Une politique sous pression


La « désorganisation » socio politique en Afrique.

La domination la plus nette de nos pays, se manifeste dans le domaine politique, car c’est à ce niveau que sont prises les décisions qui affectent l’ensemble des secteurs d’activités de nos sociétés.

Les « indépendances » africaines, ont paradoxalement consacré la présence de plus en plus effective des pays occidentaux sur le continent. Ce fut l’occasion pour de nombreux conseillers administratifs et militaires, de venir apporter leur soutien aux jeunes Etats, dépourvus de « compétences pour diriger un pays. » Dans les pays francophones, la présence française s’opère dans le cadre des fameux accords de coopération. Ces accords, offrent un cadre légal à la pérennité de la domination française sur nos pays. Elle permet à la France d’exercer son contrôle sur l’émission monétaire, d’avoir presque l’exclusivité des matières premières stratégiques, d’obtenir que ses entreprises aient le monopole dans les secteurs économiques vitaux (eau, électricité, ports, transports, énergies) et d’établir ses bases militaires.

Les jeunes Etats ont dès leur naissance, affiché leur nature néocoloniale, en adoptant les formes d’organisation politique, la législation et les structures administratives de leurs envahisseurs.

Les Européens qui après avoir administré leurs colonies africaines sous des régimes de contrainte de type dictatoriale, (le dernier en date a pris fin en 1992) ; puis installés à leur départ des valets dévoués à leurs intérêts, ont depuis quelques décennies pris comme cheval de bataille la démocratisation des pays africains. L’instauration de la démocratie et de la «bonne gouvernance» en Afrique, sont devenues les nouveaux thèmes de la mission civilisatrice de l’occident, que nos « élites », toujours promptes à se plier aux exigences de leurs maîtres, se sont empressées d’embrasser à bras ouverts.

La démocratie fait partie de ces nombreuses notions, dont la définition séduit beaucoup plus qu’elle n’éclaire les réalités qu’elle recouvre. En Europe la « démocratie occidentale » se décline selon les différents tempéraments nationaux, le rapport au pouvoir n’étant pas le même partout.

Que de différences en effet, entre les pays où l’éthique politique, pousse à la démission tout homme politique soupçonné de corruption ou d’abus de biens sociaux, et ceux où les hommes politiques impliqués dans les affaires similaires, s’accrochent obstinément à leurs postes. Les pays, où le contrôle citoyen sur les hommes politiques est effectif, qui protègent les libertés individuelles, et ceux qui les étouffent. Les états qui recourent fréquemment au référendum, et ceux où le pouvoir des citoyens se limite à jeter périodiquement un bout de papier dans une urne ceux, se réclament tous de la démocratie.

On peut affirmer que contrairement à l’idée généralement répandue, la démocratie n’est point à l’origine de la prospérité économique de l’Occident. C’est le pillage et l’exploitation des pays conquis, qui en assurant la prospérité économique de l’Europe, l’a débarrassé de ses pénuries, famines et guerres intestines et a grandement contribué à stabiliser ses institutions politiques.

On peut remarquer que presque partout, dans ces pays qui se vantent d’être démocratiques, qu’au delà des alternances entre généralement deux principaux partis, perdure la permanence du système d’exploitation de l’homme par l’homme.

Dans ce système, les hommes politiques ne semblent rivaliser d’ardeur, que dans le but d’attirer l’attention des lobbies, dont ils se chargeront une fois élus, de défendre les intérêts.

De la même façon que chaque pays européen à su adapter ses institutions politiques à son tempérament national, nous, africains, devons être en mesure de nous doter d’institutions adaptées à nos aspirations et qui permettront surtout la participation du plus grand nombre à la marche de nos sociétés.

Et même si nous devons nous inspirer des expériences des autres pays, rien ne nous oblige à nous limiter à celle de l’ancienne puissance colonisatrice.

Il faut être vraiment simple d’esprit pour penser que la discussion publique des affaires concernant la collectivité était inconnue des Africains. Le mimétisme institutionnel nous a fait adopter la caricature de la démocratie avec comme particularités, une multitude de partis, sans véritable projets politiques et des dirigeants qui une fois élus, se sentent plus responsables devant la communauté internationale que devant leur propre peuple.

Le manque d’enracinement socioculturel de nos institutions politiques, confine de fait, les populations, au statut d’indigènes, leur participation à la vie publique n’étant bien souvent que caricaturale et folklorique. Les rapports des populations aux institutions étatiques et administratives, n’ont pas changé depuis la colonisation, et demeurent marqués par le mépris, la méfiance et le clientélisme.

Le problème de l’exercice du pouvoir en Afrique, se situe au delà de la question de l’alternance, laquelle, ne saurait seule suffire, à garantir la fin de la pratique néocoloniale du pouvoir.

Il réside à notre sens, dans l’absence de conscience d’une identité collective, de la conviction d’être dépositaire d’un précieux héritage à préserver, et du fort sentiment de partager un destin commun. Ce sont ces éléments, qui doivent constituer le socle de notre leadership, surtout que leur survie se trouve sérieusement menacée, par de longs siècles d’oppression.

C’est dire, que la solidité des institutions d’une société, ne repose point sur le respect d’une quelconque constitution écrite, mais sur la loyauté envers un peuple, dont on souhaite la prospérité et craint le déshonneur. C’est cette loyauté, qui justifie l’entier dévouement consacré à lutter pour son progrès et à rechercher son bien être.

La solidité des institutions en Occident, repose pour une grande part, sur sa volonté de maintenir sa suprématie dans le monde, celle de l’Afrique doit résider sur la ferme volonté de se libérer de toute domination et surtout de préserver sa dignité.