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Traverser les Ombres de l'Impérialisme

« Nous avons encore renforcé les forces militaires les plus puissantes de l’histoire du monde. Plus tôt cette année, le Président a promulgué la plus forte augmentation de notre défense nationale depuis l'époque de Ronald Reagan - 716 milliards de dollars pour étendre notre domination militaire dans tous les domaines. Nous modernisons notre arsenal nucléaire, nous déployons et développons de nouveaux chasseurs et bombardiers à la pointe de la technologie, nous construisons une nouvelle génération de porte-avions et de navires de guerre et nous investissons comme jamais auparavant dans nos forces armées. Cela comprend le lancement du processus d'établissement de la US Space Force pour assurer notre domination continue dans l'espace, ainsi que l'autorisation d'accroître la capacité du cyber-monde à renforcer la dissuasion contre nos adversaires ».1


Ces mots font partie du discours prononcé, il y a quelques mois, par le vice-président américain Mike Pence2. Ce discours rappelle fortement, le climat politique qui régnait à l’époque de la période dite de la « guerre froide » par les Européens qui fut, très sanglante pour les peuples africains, et montre que le réchauffement climatique n’est pas le seul danger qui menace notre planète.


Les raisons de ces mesures et dispositions qui rappellent fortement la période des rivalités avec l’Union Soviétique, seraient selon l’auteur, dues entre autres, au fait que : « Les pays étrangers ont commencé à "réaffirmer leur influence aux niveaux régional et mondial" et à "contester les avantages géopolitiques de l'Amérique, essayant de changer l'ordre international en leur faveur ».3


Ce discours, aux accents grégaires, est celui du vice-président de la plus grande démocratie du monde, qui se trouve être le seul pays au monde à avoir fait usage de l’arme nucléaire. Un pays qui, d’après Sean Mac Bride, ancien directeur d’Amnesty International, dans la préface de l’ouvrage, « Dirty work : The CIA in Africa », ne s’est jamais gêné pour mener « des opérations secrètes allant des assassinats, à la levée d’armées de mercenaires », quand il s’agissait de défendre ses intérêts, surtout sur le continent africain, qui a été un « terrain fertile aux activités secrètes et déstabilisatrices de la CIA ».4
Ces entreprises de déstabilisation n’étaient pas le fait des seuls Américains ; la France était aussi impliquée dans la course aux contrôle des ressources du continent, car comme l’affirme, Karl Van Meter, dans cet ouvrage : « ni la guerre, ni l’inévitable processus de décolonisation n’ont changé la structure économique capitaliste de la France. Mesurée par tout indicateur économique général, la France est loin derrière les États-Unis, l'Union soviétique et l'Allemagne de l'Ouest et ne peut rivaliser ouvertement avec eux sur la scène internationale. Pour pallier cette faiblesse, la France s'est montrée disposée à mener une lutte désespérée et sale pour garder ses anciennes colonies, bien que souvent sans succès, comme on l'a vu en Indochine et plus tard en Algérie »5.


C’est ce qui explique, toujours selon lui : « Après ces deux monumentales défaites dans les années 50 et au début des années 60, la France a adopté une stratégie néocoloniale consistant à accorder l'indépendance statutaire tout en s'accrochant à ce qui lui était absolument essentiel : les avantages économiques tirés de ses anciennes colonies. Même sans considérer l'argent dépensé pour acheter du pétrole, la France a un important déficit commercial qu'il serait impossible de couvrir si elle ne réalisait pas un profit énorme dans ses anciennes colonies ».
Il poursuit :
« Si la domination économique est la raison d'être de l'impérialisme français en Afrique, le seul moyen de maintenir une telle situation consiste à faire intervenir les services secrets et les forces armées munis de leur mallette de coups fourrés, allant de la corruption à l'assassinat en passant par la création de faux mouvements de libération et de conflits armés à grande échelle. En fait, la France est la seule ancienne puissance coloniale à disposer de troupes permanentes en Afrique. Là-bas, avec un potentiel militaire limité, elle peut souvent jouer avec succès un rôle interventionniste sans risques excessifs. De plus, la plupart des alliés occidentaux ont encouragé la France dans cette direction ».6
 
Les États-Unis et la France n’étaient pas les seuls intervenants dans la course pour le pillage des ressources du continent. La Grande Bretagne, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, le Portugal ainsi que les pays qui avaient besoin des ressources minérales du continent ont participé à cette vaste entreprise de pillage organisé des ressources du continent. Leur collaboration n’excluait pas les conflits armés en fonction de leurs intérêts du moment, par l’intermédiaire de « factions rebelles », « fondamentalistes religieux » et « groupes tribaux ».
La domination et le contrôle de l’Afrique est une entreprise collective, qui a joué un rôle central dans la construction de l’UE, ainsi que les fédérations qui l’ont précédé, depuis le mouvement « Paneuropéen » des années 1920 jusqu’au au traité de Rome en 1957, qui à entériné la décision d’inclure les territoires d’outre-mer des pays présents (France, République fédérale d’Allemagne, Belgique, Italie, Luxembourg et les Pays Bas.,) qui en disposaient, au sein du Marché commun européen.
 
