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Repenser notre système éducatif

Ces dernières semaines les élèves de certaines villes du Sénégal sont sortis dans les rues pour manifester contre les professeurs à qui ils reprochent la perturbation de leur scolarité par des grèves répétées des enseignants, qui refusent de faire ou de corriger des devoirs et d’organiser les compositions.

Nous sommes tant habitués à ces mouvements d’humeur des élèves que nous n’y prêtons plus d’importance. Parce que nous vivons dans un pays où nous n’avons pas l’habitude d’écouter la jeunesse qu’elle soit scolarisée ou non.

Les évènements de mars 2021 auraient dû être une opportunité pour prêter une oreille attentive à la jeunesse, d’initier une réflexion critique sur les responsabilités des différents acteurs chargés de son éducation, que sont l’État, les parents, les enseignants, en somme, l’ensemble de la société.

Cette jeunesse est une fois de plus prise en otage par des adultes qui semblent être peu préoccupés par leur sort, un État négligent, des syndicalistes qui mettent des revendications corporatistes, aussi légitimes qu’elles puissent être, au-dessus de l’intérêt national et des parents quasi  indifférents.

Si nous soutenons par principe la lutte des enseignants pour leurs droits, nous trouvons certains aspects de leur démarche maladroite.

Dans un contexte d’extrême malaise social, marqué par la hausse des prix, la croissance de la précarité, le chômage des jeunes, les menaces sur la cohésion sociale, les syndicalistes de toutes corporations ne devraient-ils pas adopter des stratégies d’action plus consensuelles ?

Nous sommes pour la réhabilitation de l’école publique et de tous les services publics, pour la revalorisation de la condition non seulement des enseignants mais de tous les citoyens qu’ils soient du secteur formel ou informel. Nous sommes loin de partager cette vision élitiste foncièrement inégalitaire de la société, qui considère certains citoyens, comme étant plus méritants que d’autres.

Nous sommes pour un système éducatif de qualité, nous ne pouvons pas continuer d’être complices de la destruction de l’éducation et de l’école publique, à l’instar de tous les secteurs que l’État délaisse au profit des entreprises privées.

Nous pensons que comme chacun des membres de notre société y compris bien sur les enseignants doivent aussi apprendre à se remettre en question.

C’est déjà faire preuve de cohérence lorsque l’on réclame ses droits au nom du principe d’équité, que de ne pas porter atteinte à ceux des autres concitoyens, dont le droit à l’éducation des enfants et le respect des engagements envers les parents, même s’ils sont tacites.

On ne doit pas non plus trahir la mission initiale du service public car c’est la trahir que de monétiser des prestations au sein d’un établissement public sous le déguisement de « renforcement scolaire », ou de sacrifier le temps qui devait être imparti aux élèves du public au profit des établissements privés.

C’est contraire aux principes de la morale et de toute déontologie professionnelle et transformer des éducateurs censés servir de modèles, en violateurs de la loi.

Où se trouve le sens de l’équité lorsque l’on fait « payer » aux élèves le retard sur les programmes causé par la grève, par une surcharge de travail en prolongeant l’année scolaire ?

Le respect du principe d’équité se réduit-il aux seuls fonctionnaires ? L’État a-t-il respecté ses engagements envers le peuple sénégalais dans son ensemble ?

Qu’en est-il de ces millions de Sénégalais sans aucun statut reconnu par cet état étranger au corps social, qui pourtant se nourrit de leur sueur, leur sang et leurs larmes, ceux qui payent les salaires de ces fonctionnaires, ces agents de l’État, qui les méprisent ?

C’est continuer à faire de l’école l’instrument privilégié de reproduction des relations néo coloniales, en traitant élèves et parents d’élèves avec le même mépris sinon plus, que le colon hier.

A quel aune devrait-on mesurer l’importance de l’éducation dans notre société ?

Le « mérite » se réduirait-il aux nombres d’années passées sur les bancs de l’école « occidentale» sans tenir compte de leur impact sur le progrès collectif de la société ? Doit-on accepter la continuation de ce système de ségrégation qui accorde plus de légitimité à ceux qui maitrisent la langue du colonisateur, traitant les populations « analphabètes » comme des citoyens de second rang.

Pourrait–on supporter aussi longtemps une grève des commerçants et ambulants de nos marchés, des éboueurs, des femmes qui « travaillent » au sein de leur foyer ? 

Comment se fait-il que l’on n’ait pas réussi à unir les populations autour des questions sociales les plus brûlantes, dont le système éducatif fait partie ?

