L’Afrique et les Africains dans les médias
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Comment stopper l’immigration ?

Source Article
http://www.lejournaldevitre.fr/21569/immigration-pour-une-solution-durable-2
Vitré Immigration : Mariane veut proposer une solution durable
Mariane Bamba, originaire de Côte-d'Ivoire aimerait transposer le modèle social français à son pays d'origine. Elle espère fédérer autour de ce projet.
03/03/2016 à 14:53 par Nathalie Tropée
Originaire de Côte-d’Ivoire, Mariane Bamba est arrivée à Vitré en 2014. Très vite, elle est entrée dans les réseaux de solidarité, notamment par le biais de l’organisation de la Fête de toutes les couleurs.
Tout aussi rapidement, elle a senti le besoin de créer une nouvelle association à Vitré.
Stopper l’immigration
Son combat ? Stopper l’immigration qui concerne les Africains en transposant ce qui marche en France dans les pays à fort taux d’immigration. Exemples d’actions : la formation des personnes à l’agriculture, la poissonnerie, la boucherie. « Je sais par exemple que tout le monde chez nous peut exercer en tant que boucher sans la moindre connaissance en hygiène. »
D’où l’invitation en direction des retraités qui pourraient former sur place les éventuels artisans aux risques sanitaires.
Mariane Bamba se bat aussi pour créer des crèches à proximité des marchés et des coopératives. « Les femmes travaillent avec leurs enfants sur le dos, il y a moins de productivité. »
Outre valoriser les métiers existants, elle aimerait par ailleurs institutionnaliser les salaires avec une part reversée à une caisse de retraite. Autre cheval de bataille ? Créer des logements sociaux. Mais surtout, elle voudrait que les gouvernements instaurent une sécurité sociale. « C’est pour tous ces avantages que les populations viennent en France », assure-t-elle.
Mariane pense que l’immigration ne va pas cesser. « On ne nous croit pas quand on dit qu’on a de maigres salaires en France, des petits boulots, des logements parfois insalubres ».
Ses compatriotes lui rétorquent qu’elle a une protection santé et des allocations familiales. Mariane sait que les Ivoiriens s’en sortent en France avec de petits salaires, alors d’autres arrivent. Elle ambitionne donc d’exporter le modèle social français en Côte-d’Ivoire et dans tous les pays d’Afrique. « S’ils ont tout ce que les Français ont, ils ne viendront plus. »
Réunion le 13 mars
Elle a déjà le soutien de certaines municipalités ivoiriennes. Mariane Bamba compte fédérer des Vitréens autour d’un projet d’amélioration des conditions de vie en Afrique. Une réunion aura lieu le dimanche 13 mars dans l’objectif de créer une association.
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Dans la rubrique sur l’Image négative de l’Afrique et des Africains, nous nous sommes proposés de montrer la présence systématique dans les différentes narrations, des préjugés qui façonnement le regard et les comportements à l’égard des Africains. L’intérêt de cet article réside dans le fait que c’est dans la bouche d’une immigrée Africaine que l’on entend les différents éléments de l’argumentation de la lutte contre l’immigration en Occident, dont les causes seraient la volonté des Africains de venir profiter des avantages du système de protection social des Français.
Le combat de cette dame (qui reste tout de même en France), est de « stopper l’immigration des Africains », (celle des Européens, elle, peut continuer sans problème). Selon elle, la solution réside dans l’exportation du modèle social français, avec même des crèches pour les braves femmes peu productives.
Les nobles projets de cette femme, qui constituent un véritable programme politique, nous pousse à nous interroger sur la politique étrangère de son pays. La « communauté internationale » aurait-elle donc autorisé une intervention armée pour imposer aux Ivoiriens un président incapable d’organiser une politique sanitaire nationale, un système de formation professionnel efficace et « d’institutionnaliser les salaires » ?
A quoi a servi alors la croissance de ce pays, qui date de l’époque du premier président de la Côte d’Ivoire.
Quand est ce que les Africains ont-ils exprimé leur désir d’adopter le modèle social français ? De plus, il y a probablement des choses qui marchent aussi dans les autres pays comme l’Allemagne, la Finlande, les Pays bas, la Suède, la Norvège, le Danemark, qui affichent un meilleur dynamisme économique et sont loin d’être mécontents de leur modèle social.
Nous ne sommes pas contre la solidarité entre les peuples, mais son institutionnalisation, éveille notre suspicion. Les Occidentaux pourraient nous convaincre de leur sincérité en commençant par construire des logements pour les sans-abri et vaincre la précarité dans leur propre pays. Peut-être qu’à ce moment-là, nous pourrions commencer à leur accorder plus de crédit.
La solidarité internationale si elle veut être vraiment efficace doit intégrer dans sa démarche, ces principes de sagesse qui invitent à « agir envers les autres comme on aimerait qu’ils agissent envers nous, et de ne point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent ».
Ces acteurs accepteraient-ils que des Chinois, Arabes ou Africains se promènent dans leur pays pour réorganiser leurs communautés selon leur point de vue. Peuvent-ils imaginer des Africains exporter leur modèle en Europe ? Ou n’avons-nous rien de bien à exporter ? Peut-on imaginer les Africains intervenir en Occident (en dehors des activités de divertissement) pour résoudre le problème des personnes âgées, au prétexte que certaines seraient maltraitées ? Voudraient-ils vivre de la charité qui humilie les parents devant leurs enfants ? Ces enfants, plus que des dons matériels, n’ont-ils pas besoin de se construire et de s’épanouir émotionnellement et intellectuellement auprès de leurs familles, de s’identifier à des parents libres et autonomes, de ne plus être soumis à des déplacements incessants souvent causées par des guerres de prédation ?