C’est dans le contexte d’une Europe dont les pays sortant d’une guerre dévastatrice, ayant d’énormes besoins en ressources énergétiques, en matières premières et vulnérables face aux « superpuissances », que s’est fait sentir la nécessité de construire une Europe forte.
 
Ces pays ont dû surmonter leurs réticences qui portaient entre autres, sur l’impossibilité technique pour la France d’appartenir simultanément à la zone Franc et à la communauté économique européenne, ainsi que les craintes de certains partenaires, notamment l’Allemagne, qui estimait que le « traitement préférentiel » appliqué aux produits des pays associés avec leurs territoires d’outre-mer et colonies en Afrique, pourrait constituer un obstacle de taille dans ses rapports avec ses importants pays clients et fournisseurs traditionnels7.
C’est durant cette période d’intenses négociations, aussi bien officielles qu’officieuses8, entre pays soucieux de reconstruire leurs économies, qu’allait émerger une nouvelle forme de domination économique de l’Afrique qu’est le néocolonialisme, avec son lot de mécanismes tel que l’aide au développement. Le projet d’intégration des colonies africaines et d’outre-mer à l’Europe à travers l’Eurafrique, est à l’origine du néocolonialisme.
 
Ces réticences des différents partenaires ont disparu lorsqu’ils ont été convaincus que ce projet servait leurs intérêts9 et sont tombés d’accord sur les principes accordant, de façon progressive, l’accès de chaque pays membre aux produits en provenance de territoires d’Outre-mer, la participation au financement des investissements publics dans ces territoires et d’accorder un système de traitement préférentiel sur les produits agricoles des territoires d’outre-mer.
 
Ces accords organisant les relations économiques entre l’Europe et nos pays, portaient entre autres sur des aspects assez divers de l’économie : des produits à exporter et importer, la coopération industrielle, les conditions et modalités de financement, jusqu’aux bateaux devant transporter les marchandises. Il s’agit d’un cadre légal de contrôle de nos économies sous le prétexte de l’aide au développement, dans la continuité de l’esprit « humanitaire » de la conférence de Berlin.
 
C’est dire donc, que le néocolonialisme, né avant les pseudo indépendances, est un effort coordonné des anciennes puissances coloniales et des autres pays « développés », pour bloquer le progrès économique des pays « en développement », en les maintenant dans une situation de fournisseurs de matières premières et de main-d'œuvre à bon marché à leur profit.
 
Ce système opère à travers des formes de contrôles directs et indirects, par l’intermédiaire de politiques économiques, financières et commerciales, des sociétés transnationales, des institutions mondiales et multilatérales qui maintiennent les pays dans leur ensemble, dans une situation de forte dépendance. Le projet néocolonial, dans sa volonté d’intégrer les colonies à l’Europe, montre que le « développement » du continent, projet que les Africains embrassent avec une grande naïveté, est avant tout un « projet européen », s’inscrivant dans la continuité de la « mise en valeur » de leurs colonies. Ce projet néocolonial montre, contrairement à l’opinion de ceux qui pensent superficiellement, par intérêt ou par ignorance, et qui voudraient faire passer les Africains pour des assistés, que « l’aide au développement », qui fait partie d’un de ces dispositifs de contrôle, est bien une initiative européenne, en direction des pays qu’ils ont contraints à la « mendicité » par la dépossession de leur souveraineté aussi bien politique qu’économique.
 
Le maintien en coupe réglée de nos économies se fait par l’intermédiaire des différents accords et conventions : Lomé, Lagos et autres, qui fonctionnent comme des plans quinquennaux conçus par les Occidentaux, leur permettant de baliser le chemin et contrôler le rythme de notre aventure politique et notre progrès économique.


Dans cette perspective, le développement est le processus qui, faisant suite à la pacification, consiste à l’exploitation des populations et des ressources de leur pays afin de récupérer les investissements militaires, administratifs et académiques qu’a nécessité l’entreprise coloniale, et qui permet aux pays colonisateurs de continuer à exercer leur hégémonie sur les pays conquis. Ce processus, contrairement à une guerre ouvertement déclarée, fait recours à plusieurs moyens, allant des contraintes légales à la subversion par des coups d’états « sponsorisés », seuls jugés acceptables, à la corruption des autorités locales.