L’intelligence ne devrait-elle pas nous donner les moyens de comprendre les ressorts sur lesquels agir pour bâtir une nation unie, indépendante et prospère ?

Le combat pour un système éducatif de qualité doit-il uniquement concerner les enseignants ?

Les jeunes Africains ont grandi dans des sociétés où ceux qui sont censés être les élites de leur pays, sont ceux-là mêmes qui conspirent contre l’intérêt national, compromettent leur avenir et maintiennent les populations dans un état de tension permanente.

Si la « jeunesse » suffisait pour être l’espoir d’un pays, le monde se porterait mieux aujourd’hui. N’est-ce pas les jeunes d’hier qui sont au pouvoir aujourd’hui ? Les jeunes ne reflètent-ils pas très souvent, nos attitudes et comportements à leur égard ?

Nous convenons que l’éducation n’incombe pas seulement aux parents mais à la société toute entière, toutefois l’école joue un rôle hégémonique dans ce domaine.

Peut-on réduire l’école, cet espace de socialisation où les enfants passent la majeure partie de leur temps, à la seule fonction d’instruction, lorsque de par le contenu des programmes, le système des punitions, les rythmes scolaires, on véhicule une vision du monde, socialise l’enfant selon certaines valeurs, et influence l’organisation sociale dans son ensemble ? Récompenser et sanctionner, n’est-ce pas orienter les comportements ?

De surcroit, on attend généralement de l’école, par les connaissances et aptitudes qu’elle est censée dispenser, qu’elle nous fournisse les clés nécessaires pour sortir de notre situation. Pourtant, force est de constater qu’elle constitue une source de problèmes, et même à certains égards, le lieu de reproduction et d’amplification des dysfonctionnements sociaux.

Le système éducatif tel qu’il fonctionne, ne renforce pas la démocratie parce non démocratique, ne forme pas des citoyens ayant le souci de la patrie, elle ne remplit plus sa promesse de construction du lien social.

Parce qu’il est anti démocratique de par son histoire et son fonctionnement, aliénant et extraverti de par son programme et ses finalités, il forme, à part quelques exceptions, des sujets de l’empire colonial, plutôt que des citoyens libres au service des intérêts de leur pays.

Nous, Africains, avons dans l’ensemble accepté notre « appartenance » à l’empire colonial, qui nous a asservis, en admettant que la légitimité politique, la crédibilité académique, les critères de succès, et les sources de prestige, soient ceux validés par des institutions étrangères.


Ce sont les autres qui désignent ceux qui parmi nous méritent d’être écoutés, ceux qui ont de « l’influence », notent et évaluent nos performances économiques et politiques, choisissent parmi nos célébrités celles qui serviront d’ambassadeurs pour les changements sociaux et culturels dans nos pays.

De la même façon que nos matières premières sont transformées par les pays industriels, la « matière grise » du continent subit le même sort. Les Africains les plus « éduqués » sont des collecteurs de données et d’informations qui seront traitées et analysés sous formes de rapports, livres, articles, qui vont servir à renforcer les capacités décisionnelles des différentes institutions occidentales, parce que nous n’avons pas d’agenda qui nous soit propre.


Le moment est venu de réfléchir sur notre système éducatif, à supposer que l’on puisse le considérer comme étant véritablement « notre ».

Parce qu’il s’inscrit, à l’instar de toutes les institutions héritées de la colonisation dans la continuité de cette dernière, de par son contenu, l’orientation, le système des punitions et les finalités sont, mis à part quelques superficielles réformes, un legs du système colonial.

Réformer le système éducatif, c’est rompre avec la logique coloniale, en se débarrassant d’abord des violences psychologiques et physiques que subissent les élèves à travers la surcharge de travail, les épuisants rythmes de travail, les sévices corporels tout cela au nom de « l’excellence » dont on tarde à voir l’impact sur la société.

Les rythmes scolaires constituent un élément important dans tout système éducatif, parce qu’ils participent à l’aménagement du temps de la société dans son ensemble et par conséquent de la structure des relations sociales.

 L’école n’a pas à imposer, le moment de vie familial, les heures de restauration, ni dicter les habitudes alimentaires, et c’est pourtant ce qu’elle fait en poussant les enfants à manger dans les cours d’école ou en dehors des établissements scolaires des menus dont la qualité hygiénique ne fait l’objet d’aucun contrôle. 

