Sortir de la torpeur


Le récent attentat en Cote d’Ivoire est un événement de plus qui vient s’ajouter à la longue liste de fléaux qui secouent le continent Africain. La multiplication des foyers de tensions devraient mobiliser davantage notre attention, surtout dans un continent fortement marqué par la fragilité de l’Etat.


Cette situation est caractérisée par la faiblesse d’un appareil d’Etat sans véritable ancrage sur la société et sans subsistance, parce qu’issu de la domination qu’elle est censée perpétuer, elle tire de ce fait principalement sa légitimité et ses ressources de ses conquérants.
Cette impuissance se retrouve au niveau de la gouvernance locale, où les collectivités locales sont aussi sous le joug des acteurs de la communauté internationale qui peuvent intervenir à ce niveau pour structurer la politique locale en contournant le pouvoir central dans le cadre de la coopération décentralisée.


L’agenda de la politique nationale et locale de nos pays est principalement défini par des forces étrangères.


Les populations, devant les désastreuses conditions socio politiques du continent, rejetant toute la responsabilité sur le dos de dirigeants souvent imposés, se sentent peu impliquées dans la lutte collective pour le progrès de nos pays.


Au niveau économique, le paysage est marqué par la prévalence de la bourgeoisie compradore qui vit principalement du commerce avec les firmes étrangères et qui représente leurs  intérêts dans nos pays. Elle est donc principalement occupée à la distribution de produits manufacturés ailleurs si bien que la « réussite » des entreprises locales se mesure plus par l'importance de l'offre de produits importés  que par la capacité à innover en s'appuyant sur les ressources nationales. 

Devant le désintérêt manifeste des autorités étatiques à l’endroit des stratégies et expériences locales, le déficit d'infrastructures éducatives,récréatives,et l'absence d'une véritable politique culturelle nationale cohérente , l’imaginaire de la jeunesse africaine est principalement nourri, façonné par des symboles venus d’ailleurs. Les initiatives, les idées, le progrès viennent d’ailleurs ; aux autres les activités de conception et de production et à nous, celles d’exécution et de consommation.

C’est ainsi que se diffuse la mentalité de la dépendance qui s’empare des couches populaires qui expriment leur soif de modernité par la consommation de produits souvent futiles et sont prêt à tout sacrifier pour l’acquisition de gadgets importés. Les jeunes sont à la merci de tous les dangers, tiraillés entre le sentiment d’abandon de la part de leurs autorités politiques et la démission de leurs parents qui passent leur temps à professer la pertinence des valeurs du passé qu’ils n’ont su protéger et léguer à leurs descendants.

Cette impuissance habite une partie de la jeunesse instruite africaine, celle avec une conscience voilée par une éducation politique inexistante et une identité fractionnée par les promesses de la « mondialisation ». Cette jeunesse dont le chemin vers la modernité est plein d’incohérences. Elle veut une rupture mais qui viendrait du dominant, elle veut culpabiliser ses oppresseurs tout en comptant sur eux.
Elle est prête à redoubler d’efforts pour acquérir des compétences, recherche l’excellence, non pas pour renforcer le pouvoir de sa propre communauté mais celui des autres communautés.

Elle semble adhérer à l’idée illusoire véhiculée par l’idéologie néo libérale de la possibilité d’un capitalisme Africain avec un état faible et sans possibilité d’accumulation de capital.

Son combat se résume souvent à vanter les réalisations des Africains sous la domination occidentale.

Cette jeunesse ignore tout des parcours des brillants entrepreneurs « illettrés » du continent et préfère prendre comme modèle des africains au sein ou à la tête des entreprises occidentales dont ils peuvent être éjectés à tout moment et qu’ils ne pourront jamais transmettre à leurs descendants.

Elle ignore peut être que le système pour perdurer, a besoin d’entretenir une minorité de privilégiés pour nourrir l’espoir au sein de la masse des opprimés.

Cette torpeur est aussi présente parmi ceux que nous appelons généreusement nos « intellectuels » qui semblent tenir beaucoup plus à la reconnaissance que doit leur conférer leurs titresqu'à la libération du continent. Dans leur grande majorité, surtout dans l’espace dit francophone, ils ont abdiqué devant la tutelle intellectuelle occidentale et n’ont pas su échapper aux nombreux artifices du protocole académique qui ont finit par réduire leur discours au silence auprès de leur peuple et rendre inaudible le cri des opprimés au reste du monde.
Nous sommes ainsi totalement paralysés par la rhétorique du discours dominant qui nous fait croire que la situation est complexe.