Un système qui, contrairement à l’esclavage et la colonisation, ne nécessite pas forcément l’usage constant de la force brute, et repose plutôt sur l’instauration de mécanismes de relations sociales et économiques de dépendance et de contrôles permettant d’assurer la captation du labeur, des ressources et des marchés des pays colonisés.
Les objectifs de la colonisation, qui était loin d’être une entreprise humanitaire, mais une entreprise de domination en vue d’accumulation de capital, d’exploitation des ressources des autres peuples et de création de marchés pour les produits manufacturés européens, n’ont pas changé. Les raisons de bon nombre des dysfonctionnements dans nos sociétés sont à chercher dans la persistance des relations asymétriques issues de ce passé, dans les différentes structures formelles et informelles actuelles.
Ainsi sous ce concept de développement qui semble indiquer un « projet commun », se cache des intentionnalités différentes, telle semble être la logique qui régit les politiques, projets et relations des pays impérialistes avec les pays dominés, de l’Occident avec le continent Africain.

Le « développement » ainsi conçu, est devenu un « objectif », un projet largement embrassé par les Africains. Faut-il s’étonner que depuis cette période, le niveau de développement économique du continent, identique à celui de la plupart des pays d’Asie et d’Amérique du Sud au moment des « indépendances », selon certains spécialistes, n’a cessé de se dégrader en raison de la politique néocoloniale européenne en Afrique ? Le développement de nos pays en tant que colonies, se traduit par la « faillite » de nos États et le « sous–développement » de nos sociétés.
 
Hier comme aujourd’hui c’est en s’appuyant sur le « Droit international », ou plutôt celui du plus fort, que s’opère la reproduction de ces relations hiérarchiques condamnant les Africains à la servitude, en les enfermant dans un cercle vicieux au sein duquel la dépossession de leur souveraineté et de leurs terres, permet de justifier les interventions des pays impérialistes ; ces interventions renforçant en retour, la vulnérabilité de leur condition.


Hier, c’était la doctrine du « Terra Nullis » », des terres inoccupées » dans ces contrées éloignées, qui a servi à justifier la colonisation, l’accaparement des terres, aujourd’hui c’est le principe de « territoires non gouvernables », ces fameuses « poches d’instabilité » situées dans les mêmes régions colonisées dont l’existence « menacerait la sécurité des pays occidentaux ».
 
Dans cette perspective, on peut lire la crise de l’Union Européenne actuelle comme étant révélatrice des failles d’un projet dont les fondements sont plus économiques que politiques. La « sincérité » de leurs prétentions pacifistes, réside peut-être dans la volonté de tout système impérialiste, de maintenir une distance de sécurité avec la violence et les atrocités qui permettent d’assurer sa stabilité et sa continuité. Les pays impérialistes peuvent ainsi tout en se déchargeant de toute responsabilité, transformer ces régions en zones de conflits permanents, de sites de dépôts d’ordures et de déchets toxiques.


Ils sont restés, sur ce point, fidèles au fameux principe : « no Peace beyond the front line (pas de paix au-delà de la ligne de front) », qui régissait les relations fortement marquées par la rivalité des nations du socle impérialiste occidental pendant leur vénérable passé de piraterie des mers, activités qui ont contribué à l’émergence du capitalisme occidental. 10

Ce système néocolonial qui, d’une certaine façon, repose sur la volonté de garantir la paix et la prospérité en Europe, sur le dos des Africains, en sabotant la paix et l'ordre en Afrique, sacrifiant les vies et les rêves des Africains, représente la continuité entre le passé et le présent de l’oppression des Africains.
 
La continuité structurelle de la colonisation est visible à travers les institutions telles que la Banque mondiale, le Fond Monétaire International, par leur pouvoir économique et financier qui, par l’imposition de programmes d’ajustement structurel et mesures d’austérité, peuvent appauvrir les populations ; par le contrôle des moyens de production, les interventions militaires, en se reposant, comme dans tout empire, sur les autorités locales artificiellement mises en place par l’élimination de celles traditionnelles et la corruption.


Un ordre « invisible », insidieux qui ne cesse de s’adapter pour échapper à la vigilance des victimes elles-mêmes.
 