C’est à elle de s’adapter en respectant les différents droits et besoins de l’enfant d’être en famille, avoir une alimentation saine, de respecter les heures de prières, de s’adonner à des activités extra scolaires qui participent au développement de ses capacités et aptitudes affectives, sociales et intellectuelles, dans la construction de sa personnalité et ont une influence sur le « tempérament » d’une société.

A ces rythmes contraignants, s’ajoutent les violences physiques et psychologiques qui, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ne concerne pas uniquement les « Daaras ».

Au sein de l’école « moderne », on note, malgré leurs interdictions, la persistance des sévices corporels, des retenues abusives privant parfois des enfants du repas du midi, et des insultes des plus grossières adressées aux enfants, qui bien souvent, gardent le silence de peur d’être doublement punis par leurs parents.


Ce sont là des comportements d’une indécence inadmissible de la part de n’importe quel adulte, encore plus d’un enseignant.

Il n’est pas dans notre intention de remettre en question les mesures disciplinaires, mais elles ne doivent pas violer l’intégrité physique de l’enfant, porter atteinte à sa dignité, soient conformes à la loi et au règlement intérieur des établissements. Elles doivent s’inscrire dans une démarche pédagogique cohérente, être proportionnées aux manquements de l’apprenant et respecter la liberté des parents. C’est respecter les parents que de ne pas retenir leurs enfants sans les avertir, de ne pas leur faire prendre de médicaments sans leur consentement. Ce sont là des dispositions des plus élémentaires, qui n’ont même pas besoin d’être encadrées par la loi, tellement elles relèvent du bons sens.

Rien ne saurait justifier l’humiliation d’un enfant ou d’un adolescent devant ses pairs ?

Certains ne se gênent pas d’évoquer « notre culture », pour justifier ces pratiques, au sein d’une institution venue de l’étranger et tournée vers l’étranger. C’est dire le degré d’incohérence de certains membres du corps enseignant.

Ces méthodes de punitions et de blâmes parfois humiliantes ont, pour beaucoup, participé à étouffer la créativité, les potentialités intellectuelles et aptitudes sociales de nombreux individus.

Il existe une majorité silencieuse, parmi ceux qui fréquentent ou ont fréquenté l’école dont l’expérience de la scolarité était source d’angoisse, habités qu’ils étaient par la peur constante d’être punis ou humiliés.


L’école ayant pour mission principale de former des citoyens intellectuellement autonomes, entreprenants, en mesure d’apporter leur contribution au progrès collectif de leur société ; nous pensons que la persistance des sévices corporels ne participent pas à émuler ces qualités.

Persister dans ces méthodes, c’est couper les ailes à la jeunesse, à qui l’on va venir ensuite reprocher de manquer d’initiative après avoir affaibli toute confiance en elle. Mais c’est surtout, ériger la violence comme forme privilégiée de résolution des problèmes à tous les niveaux, semant ainsi les germes de la violence dans une société que seul le manque de lucidité peut nous faire dire qu’elle est « pacifique ».

Comment peut-on mettre autant, sinon plus d’ardeur à punir des enfants qui ne parlent pas correctement une langue étrangère, alors que chez les locuteurs natifs de cette langue, les œuvres de leurs écrivains, aussi grands soient-ils, font l’objet de correction avant d’être publiées.

Aussi importante que puisse être l’acquisition des compétences linguistiques, il nous faut convenir que c’est une forme de violence des plus inacceptables, que de punir des enfants pour des fautes d’apprentissage dans une langue de scolarisation qui leur est étrangère.

N’est-ce pas fixer les valeurs que nous chérissons le plus, dès le bas âge en punissant plus sévèrement les fautes d’apprentissage que les comportements inciviques ?

N’est-ce pas privilégier l’obéissance aveugle à l’arbitraire de l’autorité, plutôt que le respect des principes ? N’est-ce pas ainsi que l’on instaure la peur de l’échec et décourage tout sens de l’initiative ?

Et si nous mettions autant d’ardeur et de rigueur à protéger nos valeurs, les abus et injustices dont nous sommes victimes et protéger notre patrimoine culturel et économique.

Quel type de leadership et de citoyen produit notre système éducatif ?

