?
  8. Pour une Afrique Debout (Première partie)
  9. Pour une Afrique Debout (Seconde partie)
  10. Pour une Afrique Debout (Troisième partie)
  11. Pour une Afrique Debout (Quatrième et dernière partie)
  12. Relever les défis du militantisme Africain
  13. Racisme, oppression et lutte anti raciste (1ère partie)
  14. Racisme, oppression et lutte anti raciste (suite et fin)
  15. L’Afrique et les Africains dans les médias
  16. La domination monétaire par le Franc CFA
  17. Domination et manipulation - 1ère partie
  18. Domination et manipulation - suite et fin
  19. Rompre avec la tutelle intellectuelle et le mimétisme de l’Occident
  20. Des chaînes de l’esclavage à l’enfer carcéral
  21. Penser les incohérences du militantisme africain
  22. Sortir de la torpeur
  23. La dette: un instrument de domination financière
  24. A l’école de la fascination pour l’Occident
  25. Le Sénégal, un modèle démocratique ou un modèle de servitude à l’ordre néocolonial ?
  26. Emigration et problèmes d'immigration
  27. Les ONG : Agents de la domination neocoloniale
  28. Comment se construit l'image négative de l'Afrique ?
  29. Sauver la planète, comment ?
  30. Une politique sous pression
  31. Rompre avec le culte du Messie
  32. Le chemin de l’humilité ne saurait être atteint par l’humiliation des enfants
  33. La construction de l’image de l’Afrique et des Africains : la science du dénigrement
  34. Afrique, Appel de l'honneur

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Racisme, oppression et lutte anti raciste (suite et fin)

Suite et fin


Le racisme n’appartient pas au passé et ne concerne pas que les populations dites immigrées. C’est une idéologie conçue pour légitimer l’asservissement de populations, qui vivaient hors des frontières européennes et qui continue, encore aujourd’hui, de régir les rapports avec ces dernières.

Les préjugés qui déterminent la nature de ces rapports, où « l’Autre » occupe une place inférieure dans l’échelle de l’humanité, sont culturellement définis dès le bas âge, afin d’édifier solidement les fondements qui permettent de continuer à les imposer politiquement et ainsi de les valider socialement.

Quant à ceux qui pourraient penser que l’oppression coloniale appartiendrait au passé et n’aurait aucun impact sur le présent, leur est-il difficile d’imaginer que les plantations qui jadis réunirent maîtres et esclaves continuent de produire systématiquement des fruits doux pour certains et amers pour d’autres ; que certains vivent aujourd’hui confortablement des rentes de ce passé, tandis que d’autres sont condamnés à porter le lourd fardeau des dettes d’hier, si omniprésent pour qui a l’honnêteté de regarder. Les traumatismes subis dans le passé des sociétés perdurent, comme ceux subis pendant l’enfance continuent de hanter les jours et les nuits de nombreux adultes.

L’oppression et la domination ne seraient-ils juste que des mots sans contenus ? Ces contraintes de l’oppression sont des fardeaux qui pèsent aussi bien sur les corps que sur les esprits.1

Quels sont les impacts de la destruction physique, mentale, émotionnelle des peuples soumis depuis plusieurs siècles à la violence de l’oppression. Il est apparemment plus facile de faire passer les dysfonctionnements causés par cette violence pour des traits culturellement ou génétiquement déterminés.

Ils refusent d’admettre l’impact de la domination occidentale sur l’incapacité de certains pays à fournir les infrastructures et services de bases à leurs populations. Ils refusent de se demander comment les rentes générées par l’oppression à travers le contrôle du système monétaire des pays africains, la main mise sur les leviers économiques, le pillage des ressources naturelles contribuent à assurer leur confort, à financer leur politique sociale et à créer des emplois dans leurs pays.

La faiblesse de cet argument trahit leur volonté de continuer de profiter des privilèges du passé. 

La lutte contre le racisme a été largement limitée par notre adhésion à la conception la plus répandue de ce phénomène, celle qui le réduit à sa dimension individuelle.

Parce que laisser aux autres la définition de problèmes, surtout ceux dont nous sommes les principales victimes, c’est les laisser nous donner les réponses et solutions qui vont dans le sens de leurs intérêts.

En limitant le racisme à la seule aversion que certains pourraient avoir des membres de certaines communautés, on perd de vue son large champ d’action, ce qui réduit considérablement notre capacité à l’éradiquer.

Lutter contre le racisme à la seule aversion que certains pourraient avoir des membres de certaines communautés

Lutter contre le mépris de l’autre c’est comme vouloir débarrasser l’être humain de ses défauts tels que l’envie et la jalousie, cela relève de l’éducation morale plus que de l’action politique.

Qu’il y ait des « bons ou des méchants partout », ne justifie pas qu’un groupe puisse en opprimer un autre.

Lutter contre le racisme de cette manière, c’est la meilleure façon de le voir persister, car on ne peut pas se contenter d’appeler à l’amour et à la fraternité entre les peuples, sans s’attaquer véritablement aux inégalités causées par un système d’exploitation avilissant qui divisent les hommes.