Toutes ces citations ont pour but de montrer que l’ordre politique, économique, social et culturel en Afrique est pour une grande part, le résultat conjugué de plusieurs initiatives, en apparence isolées, qui finissent par avoir un impact cumulatif permettant de maintenir le contrôle de nos pays. Le partage du continent, non seulement précède le fameux congrès de Berlin, mais les modalités et mécanismes en sont sans cesse réaménagés et « renégociés », en fonctions des enjeux et changements socio-économiques, à travers différents « accords » et « conventions », depuis la bulle papale Dum Diversas11 de 1452, en passant par le sommet de Bruxelles, le traité de Rome, jusqu’aux récents accords de partenariat économiques et même à certains égards au sommet sur le climat, assurant ainsi leur confort matériel sur le dos des populations du sud.
Mais c’est surtout pour nous inviter à nous interroger sur le caractère radical et approprié de l’analyse que nous faisons de notre condition. De voir si nos positions idéologiques, nos réponses, sont adaptées aux défis auxquels nous sommes confrontés, si elles s’inscrivent dans la continuité des luttes anticoloniales et permettent de confronter la domination occidentale.
 
L’Afrique est un continent qui fait l’objet depuis plusieurs siècles d’agressions et de déstabilisations qui continuent de nos jours. Un continent dont la vie et la dignité de ses ressortissants ne sont pas respectées, si bien que la réalité de leurs expériences et leur réelle condition, reste peu connue, même des Africains qui ne sont « informés » sur leur continent que par des agences de presses étrangères.
Ces agressions et déstabilisations sont le fait, comme nous l’avons précédemment cité, des nations impérialistes occidentales, qui imposent un système d’exploitation capitaliste et d’oppression raciale, par la dépossession des terres, des ressources et labeurs des populations des pays conquis.
 
Les nations du centre impérialiste ne sont pas seulement composées des seules « puissances » coloniales, mais de l’ensemble des nations qui partagent le projet impérialiste. Certains pays présents à la conférence de Berlin n’avaient pas de colonies en Afrique.
Parmi les différents mécanismes de contrôle économique et social utilisés pour maintenir leur domination sur les pays opprimés, figure en bonne place, comme l’ont montré « Sidanius and Pratto »12 dans leur ouvrage « Social Dominance », la terreur systématique qui peut être :

  • officielle : lorsqu’elle est exercée par les organes de l’État sur les membres d'un groupe dominé,
  • semi-officielle : la violence ou l'intimidation exercée par des fonctionnaires de l'État, mais pas légalement sanctionnés par l'État, mercenaires (Bob Denard), groupes paramilitaires,
  • la terreur non officielle : souvent illégale avec l'approbation tacite des institutions de l’État, qui est le fait de « groupuscules » racistes, qui ne « constituent pas une menace pour l’État », car leurs cibles sont des citoyens de « second rang ».

 
Ces groupuscules, à l’instar des groupe tels que le Ku Klux Klan historique et des groupes « néo fascistes », existent dans tous les pays où les Européens cohabitent avec des populations étrangères. Ils fonctionnent comme « une cocote minute sociale » prêt à exploser à tout moment, chargés de maintenir, en permanence tendues, les relations, entre les communautés.
Ces groupes servent à la fois de milices informelles entre les mains des élites dirigeantes, les véritables architectes du racisme institutionnel, pour lesquels ils servent de bras armés pour les tâches ingrates contre les groupes cibles, jouant ainsi le rôle de bouc- émissaires ,en détournant l’attention sur la responsabilité de ces élites qui produisent et attisent la rhétorique raciste par des travaux pseudo scientifiques, propagande médiatique et des politiques nationalistes et anti immigration.
 
C’est par la violence et l’endoctrinement, par l’intermédiaire des différentes institutions sociales, que ces populations sont amenées à intérioriser les valeurs et l’idéologie du groupe dominant et à tolérer les injustices qu'elles subissent ; à vivre dans une situation qui consiste à faire que leurs opportunités de survie « dépendent » de la bonne volonté des dominants. Si bien, qu’il peut leur paraître insensée de combattre le système dont ils « dépendent », et au sein duquel, ils ne peuvent survivre qu’en abdiquant leur dignité et leur liberté humaine.
Ces élites de pays dont l’économie repose largement sur la guerre, qui ont agressé les peuples du reste du monde pendant des siècles, étaient présents au forum de la « paix » à Paris durant lequel l’idée d’une défense européenne a été émise, conformément peut-être au fameux principe : « qui veut la paix prépare la guerre ». Le Discours du vice-président américain Mike Pence à ressemble fort à celui de la Vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, sur la stratégie globale de la politique de sécurité et de défense commune de l'Union, qui considère que « La sécurité intérieure et la sécurité extérieure sont encore plus étroitement liées…: notre sécurité sur notre propre territoire dépend de la paix au-delà de nos frontières.13
 