Pourquoi faire appel à la générosité des citoyens occidentaux pour résoudre des questions qui relèvent normalement des prérogatives d’un « Etat indépendant » ? La solidarité véritable devrait relever de la générosité désintéressée et du sens de la responsabilité et non pas du calcul intéressé, un levier d’accroitre son influence par le soft power, ou du sentiment de culpabilité.
Cette dame qui a l’ambition d’exporter le modèle français dans toute l’Afrique devrait commencer par se demander pourquoi ses généreux hôtes réservent-ils généralement les logements insalubres et les petits boulots à ses compatriotes ?
Les Africains veulent-ils vraiment « tout ce que les Français ont » ? Les Africains ne pourraient-ils donc pas être plus ambitieux que les Français ? Les aspirations des Africains devraient -elles être jugées par rapport à la naïveté de certains ? Ce que les Africains, veulent c’est retrouver le droit de décider du choix de leurs dirigeants, de définir leur modèle économique et leur projet de société. Ils ne veulent plus continuer de recevoir de la main gauche, avec tambours et trompettes, les miettes de ce qui leur a été arraché de la main droite.
Nous ne voulons plus être les dépotoirs des déchets de l’Occident : vêtements usés, vielles voitures, équipements vétustes, et les nombreux autres gadgets à recycler. Parce que nous ne recevons jamais le « kit complet ». On nous a imposé un modèle économique qui nous confine au rôle de producteurs de matières premières tandis que les pays dits développés s’occupent de leur transformation industrielle. Allons-nous adopter des modèles sociaux ou économiques occidentaux alors que nous n’avons pas de colonies dont on peut disposer, de leurs ressources et de leur labeur, à bas prix encore moins de forces armées pour les maintenir dans l’esclavage afin de sécuriser nos approvisionnements et investissements ? Notre position dans le monde ne permet pas à nos entrepreneurs de gagner des parts de marchés dans leurs économies nationales des pays étrangers, parce que ce serait peut-être faire montre de trop d’ambition pour un Africain, que de vouloir plus que des petits boulots. Surtout que, malgré tous ces avantages, ce « modèle social français » que l’on veut exporter, est mis à mal, menacé dans ses fondements, car nous pouvons constater la crise de l’emploi qui dure depuis des décennies et la précarisation des travailleurs et des retraités. Les Africains ne veulent de modèle social ou économique de quiconque. Ces discours chimériques qui ajoutent l’insulte au préjudice, montrent que certains s’entêtent à ne pas tirer les leçons du passé, et se contentent de faire des analyses superficielles des symptômes, ignorant les causes profondes des problèmes.
Et si pour « lutter contre l’immigration », les Occidentaux essayaient tout simplement de ne plus s’accaparer par la force les ressources des autres pays, de concentrer entre leurs mains les richesses obtenues suite aux agressions ou déstabilisations de pays sous de fallacieux prétextes humanitaires.
N’est-ce pas la présence coloniale permanente au niveau politique et économique, qui restreint les opportunités des jeunes et empêche les populations d’avoir une vie décente dans leur propre pays qui serait la cause principale de cette émigration massive ?
N’est-il pas normal dans ce cas que les populations de ces pays suivent le chemin de leurs richesses ?
Et si les gens ne quittaient pas leur pays et leurs proches, non pas pour chercher une vie meilleure ailleurs, mais plutôt pour aller chercher chez ceux qui les dépouillent de leurs richesses, les moyens leur permettant de mener une vie meilleure chez eux. Les conditions de vie des immigrés occidentaux qui jouissent en Afrique de conditions réservées à leurs élites, montrent que l’Afrique est loin d’être un enfer. La meilleure façon de lutter contre l’immigration, c’est de s’attaquer aux injustices imposées aux pays « pauvres » dans les relations internationales, à travers d’injustes accords commerciaux tels que les APE qui ne font que fragiliser davantage le tissu économique de nos pays et accroître la pauvreté, mais surtout, de renoncer à un modèle économique qui se nourrit de la guerre.
La France qui en cinquante-six ans d’indépendance est intervenue militairement plus d’une cinquantaine de fois sur le continent africain, où elle contrôle à travers ses entreprises, les principaux secteurs économiques de ce pays ainsi que ceux de dizaine d’autres dans la région (ces entreprises ont dû très certainement profiter d’avantages offerts ou arrachés, pour pouvoir s’y établir en si grand nombre), n’a-t-elle pas eu suffisamment de temps pour tirer ses colonies vers le haut ?
Les Africains n’ont jamais invité personne pour venir les « sortir des ténèbres », surtout pas par ceux qui apparemment ont été aveuglés par leurs lumières. Nous savions nous occuper de nos enfants, de nos orphelins et de nos vieillards, bien avant que l’on ne vienne détruire nos institutions sociales et politiques. Nous allons les reconstruire à notre manière sans quémander notre part d’un butin obtenu par l’oppression et la souffrance de peuples frères.
Les Africains, doivent réfléchir sur les différentes formes de déstabilisation de nos sociétés en cessant de se fier uniquement aux intentions proclamées, qu’elles soient sincères ou non.
Les politiques sociales ne se greffent pas d’un pays à un autre au gré de la fantaisie de quelques citoyens bien éclairés. L’établissement de tout modèle social ; doit s’inscrire dans le cadre d’une politique nationale cohérente souverainement définie, il ne doit pas être laissé à l’arbitraire de n’importe quel intervenant aussi bien intentionné qu’il puisse être.
Parce que lorsque l’on construit des crèches, des centres d’hébergements pour femmes divorcées, des orphelinats, des maisons de retraites dans des sociétés qui géraient ces problèmes sans l’intervention de quiconque, on est pratiquement en train d’une certaine façon de réarranger les relations sociales d’individus adultes, de réorganiser leurs sociétés et donc forcément de les désorganiser.
S. Diop