C’est adresser la façade idéologique qui ne sert qu’à justifier l’oppression, laissant les mécanismes réels de celle-ci intacts.

Nous sommes conscients que ces divisions entre les peuples nous sont imposées par des forces disposant de pouvoirs importants qui en attisant les antagonismes raciaux et nationaux maintiennent ainsi leur exploitation sur les peuples du monde entier.

Mais, si nous prônons la fraternité avec tous les peuples et n’invitons pas au refus systématique de toute collaboration avec des entreprises occidentales ou autres, nous tenons toutefois à ce que cette collaboration n’œuvre pas contre les intérêts de nos populations, ou ne se fasse pas au détriment de l’équilibre social, culturel et environnemental du peuple africain et de n’importe quel peuple d’ailleurs. Seulement, il faut avoir assez de lucidité pour ne pas confondre la logique des relations personnelles avec celle des rapports de groupe.

Quelque soit la fidélité de nos amis, l’amour de nos compagnes ou compagnons, le dévouement des bonnes volontés ils ne sauraient nous servir de remparts contre les affres de l’oppression. De surcroit, n’est ce pas égoïste de considérer que nos vies personnelles pèsent plus lourdement que la condition de millions d’individus ?

Il faut reconnaître que la solidarité et la fraternité véritable, ne sauraient s’établir sur des rapports basés sur l’inégalité et la subordination et surtout pas au détriment de la Dignité Humaine.

Le racisme ne disparait pas en enlevant les termes noirs et blancs du vocabulaire, ni en nous débarrassant de notre identité mais, en changeant la nature des relations entre les hommes.

La couleur de la peau n’est pas la cause du racisme, c’est l’oppression, le pouvoir politique, économique, financier, militaire, médiatique concentré entre les mains de l’oppresseur qui lui permet de donner une signification aux différences de couleur ou de religion, de choisir une cible qu’il peut, à souhait stigmatiser ostraciser et réprimer.

Il n’y a aucun mal à avoir la peau noire ou brune comme il n’y a aucun mal à être blanc, jaune juif, indien ou musulman.

Lutter contre le racisme, loin de lutter contre une ethnie, une race ou contre les vilains racistes, c’est lutter contre l’Injustice de l’Oppression.

Un combat contre un système de pensée, une vision du monde qui réduit l’être humain au statut de simple instrument à faire du profit, cela même dans les pays où il a pris naissance. À ce système d’exploitation, participent tous les peuples du monde, comme le combattent aussi, tous les membres de la famille humaine.

L’exigence de cohérence, devrait nous empêcher de combattre l’injustice par l’injustice.

Quant aux Africains qui veulent combattre le racisme tout en voulant une plus large participation aux seins d’institutions construites par les autres groupes sociaux afin de servir leurs propres intérêts, ceux, qui n’ont pas fait le choix de vivre en hommes libres et n’aspirent qu’à être de plus riches serviteurs ; ceux là, ils doivent s’habituer aux insultes et au mépris, car c’est le prix à payer lorsque l’on renonce à sa liberté. Car tant que les Africains vivront dans la dépendance, ils seront obligés de vivre à genoux. Qu’ils soient descendants des constructeurs de pyramides n’y changera rien.

En nous contentant seulement de réagir aux différents discours et justificatifs idéologiques, nous risquons de perdre de vue les objectifs réels du système, et de nous retrouver dans une plus terrible situation.

La discrimination pratiquée par les Occidentaux dans la distribution des richesses, des fonctions et des statuts, s’intègre dans une vaste entreprise de fragilisation des Africains qui vise à les éliminer de toute concurrence, qui risquerait de menacer leur hégémonie.

La représentation négative de l’Afrique et des Africains, qui permet de renforcer les préjugés, en structurant aussi bien la vision des autres groupes ethniques à l’égard des ressortissants du continent, que celle des Africains sur eux-mêmes, fait partie de cette entreprise de déstabilisation.

La constante représentation d’un groupe social déterminé, comme étant « sale », « paresseux » et « imprévisible » permet de lui façonner un « profil professionnel collectif », qui rend ses membres peu crédibles dans le domaine de la production des connaissances, les exclut des postes de responsabilité et de la concurrence commerciale, leur fiabilité étant largement entamée.

C’est dans cette logique, que nos « dirigeants » ne peuvent être que des dictateurs corrompus (ceux qui ne répondent pas au profil sont systématiquement éliminés), que les produits en provenance de l’Afrique soient faiblement côtés et ne peuvent pénétrer les marchés occidentaux que sous la forme de matières premières, ou entre les mains d’opérateurs économiques occidentaux.2 Même les entrepreneurs africains sont fiers de contribuer à perpétuer cette logique commerciale, en utilisant comme argument de vente, le fait que les ingrédients qui composent leurs produits viennent d’Afrique mais qu’ils ont été transformés en Occident, pour rassurer leurs clients.