Si les États-Unis d’Amérique et l’Europe considèrent que leur sécurité dépend de la paix au-delà de leurs frontières ; « paix » qu’ils se permettent d’imposer par les armes, on peut donc affirmer que la plupart des problèmes des pays non-occidentaux proviennent de ces derniers. Quels sont les intérêts de ces pays qui permettent de justifier l’hypothèse qui fait reposer la « paix » sur leur propre sol, sur celle qui s’obtient par les armes dans les autres pays dits « du tiers monde » ? Quels sont les intérêts que les pays occidentaux défendent dans ces pays ? Seraient-ce des intérêts économiques portés par des entreprises privées ?
Si le capitalisme repose sur la compétition et le libre-échange, pourquoi forcer des pays à s’ouvrir au marché libre et attaquer les concurrents ?
 
Ce sont ces pays « démocratiques » qui estiment que la collusion entre le pouvoir politique et le monde de l’entreprise, est un signe évident de corruption, et pourtant, ils font de la fusion de ces deux univers le modèle de leur politique étrangère. Ce modèle hérité de la colonisation, nécessite une élite locale pour permettre l’exploitation des champs de pétrole et des mines, au profit des économies des pays industrialisés, assure la création d’emplois dans ces pays.
 
Les dirigeants africains, comme d’habitude, semblent ne jamais vouloir tirer des leçons du passé, et veulent nous convaincre qu’une place au conseil de sécurité des Nations Unis, suffirait à leur donner du respect, voire du « pouvoir ». Ils persistent à réclamer la justice de la part de pays qui nous ont toujours traités injustement qui ont toujours violé nos droits fondamentaux.
Depuis quelque temps, les discours alarmants veulent nous convaincre que la plus grande menace qui pèse sur le continent, ne proviendrait pas de l’agressive et dévastatrice compétition des « pays industrialisés »  qui se joue principalement dans les espaces coloniaux, mais de la « menace terroriste » ; si cette dernière constitue une menace, elle sert curieusement les desseins de l’impérialisme, qui a fait plus de victimes que le terrorisme. Et d’ailleurs, d’après les propos mêmes du vice-président américain, la menace ne semble pas provenir de groupuscules terroristes, (a-t-on besoin de moderniser l’arsenal nucléaire pour combattre ces derniers), mais de pays, la Chine au premier plan, qui menacent l’hégémonie américaine et occidentale.
La feinte naïveté des dirigeants nous offusque moins que la passivité des Africains devant les dangereuses menaces qui pèsent sur le continent et le monde en général.
 
Il demeure néanmoins que, notre vision de la réalité continue d’être définie par ceux qui disposent du pouvoir de nous imposer de fausses représentations, par la force et sous différentes formes de manipulations qui bien entendu ne sauraient être effective sans notre adhésion, consciente ou non. Cette condition, sous certains aspects, fait penser à l’allégorie de la caverne dans le septième livre de la république de Platon.
Allégorie dans laquelle des prisonniers enchaînés depuis leur enfance dans une grotte souterraine, incapables de bouger. Une position qui les condamne à ne pouvoir voir toute leur vie durant, que les ombres projetées sur le mur arrière de la grotte, à l’aide d’un feu qui brûle au loin, comme sur un écran lors de spectacles de marionnettes.
 
Cet univers où se côtoient captivité et « spectacle de marionnettes », se succèdent zones d’ombres et étincelles de lumières, nous fait penser aux « réserves », aux différents espaces de confinement et d’exploitation instaurés par l’impérialisme. Il permet de décrire la condition politique et épistémo-idéologique aussi bien des citoyens de l’empire que de ses sujets.
Ces « univers carcéraux et d’exploitation » de l’impérialisme nous font penser, entre autres, de façon curieuse peut-être pour beaucoup, aux animaux en captivité dans les cirques, les zoos. Parce que l’oppression de l’humanité va de pair avec la destruction de la nature. Peut-être est-ce dû entre autres, au sentiment de participer à un grand cirque où la beauté du spectacle, la performance et l’ambiance permettent de cacher la souffrance qui l’alimente. Un monde où la politique, la guerre, l’information, sont devenues « spectacle ». La vie même se vit par procuration à travers les nombreuses fictions, si bien que l’horreur de la réalité ne semble plus nous choquer.
 