Les occidentaux seraient-ils les seuls aptes à pouvoir décrypter cette complexe réalité ? Les opprimés sont-ils incapables de penser leur condition ?

Cette complexité n’empêche pourtant pas des dizaines de milliers d’organisations d’intervenir sur le continent, armées de leur propre diagnostic ?

La situation est-elle si complexe pour ne pas nous permettre de distinguer ceux qui tirent leurs privilèges de richesses et du pouvoir issues de l’exploitation des ressources de pays conquis et ceux qui continuent de pâtir des conséquences de ces déstabilisations toujours d’actualité ;
Ceux qui ont le pouvoir de procéder à des changements de régimes pour sécuriser leur approvisionnement en matières premières et les victimes de ces conflits meurtriers ;


Ceux qui ont le pouvoir de construire des ghettos, d’y confiner des hommes, ceux qui par l’imposition de multiples privations étouffent les potentialités des individus jusqu’à les rejeter à la périphérie de l’humanité et ceux qui n’ont aucun choix que de se résigner à leur sort ?


N’est il pas temps de temps de sortir de la torpeur et l’expectative ?


Nous semblons vouloir tout attendre de la communauté internationale, celle la, même qui est garante de la pérennité du statu quo.


Si cela continue, l’avenir du continent risque de nous échapper complètement car notre présent est façonné principalement par des intervenants étrangers constitués par les organisations non gouvernementales et les institutions internationales.


C’est ainsi que nous continuons depuis plusieurs siècles de perdre toute emprise sur notre territoire, nos institutions et sur nous-mêmes et vivons dans un environnement façonné par d’autres, un environnement où nous ne nous sommes pas projetés. C’est ce qui fait peut-être que lorsque nous nous regardons dans ce miroir géant que constitue notre environnement, il nous renvoie le meilleur des autres et le pire de nous-mêmes.


Le moment n’est il pas venu de prendre le risque de nous tromper en agissant à partir de notre propre perspective ?


Peut-on vraiment compter sur l’émergence de dirigeants loyaux si on ne s’occupe pas de créer des institutions capables de les produire ?


Devant les mutations sociopolitiques actuelles qui menacent gravement la survie de nos pays et nos libertés fondamentales, allons-nous continuer de commenter l’actualité, limiter notre combat, même si cela est important, à dénoncer la politique internationale étrangère des Etats Unis d’Amérique néo libérale américaine et la politique néocoloniale française en Afrique ? Où sont les cadres organisationnels et institutionnels qui pourraient aider les populations africaines en général et la jeunesse africaine en particuliers, à embrasser cette haute mission qui est celle de transformer la condition du peuple Africain ?


La tâche de la résistance Africaine doit-elle se limiter au combat pour l’intégration et la lutte contre le racisme et la discrimination ?


La condition de l’Afrique et des Africains est trop importante pour être enfermée dans les cadres étroits des structures étatiques occidentales.


La tâche majeure des Africains est de redonner un souffle nouveau, une réorientation nouvelle au panafricanisme.


Le panafricanisme, qui à notre sens, est le mouvement politique exprimant le processus historique de construction de la Nation Africaine, par l’intégration de ses diverses composantes, et qui a comme objectif ultime la maîtrise de son destin, à travers l’appropriation et le contrôle par les Africains de l’ensemble des leviers économiques et politiques ainsi que de tous les éléments matériels et immatériels qui déterminent la survie de leur civilisation. Cette aventure, des plus exaltantes, doit être le ciment des forces progressistes du continent et de la diaspora.


Ce projet ne saurait avoir comme but de substituer la suprématie blanche par la suprématie noire, mais plutôt de proposer une alternative au système dominant actuel auquel nous dépendons tous. Il s’agit d’une ambition beaucoup plus haute et beaucoup plus noble, celle qui consiste à imprimer une direction nouvelle au monde en restaurant la grandeur de l’Afrique pour de nouveau contribuer au progrès de l’Humanité.