L’école telle qu’elle fonctionne encourage, la rivalité, la compétition et l’individualisme au détriment de la coopération et la collaboration. La « réussite » individuelle prime sur le besoin de progrès collectif. Elle n’encourage pas les élèves à aimer l’acquisition du savoir, l’auto-évaluation critique, afin de se transformer et de transformer leur société, mais elle les incite plutôt à obtenir les diplômes et certificats qui leur permettront de trouver un emploi en se « vendant sur le marché  du travail », ou un poste prestigieux. Peu importe si on ne « produit » ou ne « réalise » rien après. Leur passage dans les différentes institutions n’apporte aucune amélioration significative. Comme si le désir de performance s’était consumé durant les années d’études.

Si cette rigueur « disciplinaire » , cette pression imposée aux enfants dès le bas âge était efficace, qu’est ce qui explique alors la négligence et l’indiscipline qui prévalent, dans l’accomplissement des tâches et missions au sein des différentes postes et services administratifs tenus par des adultes ?

Ceux que l’on entend se vanter de leurs longues années d’expériences auprès de grandes institutions, de postes de prestige occupés, sont souvent incapables de parler de l’impact de leur passage dans ces institutions sur la qualité des services rendues à la communauté. En dehors de la satisfaction individuelle que peut procurer le fait d’être «  un ancien » directeur, , ou d’avoir occupé tout autre poste de prestige, ils devraient se demander en quoi leur passage dans ces institutions a-t-il servi le progrès collectif, qui est supposé être la raison principale pour laquelle ils ont été nommés à ces postes ?

D’où provient cette arrogante attitude généralisée dans notre pays, où avoir la charge d’une institution quelle qu’elle soit, signifie détenir le pouvoir d’imposer sa volonté, et non pas avoir l’opportunité de faire respecter les principes permettant d’atteindre les objectifs présidant à la création de ces institutions ?

Cette attitude s’observe à travers les différents abus de pouvoir dans les relations entre les autorités politiques, administratives, policières et autres, avec les populations. Ces dernières sont traitées comme des citoyens de seconde zone dans les différentes administrations de ce pays, où les différents prestataires de service sont si peu serviables qu’ils donnent l’impression que les citoyens leurs sont redevables des « faveurs qu’ils leur fournissent », d’ailleurs certains ne se gênent point pour les monnayer.

Toute personne disposant de la plus petite parcelle de pouvoir se donne le droit d’en abuser, confondant autorité et autoritarisme.

Il est plus facile de faire reposer la responsabilité de notre naufrage collectif sur les dirigeants, alors qu’il existe des petits dictateurs à tous les niveaux de la société.

Ce comportement est presque une constante chez les peuples dominés, qui, faute de courage pour affronter ceux qui les maintiennent dans une servile domination, préfèrent écraser les plus faibles d’entre eux.

L’Afrique n’a pas besoin d’un système éducatif qui vampirise les membres de sa propre société au lieu de les tirer vers le haut.

Est-ce cela l’excellence ?

Le bon comportement en société est la plus haute des compétences ; il ne sert à rien de passer de longues années sur les bancs de l’école pour au final se comporter comme un individu sans aucune éducation.

C’est ainsi que l’on anéantit tout sentiment de solidarité communautaire et patriotique. C’est vider le patriotisme de tout son sens que de traiter des citoyens comme de vieux chiffons, piétiner leurs droits, discréditer la notion de service public, pour ensuite les inviter à respecter un morceau de tissu flottant et un hymne national.

Notre système éducatif reposant essentiellement sur la discipline « imposée » de l’extérieur, a failli à nous apprendre comment acquérir cette discipline qui vient d’un élan intérieur. Celle qui nous pousse non pas à nous contenter de satisfactions immédiates, mais à nous engager dans des taches de longue haleine. C’est ainsi que se construisent les nations.

L’éducation est loin d’être neutre, elle est fondamentalement politique non pas au sens partisan, c’est-à-dire cette vile compétition pour accéder aux faveurs de ceux disposant du pouvoir véritable, mais comme système de production interne de pouvoir, en tant que capacité d’action par nous-mêmes, sur nous-mêmes et sur les autres.

On éduque les membres de sa société pour qu’ils puissent s’adapter aux mutations futures du monde, pour créer le monde que l’on souhaite, un environnement qui façonne la personnalité capable de procéder aux changements souhaités, toute performance, toute aspiration à l’excellence devrait s’inscrire dans cette dynamique.

Cette réflexion va au-delà de l’institution scolaire en « crise » comme on le dit depuis des décennies, elle concerne notre réponse culturelle face à notre condition collective, car nous n’avons su résoudre aucun problème dans quelque domaine que ce soit.