Des animaux capturés dès le bas âge, séparés de leur milieu de vie naturel, de leurs repères et modèles de référence, contraints de vivre dans un autre environnement, souffrent de la rigueur du transport et des punitions, souffrent de la solitude, du stress, et de dépression, qui les poussent à développer des comportements « anormaux ».
Le sort de ces animaux ressemble à la condition dans laquelle sont plongées les populations non-européennes depuis plusieurs siècles. Populations dont l’humanité a été remise en question pour justifier les atrocités qu’on leur faisait subir, allant jusqu’à les exhiber dans des zoos à côté des animaux. Parce qu’il faut rappeler que le développement des zoos, tout comme du cirque, est lié à l’expansion coloniale.
Les zoos à l’origine servaient à exhiber les victimes de la conquête (plantes, individus et animaux). La collection de spécimens rares servaient à renforcer les narratives sur la domination de l’homme sur la nature et des sociétés civilisés sur celles sauvages, sur fond de taxinomie, une projection de la puissance occidentale.

Les animaux les plus populaires étaient ceux provenant de pays exotiques. Il en est de même dans les cirques et les exemples célèbres ne manquent pas pour illustrer ce phénomène d’exploitation des êtres humains à des fins lucratives. Certaines personnes présentant des caractéristiques physiques considérées comme peu communes, étaient capturées pour servir d’attraction dans les cirques ou zoos.

Ces pratiques s’inscrivent dans une longue tradition de mauvais traitements qui ont conduit à réduire souvent les animaux comme les populations asservies, en des objets d’expérimentation ou de distraction.
Pour survivre dans ces univers, ces espaces de confinements, les hommes comme les animaux sont obligés de développer des mécanismes de défense pour éviter les châtiments et se conformer à l’ordre nouveau pour obtenir des récompenses.

Ces populations soumises à toutes sortes de violences depuis des siècles, sont enfermées dans des représentations qui font d’elles : des barbares primitifs, non civilisés ayant une culture stagnante, qui ont tendance à enfreindre la loi, criminels par nature, ne prenant aucune initiative et dépendent de l’État ; qui ont une tendance à la promiscuité, ne recherchent aucunement l’excellence, seraient responsables de la baisse du niveau scolaire de leurs enfants, et utilisent le racisme comme une excuse pour justifier leur propre échec. Ces discours, profondément racistes, d’un niveau intellectuel des plus bas, élaborés à l’époque où le niveau scolaire était probablement à son point culminant, sont familiers à tout citoyen contemporain, même le moins informé, et expriment toute l’arrogance fondée sur une supériorité raciale.
 
Dans ce contexte d’oppression avérée, dans un monde qui non seulement s’intéresse mais promeut le dévoilement et l’étalage des aspects les plus secrets de la vie privée des individus, les expériences personnelles des Africains relatives à leur oppression collective, sont accueillies par un déni systématique et même souvent agressif.
Les Africains sont invités à n’exhiber que des comportements rassurants, tenir des discours qui participent à réaffirmer leur allégeance et leur statut de sujets dociles, ou à conforter les préjugés et stéréotypes à leur endroit.
 
Cette attitude de déni systématique est l’expression du mépris des Occidentaux à l’égard des Africains et de leurs expériences ; mépris qui les pousse à demander à ces derniers d’oublier leur passé, alors qu’ eux-mêmes, continuent de se rappeler des jours sombres de leur propre histoire, que les personnages mythiques leurs lointaines racines gréco-latines continuent d’inspirer l’imaginaire de leur jeunesse, et même celle du monde, à travers l’industrie du divertissement pour enfants et jeunes : les dessins animés, « jeux vidéo » et autres production culturelles, faisant de « leur histoire » un lucratif fonds de commerce.
Ils remontent pourtant au passé des individus pour comprendre leurs traumatismes qui les hantent et, à l’histoire des groupes pour saisir leurs trajectoires actuelles.

Leur refus de toute responsabilité dans les atrocités du passé ne les empêche pas de trouver leur fierté dans les réalisations de leur « groupe d’appartenance » qu’ils considèrent positives. Ils continuent de jouir et de s’accrocher aux privilèges provenant de l’expropriation des terres, objets liés au passé d’asservissement. Et cela ne semble pas les gêner du tout d’avoir à payer des dettes de guerre des générations anciennes, même s’ils ne les ont pas contractées individuellement.


Quant aux Africains, ils, sont appelés à oublier « leur passé » alors que l’on ne cesse de les y renvoyer par les constantes humiliations.


______________________________ Fin 1ère partie_____________________________

Notes

1 Texte original

“We’ve been making the strongest military in the history of the world stronger still. Earlier this year, the President signed into law the largest increase in our national defense since the days of Ronald Reagan – $716 billion to extend our military dominance in every domain.