L’un de nos plus grands défis sera de faire sortir nos activités économiques de ce positionnement « humanitaire » qui nous est imposé.

Les classes « dirigeantes » qui vivent des largesses du système, participent à ce travail de dévalorisation de l’image du peuple africain, et de dilution de son estime de soi.

En établissant des relations basées sur la mendicité, elles participent à la normalisation des rapports de subordination où l’obséquiosité est érigée en vertu.

Elles nourrissent l’esprit de dépendance au sein de leurs jeunesses, qui grandissent en voyant leurs élites s’aplatir, en courbettes et remerciements, devant les multiples dons et financements de projets de toutes sortes, que quelques sacrifices, une politique loyale et une judicieuse utilisation des sommes d’argent qu’ils ont détournés et placées sur leurs comptes bancaires en Europe, auraient suffi à financer.

Les questions liées à l’immigration, au racisme et la discrimination, trouvent leurs racines, dans les rapports de pouvoir entre les différentes communautés humaines.

Lutter véritablement contre le racisme, c’est agir sur les conditions politiques, sociales, économiques ainsi que les différents mécanismes qui permettent d’assurer l’équilibre des rapports de force qui autorisent certaines inégalités et mauvais traitements.

Si la discrimination à l’emploi, au logement et les contrôles de faciès existent, c’est bien parce qu’il existe une communauté dominante qui se montre solidaire. Un groupe qui affiche sa distance avec les membres des autres communautés avec lesquels il rechigne à partager son cadre de vie, son environnement professionnel, ses circuits réseaux et ses opportunités économiques.

Le racisme est donc fondamentalement, l’expression d’un rapport de force politique et social qui repose sur une domination économique qui permet à un groupe d’exercer son contrôle sur les membres du groupe dominé, par la discrimination.

 

C’est dire que dès l’instant où ce contrôle, sur nous, Africains, utilise des supports juridiques, des contraintes économiques, des mécanismes politiques et symboliques pour restreindre notre mobilité à la surface de la terre, limiter nos choix professionnels et privés, nos opportunités, étouffer la pleine expression de nos potentialités humaines jusqu'à porter atteinte à notre Dignité, alors à ce moment là, elle doit être ardemment combattu dans ses fondements qui sont essentiellement économiques.

Dès lors, lutter véritablement contre le racisme, c’est lutter pour acquérir suffisamment de pouvoir, de sorte qu’aucune communauté ne puisse nous imposer des rapports sociaux qui pourraient affecter durablement et impunément notre dignité. C’est le seul moyen d’établir des relations égalitaires avec tous les peuples de la terre.

Notre aspiration à la liberté et à la dignité n’est pas une simple posture intellectuelle qui doit être laissé à quelques « érudits ». Nous devons refuser d’emprisonner l’infinie richesse de nos existences dans des spéculations  sans aucune prise sur nos réalités.

Ce n’est point faire preuve d’hostilité que de chercher à neutraliser et éliminer l’emprise destructrice et en définitive finalement déshumanisante des autres groupes sociaux sur nos existences.

Dans cette perspective, la nécessité de renforcer les liens de solidarité communautaire, constitue non pas un réflexe de repli sur soi, mais répond au pressant et légitime besoin de Justice et de la nécessité d’améliorer la vie d’hommes, de femmes et d’enfants, longtemps maintenus dans l’esclavage par la misère. Et, Nous, Africains, n’avons nullement à nous excuser de vouloir pour refuser que l’on nous impose pour l’éternité, la servitude, l’humiliation et l’oppression.

Sidya Diop

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Notes
1 N’y a-t-il pas de lien entre la détresse sociale causée par la privation de leurs droits sur leurs propres territoires, l’impossibilité de déterminer leur propre avenir et la prévalence de l’alcoolisme et des maladies des Indiens dans les réserves d’Amérique et du Canada et des « Aborigènes » d’Australie, exposition des populations africaines aux épidémies et catastrophes récurrentes ?

2 Même les entrepreneurs africains sont fiers de contribuer à perpétuer cette logique commerciale, en utilisant comme argument de vente, pour rassurer leurs clients, le fait que les ingrédients qui composent leurs produits viennent d’Afrique mais qu’ils ont été transformés en Occident, pour rassurer leurs clients.


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Bibliographie

« Understanding racism »
Prepared by Charlotte Reading

http://www.nccah-ccnsa.ca/Publications/Lists/Publications/Attachments/103/understanding_racism_EN_web.pdf

Structural Racism
Chronic Disparity: Strong and Pervasive Evidence of Racial Inequalities
POVERTY OUTCOMES.
By
Keith Lawrence, Aspen Institute on Community Change
and Terry Keleher, Applied Research Center at UC Berkeley
For the Race and Public Policy Conference 2004

http://www.intergroupresources.com/rc/Definitions%20of%20Racism.pdf


The Undergirding Factor is POWER
Toward an Understanding of Prejudice and Racism
By Caleb Rosado
Department of Urban Studies
Eastern University
Philadelphia, PA

http://www.edchange.org/multicultural/papers/caleb/racism.html