Dans l’espace « francophone », le système éducatif affiche le même mépris pour les métiers techniques que leur pays de « référence », ainsi l’essentiel de la formation professionnelle est assuré de façon informelle par de braves citoyens qui ne reçoivent aucun soutien des pouvoirs publics.

Le système éducatif n’encourage pas de ce fait, les compétences qu’il forme, à penser à plus tard, ajouter de la valeur aux différentes activités des populations et ainsi aider à résoudre les problèmes spécifiques auxquelles ces dernières font face.

Il produit plutôt, des individus qui vont mépriser les savoirs et savoirs faire traditionnels de leurs pays. Ce qui conduit à la déconnexion de « l’élite » instruite de la masse des « ignorants ».

Comment pourrons-nous transformer une société qu’on nous apprend à ignorer voire même à mépriser ?

Ainsi, coupée de nos réalités, l’école telle qu’elle fonctionne généralement dans nos pays, n’est qu’un moyen de promotion individuelle et non pas un outil de transformation sociale et collective. Les membres de la minorité qui ont la chance de « réussir » auront à leur charge la masse des désœuvrés que ne cesse de produire le système.

Le problème fondamental de l’éducation en Afrique, est donc sa désarticulation profonde d’avec la société, son inadéquation, aussi bien dans le contenu de ses programmes que dans ses objectifs, d’avec les conditions réelles des populations africaines.

Ce combat dépasse largement le cadre des rivalités politiques partisanes et des échéances électorales et doit être l’occasion de ressouder les liens de solidarité autour de l’intérêt national.

Qui va se battre pour ces paysans spoliés, ces ouvriers qui non seulement satisfont aux besoins des populations, mais forment aussi de nombreux jeunes aux différents métiers de la mécanique, maçonnerie, menuiserie métalliques entre autres, et qui ne reçoivent aucune rétribution ni des parents des apprentis ni de l’Etat ?

Nous ne pouvons pas nous enfermer dans des catégories professionnelles que nous n’avons pas créé, pour justifier notre désengagement dans cette mission humaine, de combattre pour la liberté et la justice, contre tout ce qui contribue à déshonorer l’être humain. Nous ne « sommes » pas nos professions, nous sommes des êtres humains avant tout. N’étions-nous rien avant l’obtention de nos différents diplômes et qualifications ? Ces derniers ne sont que des moyens à travers lesquels réaliser notre mission supérieure qui est d’élever l’humanité et non pas la rabaisser ou participer à ce qui le rabaisse. C’est ne pas se connaître que d’accepter d’être ce que d’autres « font de nous », ceux qui nous donnent des titres dont nous nous vantons, alors qu’eux détiennent le véritable pouvoir.

La responsabilité de ce gâchis incombe à toute une société, qui, suit sans aucun esprit critique, le culte de la « performance » qui pourtant, depuis plus d’un demi-siècle nous maintient dans la médiocrité.

Ce système, qui des décennies durant, n’a produit dans sa grande majorité, que de dociles serviteurs d’intérêts étrangers. Des individus qui n’ont en rien cherché à inverser la courbe décadente empruntée par leur société, ou changer la situation d’excessive vulnérabilité de leur pays ? Parce que « l’intelligence » a été réduite à la seule capacité de mémoriser des informations souvent peu pertinentes, et de les restituer, le système éducatif ne nous apprend pas à réfléchir de façon autonome, à traiter et analyser de façon critique les informations reçues.

Ce culte de la « performance » pour la simple performance, sans aspiration d’avoir un impact sur notre progrès collectif, ne fait que reproduire une « classe dirigeante » servile, au lieu de former une véritable élite libre et jalouse de notre souveraineté.
 
Aucune réflexion critique n’a été véritablement entreprise sur les objectifs de l’éducation, la pertinence du contenu des enseignements, les raisons et motivations pour lesquelles nous envoyons nos enfants à l’école.

Que voulons-nous mettre dans l’esprit de nos enfants ? L’école sert-elle uniquement à obtenir des diplômes afin d’accroître leurs chances d’être employés par des entreprises principalement étrangères, ou devrait-elle servir à acquérir des connaissances utiles au progrès de leur société ?

Que ferons nos enfants que l’on forme pour être employés par les entreprises étrangères lorsque ces dernières ne pourront plus leur en offrir ?

On éduque les membres de sa société pour qu’ils puissent s’adapter aux mutations futures du monde, pour créer le monde que l’on souhaite, un environnement qui façonne la personnalité capable de procéder aux changements souhaités, toute performance, toute aspiration à l’excellence devrait s’inscrire dans cette dynamique.