We’re modernizing our nuclear arsenal, we’re fielding and developing new cutting-edge fighters and bombers, we’re building a new generation of aircraft carriers and warships, and we’re investing as never before in our Armed Forces. This includes initiating the process to establish the United States Space Force to ensure our continued dominance in space, and authorizing increased capability in the cyber world to build deterrence against our adversaries.”

Source du texte

https://www.hudson.org/events/1610-vice-president-mike-pence-s-remarks-on-the-administration-s-policy-towards-china102018

2 Discours intitulé « Remarques sur la politique de l'administration américaine à l'égard de la Chine », prononcé le 04 octobre 2008, lors d’un événement organisé par l’institut Hudson
3 Source : idem note 1

Texte original

“Foreign nations have begun to “reassert their influence regionally and globally,” and they are “contesting [America’s] geopolitical advantages and trying to change the international order in their favor.”

When American missionaries brought the good news to China’s shores, they were moved by the rich culture of an ancient but vibrant people, and not only did they spread faith; they also founded some of China’s first and finest universities…

When the Second World War arose, we stood together as allies in the fight against imperialism… And in that war’s aftermath, America ensured that China became a Charter member of the United Nations, and a great shaper of the post-war world.”

Dans la "Stratégie de sécurité nationale" publiée par le président Trump en décembre dernier, il a décrit une nouvelle ère de "concurrence des grandes puissances". Les pays étrangers ont commencé à "réaffirmer leur influence aux niveaux régional et mondial" et à "contester les avantages géopolitiques de [l'Amérique] et en essayant de changer l'ordre international en leur faveur. "
4 Texte original

“However, democracy and the rule of law could not survive side by side with a state agency that engages in covert operations ranging from assassinations to levying mercenary armies. Even if there is, now, an attempt being made by some to check the activities of the CIA and the other United States intelligence agencies, the whole concept of a secret government and army within a government is a menace to the democratic system. “

Cependant, la démocratie et l’état de droit ne pourraient pas survivre côte à côte avec une agence de l’État qui mène des opérations secrètes allant d’assassinats à la levée d’armées de mercenaires.
Ellen Ray, William Schaap, Karl Van Meter et Louis Wolf, Dirty Work 2 : The CIA in Africa
Internet archives
https://archive.org/stream/CIAInAfrica/CIA%20in%20Africa%20_djvu.txt
5  Ibidem. dans le chapitre consacré à l’impérialisme français en Afrique
Texte original

“But neither the war nor the inevitable decolonization process changed France’s capitalist economic structure. Measured by any general economic indicator, France is far behind the United States, the Soviet Union, and West Germany, and cannot compete openly with them in the international arena. To make up for this weakness, France has been willing to wage a desperate and dirty fight to keep its hold on former colonies, though often unsuccessfully, as was witnessed in Indochina and later in Algeria. After these two monumental defeats in the 1950s and early 1960s, France adopt-ed a neocolonial strategy of granting statutory independence while clutch- ing on to that which was absolutely essential to it: the economic benefits obtained from its former colonies. Even without considering the money spent to purchase oil, France has an important trade deficit that would be impossible to cover if it were not making a tremendous profit in its former colonies”.

6 Ibid.
Texte original

“If economic dominance is the raison d’être of French imperialism in Africa, the only means of sustaining such a situation is by the intervention of secret services and the armed forces with their bag of dirty tricks, ranging from bribery and assassination to the creation of false liberation movements and full-scale armed warfare. In fact, France is the only former colonial power that still has troops in Africa on a permanent basis. There, with limited military potential, it can often successfully play an interventionist role without excessive risks. Moreover, most western allies encouraged France in this direction “».

7 L’Allemagne, selon Seiko Kawasaki, ancien consul général du Japon à Strasbourg, jugeait déjà que les 200 millions de dollars qu’elle avait dû accorder, sur cinq ans, au fonds de développement outre-mer [FED], constituaient comme un cadeau à la France dont les territoires africains étaient les principaux bénéficiaires.
Seiro KAWASAKI
Ancien Consul général du Japon à Strasbourg
Article:ORIGINS OF THE CONCEPT OF THE “EURAFRICAN COMMUNITY
https://www.tsukuba-g.ac.jp/library/kiyou/2000/2.KAWASAKI.pdf
8 Ibidem
Texte original

“At a meeting of experts on February 16 and 17, preparatory to the Foreign Ministers’

Conference, the five European states were yet far from relishing the French idea. It is known that France had sought from her European partners annual contributions from $100,000,000 to $150,000,000 to be used with still larger French contributions for the economic development of the overseas territories, and that, in return, she had offered to open up gradually her possessions to the export of her partners. “In a memorandum to the five other national delegations,” wrote Mr. Harold Callender of The New York Times on February 17, “the French said their ultimate objective was to bring all the overseas territories completely into the common market. But they proposed to begin by an experimental five-year period during which those territories would receive European exports on a limited but annually increasing scale...”

Notre traduction
1957, la France aurait selon Seiro Kawasaki  “Lors d’une réunion d’experts les 16 et 17 février, en préparation de la conférence des ministres des Affaires étrangères Conférence, les cinq États européens étaient encore loin d’être ravis par le projet l’’idée française. On sait que la France avait sollicité de ses partenaires européens des contributions annuelles allant de 100 000 000 à 150 000 000 de dollars en plus des contributions françaises encore plus importantes, qui seraient utilisées pour le développement économique des territoires d’outre-mer, et qu’elle offrait en retour d’ouvrir progressivement ses possessions biens à l’exportation de ses partenaires. "Dans un mémorandum adressé aux cinq autres délégations nationales", a écrit M. Harold Callender du New York Times le 17 février, "les Français ont déclaré que leur objectif ultime était de faire entrer tous les territoires d'outre-mer dans le marché commun. Mais ils ont proposé de commencer par une période expérimentale de cinq ans au cours de laquelle ces territoires recevraient des exportations européennes à une échelle limitée mais croissante chaque année ... "
9 Ibid.
Texte original

"Admission into the EEC of three new members, especially the United Kingdom, in January1973, was followed by yet another transformation of the concept of Eurafrica, as the countries, formerly British, in Africa, the Caribbean and the Pacific(ACP), had to be brought into a relationship of one kind or another with the enlarged Community. Frey-Wouters states that France, supported by Belgium and Italy, preferred the Yaoundé formula and that the United Kingdom, the Netherlands, and Federal Germany supported a more open type of cooperation agreement."

Notre traduction

“L’admission dans la CEE de trois nouveaux membres, du Royaume-Uni, en particulier, en janvier 1973, a été suivie d’une nouvelle transformation du concept d’Eurafrique ; les anciennes colonies britanniques d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) devant être amenées dans une relation d'un genre ou d'un autre avec la Communauté élargie. Frey-Wouters indique que la France, soutenue par la Belgique et l'Italie, a préféré la formule de Yaoundé et que le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne fédérale ont soutenu un type d'accord de coopération plus ouvert.” P27

10 Traité lors de la Paix de Cateau-Cambrésis » en 1559, fixant les lignes d’amitié, confinant les rivalités européennes dans la zone située à l'ouest des Açores et au sud du tropique du Cancer, et considérant les zones au-delà comme zones de conflits ouverts légitimes.
11 Bulle papale, adressée au roi Alfonso V du Portugal, qui autorisait l’asservissement des musulmans et des païens. Ce même pape allait dans une autre bulle, la bulle Romanus Pontifex le 5 janvier 1455 adressé au même roi , étendait la domination aux nations catholiques de l’Europe sur les territoires conquis au cours de l’âge de la « découverte », encourageant l'esclavage des peuples autochtones et non chrétiens d'Afrique et du « Nouveau Monde .
12 Sidanius, J., & Pratto, F. (2001). Social dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression : Cambridge University Press, Davies, N.Europe: A History, Ed : Harper Perennial (1998)

13 « Notre Union a permis à ses citoyens de jouir d'une sécurité, d'une démocratie et d'une prospérité sans précédent. Mais aujourd'hui, le terrorisme, les menaces hybrides, l'instabilité économique, le changement climatique et l'insécurité énergétique menacent notre population et notre territoire. Un niveau approprié d'ambition et d'autonomie stratégique est important si l'on veut que l'Europe puisse promouvoir la paix et la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières. »

« C'est pourquoi nous intensifierons nos efforts en matière de défense, de lutte contre le terrorisme, d'énergie et de communications stratégiques ainsi que pour ce qui est du cyberespace. Les États membres doivent traduire leurs engagements en matière d'assistance mutuelle et de solidarité consacrés par les traités en actes concrets. L'UE intensifiera sa contribution à la sécurité collective de l'Europe, en étroite coopération avec ses partenaires, à commencer par l'OTAN. »

Extrait du rapport intitulé « De la vision partagée à l’action commune: mise en œuvre de la stratégie globale de l’UE Année 1 »
Une stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne.
Avant-propos de Federica Mogherini
Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité / Vice-présidente de la Commission européenne
https://europa.eu/globalstrategy/fr/strategie-globale-de-lunion-europeenne